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Lame Blanche du Marché Noir

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Recoller les morceaux [PV Purnendu]

le Mar 19 Juin - 19:11
Dans la nuit du 9 au 10 Novembre 1762


Est-ce qu'il était encore en vie ? Est-ce qu'il était encore dans le monde de l'existence ? Il ne savait plus très bien. Aldaron s'était éclipsé à un moment ou un autre, la peur l'avait immédiatement envahi. Et si ça n'avait été qu'un rêve, encore une fois ? Et si l'elfe s'était évaporé, le laissant seul une fois de plus, seul dans son éternité… Devant ses yeux, le monde se fondait, il avait l'impression de percevoir des silhouettes en armures, un ciel couvert de nuées ardentes, et son cœur se serrait de peur et d'angoisse.Tandis qu'il se redressait, le monde l'entourant se fondait sous le brouhaha et les clameurs des troupes innombrables, pulsant au-dessus du rugissement des machines de guerre et des sortilèges… Il se relevait, avec soudainement un large poids sur le corps, les mouvements contraints : une lourde armure de plaques sombres. Ses flancs pesaient plus encore des poids combinés de deux faux luisantes de magie, dont les formes sinistres insinuaient l’angoisse dans son cœur. Aldaron n’était pas là, il n’était nulle part, il ne le sentait pas, comment était-ce possible ? Cordont n’était donc qu’un rêve ? Inspirant profondément, le vampire ferma les yeux, tentant de se focaliser sur les sensations les plus basiques, pour se soustraire à sa vision. Cela devait être une vision ! Forcément ! Un sursaut de peur le traversa pourtant. Oui mais… qu’est-ce qui constituait la vision ? Cordont ou cette bataille ?

Ses tempes battaient sourdement, alors qu’il serrait les poings, sentant le tremblement de ses mains s’accentuer. Des bruits de sabots, les crissements d’armures en mouvement. Qu’est-ce qui était vrai ? Où était la réalité ? Il fallait qu’il se reprenne, qu’il sorte de cet enchantement… Serrant les crocs, il essaya de bouger, un pas, puis un autre, yeux toujours fermés. Pourtant son esprit scindé s’imaginait très bien les lieux, la tente meublée se superposant à ce champ de ruines déjà maculé de sang. Il fallait qu’il se sorte de là, il étouffait sans avoir même besoin de respirer. Il allait mourir, il en était persuadé, la certitude scellée dans son âme l’emplissait à présent comme une crue violente. Il ne voulait pas mourir ! Il ne voulait pas abandonner… il y avait des êtres qui lui étaient chers, qu’il ne voulait pas perdre, pas comme ça en tout cas ! Etait-ce vraiment de la mort qu’il avait peur ? Il n’en avait jamais eu peur auparavant, pourquoi cette fois-ci ? Parce qu’il n’y avait ni logique ni levier à ce qu’il ressentait ? Le piège se refermait toujours davantage sur lui, et il percutait ses barrières impalpables inutilement. Des voix l’interpellaient, déformées, irreconnaissables et elles lui faisaient plus peur qu’elles ne l’encourageaient. Leur timbre fantomatique sourdait la fosse et le trépas. Il se dirigea instinctivement à l’opposé, cherchant à se soustraire à la fournaise et à trouver quelque chose, une ancre, pour son esprit.

Quelque chose entra en contact avec lui, le faisant se crisper et paniquer pendant un instant avant qu’il n’ouvre enfin les yeux, pour se retrouver nez à truffe avec un félin qu’il connaissait bien. L’observant quelques instants sans comprendre, il se laissa pourtant manipuler docilement, lorsqu’on le dirigea. Sans trop comprendre comment, il se retrouva bientôt enfouit dans une fourrure longue et chaude, et entouré par un ronron qui lui faisait vibrer les os. Il ne bougea pas, passif et encore fragile, laissant l’angoisse redescendre lentement, au rythme du cœur puissant qu’il sentait tout proche de son visage. Silencieux, le vampire sentit sa gorge se serrer, mais le froid qui l’atteignait l’empêchait d’exprimer réellement ce qu’il ressentait. De toute façon, se disait une part de son esprit, pourquoi le faire lorsque l’on n’a pas les mots pour cela ? Qu’aurait-il dit ? Le silence paru durer des heures, avant qu’il ne se calme enfin. Le bruit de la bataille avait disparu, il ne restait que la tente et le ciel encore sombre à l’extérieur de celle-ci. Dans un coin, une silhouette elfique l’observait avec souci et mépris à la fois, mais il y était aveugle. Ainsi, c’était bien la guerre, la vision ? Cordont existait bel et bien, et avec elle, tout ce qui s’y rattachait. Un soupir le fit trembler, et il se lova davantage dans l’intemporalité de la fourrure cendrée. La fatigue et la lassitude reprenaient leurs droits sur lui, une fois la crise passée…

« Pourquoi ? »

Pourquoi devait-il subir ça, pourquoi avait-il ces souvenirs, pourquoi souffrait-il pour rien ? Pourquoi oui, pourquoi ? Mais c’était puéril et futile, est-ce qu’il y avait même une réponse quelconque à cette iniquité ? Il se détacha finalement de lui, sa longue chevelure lui tombant sur les épaules, des mèches défaites ornant son visage. Epaules voûtées, il resta ainsi face à lui quelques instants, partagé entre l’envie de lui demander de partir pour lécher ses plaies en paix, et l’envie de lui demander quelque chose, quoi que ce fut, pour briser cette immobilité et l’attention dont il était l’objet. Son regard sembla mettre des éons à gravir la silhouette féline jusqu’aux prunelles vertes et il ne s’y reposa que quelques instants.

« Nyn-Tiamat me manque… »

Il avait déjà dit cela, en une occasion, comme expression de son mal être profond sur Calastin. Malgré Aldaron et sa famille, l’île elle-même ne lui plaisait pas et ne lui apportait qu’un peu de bonheur pour tant de malheur. Depuis qu’il était arrivé là, tout allait si vite… Ses yeux devinrent vitreux, progressivement, alors que la bulle de tristesse lui échappait enfin, pour s’écouler librement sur ses joues d’albâtre.
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Re: Recoller les morceaux [PV Purnendu]

le Jeu 5 Juil - 18:14
Des ruines à perte de vue. La misère dans les regards, le sang et la mort dans l'air. Les gémissements de centaines de cœurs meurtris pour le double de corps brisés, anéantis. Des esprits ébréchés, des volontés essoufflées. Des êtres errants hagards, fouillant sans but les rares habitations encore debout, d'autres simplement assis là, encore couverts de poussière et de terre, yeux dans le vide sans plus de désirs et motivations. Sans raisons de vivre. Un véritable drame s'était peint au regard écarquillé du graärh qui n'avait jamais rencontré pareille misère. On l'avait prévenu, mais rien n'aurait pu le préparer à ce spectacle. Son propre cœur s'était serré et une boule s'était alors formée en sa gorge jusqu'à lui brûler les yeux de larmes. La vision de son propre village brûlé lui revint en mémoire et il ne pouvait qu'imaginer le chagrin qui terrassait tous ces bipèdes. Sans un mot, il avait hissé l'énorme malle sur son épaule avant de partir à grandes enjambées au travers du camps. Il avait laissé Ivanyr trouver seul le Bourgmestre, ne souhaitant pas gaspiller une seule seconde à pratiquer autre chose que des soins. Son ami saurait s'en sortir seul, car après tout : que pourrait-il lui arriver de mal ? Ils n'avaient que des alliés ici, n'est-ce pas ? Si seulement avait-il su, jamais il ne l'aurait quitté.

Mais le destin en avait souhaité autrement et pendant que le vampire faisait une rencontre aux conséquences terribles, lui ne mit guère de temps à trouver la vaste tente qui servait d'hospice aux innombrables blessés de la catastrophe. Il lui fallu encore moins de temps pour convaincre les mages et baptistrels de le laisser se joindre à eux et quelques minutes plus tard, Purnendu était en train de refaire les stocks de remèdes et cataplasmes dans lesquels il infusa le pouvoir de son esprit-lié du Raton Laveur. Concentré à sa pratique, il s'était placé au milieu des patients les plus graves et ne tarda pas à entamer un chant rituel, lié au même esprit afin d'aider à refermer leurs blessures. Psalmodiant dans sa langue natale, s'élevaient au son rauque et profond de sa voix des mots gorgés de magie qui vibraient au rythme des cœurs assoiffés qui les recevaient. Lorsqu'il en eut terminé avec les bandages et breuvages, il se leva pour venir au chevet des humains, elfes et vampires les plus atteints. Il apposa ses grandes pattes aux coussinets rêches sur les fractures, apportant du repos aux corps brisés, faisant disparaître la douleur alors que ses chants se succédaient sans qu'il n'éprouve encore trop de fatigue. Il y avait tant à faire que son inconfort passait loin derrière le besoin de tous ses nouveaux patients.

Ses soins furent cependant interrompus lorsqu'il entendit hurler et pleurer derrière une tenture tirée par deux cordes hissées de part et d'autre de la tente. L'immense fauve se leva et s'approcha, sentant son cœur se serrer à mesure qu'il approchait de la toile opaque. Il entendait des sanglots, des dizaines de petites voix qui appelaient des parents qui ne viendraient jamais... des pleurs étranglés, terrifiés. Quand ses griffes accrochèrent un coin du tissu et qu'il le souleva, ses yeux tombèrent sur un tas de coussins et couvertures poussés dans un angle de cette pièce improvisée. Et perchés sur ce fort instable, une dizaine d'enfants le regardaient avec des mines tout d'abord interloquées, puis à mesure que les secondes s'égrenaient ; les frimousses commencèrent à virer sur l'inquiétude, puis la peur. Purnendu vint s'accroupir et poussa un roucoulement léger, oreilles droites et tête penchée sur le côté, il se mit ensuite de profil et déroula sa longue queue en direction de l'attroupement de petits bipèdes terrifiés. Il roucoula encore, fit le dos rond avant d'approcher avec milles précautions. Une petite fille gazouilla finalement, à peine plus haute que trois pommes et vint saisir la queue pour la serrer contre elle avec délice. Ce fut un déclic général et tous les enfants se ruèrent dans les bras de l'énorme peluche qui s'offrit à eux avec soulagement.

Des orphelins. Tous des orphelins, oubliés et délaissés alors que seul les séquelles psychologiques marquaient leurs êtres. Les mages de soin et les baptistrels avaient bien trop de cas à gérer, trop de choses à pourvoir au reste du camps pour pouvoir s'occuper correctement de ces bambins. Les adultes compétents étaient tous réquisitionnés pour stabiliser les ruines et les abords du gouffre, pour construire le camps et distribuer les ressources apportées par Délimar ou Sélénia. Alors il ne restait personne en journée pour veiller sur eux. Pour calmer leurs chagrins et étouffer leurs terreurs. Conscient qu'il ne pourrait tourner le dos et les laisser pleurer jusqu'à sombrer dans un sommeil d'épuisement, Purnendu était à présent vautré dans le tas de couvertures et de coussins. Les enfants s'accrochaient à lui comme autant de petits lémuriens tremblants. Il sentait sa fourrure poisseuse de morve et de larmes, mais il s'en fichait. Les yeux mi-clos, il avait entamé une Ronronthérapie à pleine puissance ; le sort unique avait bercé les petits moineaux dans un long sommeil et la mélopée profonde, rythmée, purgeait leur esprit de ses cauchemars, enfouissait les souvenirs traumatisant au loin et berçait les petits cœurs angoissés.

« - Purnendu ? »

L'appel lui fit tourner une paire d'oreilles en direction de la toile qui venait de se soulever, pour autant le graärh ne bougea pas d'une moustache alors que les enfants restaient sur lui à ronfler paisiblement. Le mage à l'entrée eut un sourire ému et serra la mâchoire alors qu'il avait une pensée pour ses propres enfants, à Caladon. Il expira lentement et reprit d'une voix basse pour ne pas troubler le sommeil des petits :

« - L'on te demande d'urgence à la tente du Bourgmestre. Apparemment, c'est en lien avec son garde du corps ; Ivanyr. »

Malgré lui, Purnendu ne pu retenir une crispation totale de son corps à cette nouvelle. Un poids tomba immédiatement sur son poitrail, un froid glaça ses tripes et il sentit sa truffe s'assécher. Yeux grands ouverts, la mélopée de son ronronnement se fit irrégulières avant de s'arrêter. Encore immobile quelques secondes, il finit par se couler hors du tas d'enfants et vint poser sur eux sa grande cape afin de les garder à la chaleur de son parfum particulier. A pattes de velours, il sortit de la « chambre » puis de l'hospice avant de se faire indiquer le chemin par l'un des gardes en faction près de la grande ouverture. En quelques enjambées, il avait déjà englouti une partie du trajet, la suite fut carrément avalé à grandes foulées et il s'arrêta aux appartements du Bourgmestre dans un dérapage qui souleva un nuage de poussière et une gerbe de gravats. Poils hérissés, il entra dans la tente pour découvrir son ami dans un état lamentable. Physiquement, il ne portait aucun séquelle, mais il pouvait voir à son regard qu'il était brisé, absent. Ses babines se retroussèrent et il posa un regard flamboyant de rage et d'inquiétude sur l'elfe qu'il jugeait responsable de ce drame. Pour autant, il n'était pas l'heure des explications, mais le fauve se promit de les obtenir et de faire entendre à Aldaron le fond de sa pensée !

Au diapason de son regard, les gestes qu'il apposa sur le vampire furent d'une douceur indicible alors qu'il le réceptionnait et l’enveloppait de ses bras en une posture possessive et protectrice. Il croisa un regard terrifié et vide, la conscience absente des orbes céruléens, mais il patienta et quand il vit enfin une lueur de reconnaissance briller sous les prunelles hagardes, il pressa sa truffe fraîche contre sa joue d’albâtre et l'entraîna à sa suite. Avant de sortir de la tente, il jeta un dernier regard plein de défiance et de colère en direction de l'elfe. Il ne mirent pas long à rejoindre les quartiers qu'on leur réservait et il fut heureux de constater l'aménagement adéquat aux requêtes émises plus tôt cet après-midi. En un rien de temps Purnendu retira ses vêtements à l'exception de son pagne et fit de même pour le vampire en ne lui laissant que son pantalon. Une poignée de minutes plus tard et ils étaient tous deux allongés dans un vaste panier de couvertures torsadées entre elles avec une bonne quantité de coussins apportés directement de Caladon depuis sa malle sans fond. D'abord silencieux, le fauve s'assura de bien envelopper son ami dans ses bras et vint même passer une patte arrière par dessus sa hanche, le fit se cambrer contre son poitrail puissant et le couvrit de sa longue queue comme un traversin angora et soyeux.

« - Prrrr... Rrrronrrrroooon... rrrrr... »

La ronronthérapie commença à pleine puissance alors qu'il fermait les yeux pour enfouir sa truffe dans la chevelure de platine. De ses griffes, il lui tricotait doucement les épaules et les omoplates, venant parfois masser sa nuque avant de recommencer à le confondre avec une pelote géante. Le temps passa et la nuit s'allongea, puis vint un mot. Un seul et qui soulevait pourtant une véritable marée de réponses sans racines, sans terminaisons. Que des hypothèses creuses, sourdes ou encore hypocrites. Que pouvait-il répondre ? Devait-il seulement répondre ? Ses yeux s'ouvrirent, orbes luisant dans les ténèbres de la tête et il ne fit aucun geste alors que son ronronnement puissant continuait de faire trembler le corps tiède contre le sien brûlant. Il serra ivanyr avec plus de force et baissa finalement le museau vers lui quand il l'entendit poursuivre et émettre un aveux qui lui serra le cœur. Il ne dit rien cette fois encore et se contenta de le fixer longuement. Il suivit le ruissellement des larmes carmines et vint lentement les lécher. Des coups de langue râpeuse, le chatouillement des moustaches sur ses paupières et ses tempes. Il lécha ensuite l'os de sa mâchoire et vint fourrer sa truffe contre sa gorge pour y inspirer profondément.

« - Il y a un manchot, à Nyn-Tiamat que j'ai appelé Ivanyr. »

Un vague sourire retroussa ses babines.

« - Sur le chemin, au retour de la Légion, je l'ai vu dans la procession des autres pingouins. Il était tout raide et il a glissé pour tomber sur le dos avec un gros « couak » outré. Lorsqu'il s'est relevé, il a bougonné un moment puis à foutu une claque de nageoire à l'arrière d'un autre manchot, pour le faire tomber à son tour. »

Ses épaules frémirent d'un rire.

« - J'ai tout de suite pensé à toi et je lui ai donné ton nom. »

Il releva légèrement la tête et chercha son regard pour l'accrocher du sien. Il le fixa avec une infinie tendresse, un pétillement d'humour, mais surtout beaucoup de sérieux.

« - Nous sommes venu ici pour que tu retrouves ta famille. C'est fait, Ivanyr. Maintenant, si tu souhaites repartir pour Nyn-Tiamat, nous pouvons toujours le faire. Tu peux emporter ta sœur et... enlever ton petit elfe. Ça ne me dérangerait pas.Une fois là-bas, il nous sera possible de récupérer du bétail, puis de reprendre notre vie nomade. Je te montrerai Pingouin-Ivanyr, on retournera voir les feux stellaires sur notre plateau. Ensuite, pendant que tu traqueras les esclavagistes graärh, je soignerai tous ceux que l'on rencontrera afin de propager l'idée que deux peuples aussi différent que les nôtres peuvent œuvrer intelligemment si l'on s'en donne les moyens. »

Purnendu pressa sa truffe à son front, lécha une de ses arcades avant d'enfouir le museau contre sa tempe alors que le vampire s'enfonçait dans la fourrure de sa gorge, là où elle était la plus dense et la plus longue, collier de douceur comme un coton géant.

« - Il n'y a pas de réponses à ta question cependant et s'il y en a une, elle sera si absurde et puérile que tu regretteras de la connaître. Ne cherches pas à comprendre, s'il te plait. Je sais que tu es mieux que ça. Ce n'est certainement pas juste et ce ne sera pas facile à digérer, mais tu es plus fort et plus intelligent que celui qui t'a fais ça. Et tu vas le leur prouver à tous, car tu es mon Ivanyr. Celui qui n'a jamais abandonné, même face aux terribles plaques verglacées de l'Inlandsis. »


Dernière édition par Purnendu Chikitsak le Mer 25 Juil - 9:06, édité 4 fois


Langue Commune : #BBEB96
Langue Graärh : #59A022
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Re: Recoller les morceaux [PV Purnendu]

le Lun 16 Juil - 10:15
Elles coulaient sans qu’il ne s’en qu’il n’en prenne conscience, perles incarnats venant orner des joues pâles et glacées. Malgré cet abandon oublieux, leur présence le soulageait quelque peu, allégeant la tension physique qui menaçait de le faire céder. Il avait l’impression d’une vanne ouverte en lui, sans comprendre d’où elle venait, ni ce qu’elle avait pu retenir et qui s’écoulait hors de lui à flot. Immobile, il frémissait par instants, laissant la pression se retirer progressivement de son torse, cessant de l’écraser pour devenir une pulsation lancinante, douleur sourdent le long de ses nerfs et l’épuisant profondément, physiquement et moralement. Le puissant ronronnement lui évitait tout juste une chute dans la tombe psychologique qu’on lui avait creusé. Son calme était factice, trahissant sa fragilité plus qu’aucun calme. Le contact de la langue râpeuse le fit pencher sur le côté un bref moment et il cilla avant de faire un semblant d’effort pour se redresser et l’observer, essuyant la légère trace humide sur sa joue là où le félin avait happé ses pleurs. Il laissa reposer son poignet sur la large truffe fourrée contre sa gorge, le souffle chaud du guérisseur lui arrachant des tremblements lorsque la tiédeur humide venait gracier une peau naturellement froide et désormais sensible, nerfs à fleur de peau.

La soudaine vibration de sa voix le surpris et il sursauta faiblement, le regardant du coin de l’œil, des cernes violettes marbrant sa peau d’albâtre. Le sens de ses paroles mit un moment à entrer en lui, plus encore à être compris, mais de nouvelles larmes vinrent se former sur ses mires vitreuses. L’histoire était à la fois touchante et drôle, mais l’ébauche de sourire sur ses lèvres tremblait et vacillait, en proie à une sinistre concurrence. Lorsque le félin se redressa, il le suivit du regard, la vision floue de larmes encore prisonnières. Une fois de plus, il essaya de sourire malgré l’abîme près de laquelle il oscillait mais ne parvint à rien de concret à part produire un petit son étranglé de souffrance et de tristesse en voulant s’exprimer. Lèvres s’entre ouvrant, il inspira et expira difficilement, compressé de l’intérieur. Il lui fallut encore de longues minutes avant de réussir à émettre une pensée cohérente, se perdant de nouveau dans l’océan de sa peine. D’une main malhabile, il repoussa ses cheveux et essuya de nouveau le dessous de ses yeux, ayant l’impression d’un grand vide en lui, un vide qu’il ne parvenait pas à étancher mais qui appelait à l’apaisement de cette fatigue atroce. Le calme et le silence de l’île gelée lui manquaient.

«  Il ne voudra pas… »

Se pressant contre lui, il ferma les yeux et referma les poings sur ses poils longs, comme un enfant cherchant le réconfort, à se rassurer. La vibration contre lui était profonde, apaisante, mais cela venait toucher des racines en lui, profondes et endommagées, dont l’état léthargique venait alors à cesser en une résurgence qui le secouait.

«  Il ne voudra pas partir, et je ne peux pas le forcer. Je ne veux pas le perdre, est-ce que… est-ce que je vais le perdre ? »

Son corps fut pris d’un spasme silencieux de détresse et il retint de justesse un sanglot paniqué. Les mots lui échappaient, leur cohérence brouillée même pour lui. Il traduisait ses angoisses par le son, défait de toute imagerie recherchée.

«  Je l’entendais m’appeler, au travers du son de la bataille… j’entendais sa voix mais je ne pouvais pas aller vers lui. Je ne le voyais pas… pas avant de sombrer. J’avais peur je… je n’ai pas peur de mourir mais j’avais peur… pourquoi est-ce que j’avais peur… »

Il ne comprenait pas, il s’effrayait de cette réaction instinctive. Rien ne faisait écho à cela en lui, c’était comme si tout cela était apparu d’un coup, sans raison, qu’on l’avait implanté en lui. C’était effrayant de ressentir quelque chose qui n’avait pas de source. Cela n’était pas la première fois, et la dernière occurrence remontait à leur arrivée à Caladon, lorsqu’il avait menacé Aldaron de mort après la marque que celui-ci avait mimé sur lui… L’idée même l’avait plongé dans une colère volcanique alors, meurtrière. Aujourd’hui les sentiments qu’il expérimentait étaient étranges et changeants.

«  Je suis mort Pur… je suis mort. Je l’ai senti, là, et je le sentais encore quand je me suis réveillé dans la tente. Je suis mort, j’avais son goût sur ma bouche, cette impression dans tout le corps… je ne voulais pas partir mais… »

C’était confus, un charivari dans son esprit. Cela cognait, grattait, se brisait sans qu’il réussisse en en suivre le fil, laissant sa langue se délier, les sons rouler, comme ses larmes. C’était encore si vivace qu’il la voyait quand il fermait les yeux.

«  J’ai vu une grande bataille… deux armées qui s’affrontaient sur une plaine immense. J’étais un soldat. J’ai vu nos adversaires s’avancer, faire pleuvoir la mort sur nous. J’ai… vu des dragons… immenses, s’apprêtant à combattre contre nous, je… je n’arrive pas à…me souvenir… »

Le reste lui échappait. Il y avait le bruit, l’impression de fébrilité mortuaire, tout était flou avant qu’il ne sente la vie le quitter.

«  La… la neige me manque… et le calme, le silence, l’isolation… Je ne veux plus de souffrance, plus de guerres, plus de bruits… Je veux juste me reposer. Je suis fatigué, tellement fatigué… »

Il y eut un blanc, il silence, long et difficile alors que son corps s’abandonnait de nouveau à ce qui le torturait. Enfermé dans la chaude fourrure de son ami, le vampire tremblotait et tressautait, les mains perdant de leurs forces jusqu’à ce qu’il ne soit plus qu’une poupée de chiffon émettant par instants de petits hoquets inintelligibles. Malgré le puissant ronronnement, il lui fallut de nouveau d’interminables minutes avant de reprendre pied et conscience, les lambeaux de celles-ci menaçant de lui échapper à tout instant. Le souffle sifflant, il reposait contre le félin, yeux dans le vague, et lorsqu’il parla sa voix était légèrement enrouée.

«  J’aimerais bien… voir ce pingouin… et… et je ne t’ai toujours pas dit… tout ce que j’avais vu là-bas sur le plateau, n’est-ce pas ? »

Il essaya de bouger la tête, la trouvant lourde, douloureuse et un vague vertige le prit. Pourtant il essaya de s’accrocher à lui, confiant, espérant qu’il le rattraperait.

«  Quand j’ai vu ces Graarh à Caladon j’ai… j’ai cru te voir toi… »



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Langage nordique #88E1E8
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Re: Recoller les morceaux [PV Purnendu]

le Mar 31 Juil - 15:50
Il fut satisfait de voir un sourire s'ébaucher sur les lèvres pâles de son ami et l'encouragea en retroussant ses propres babines, révélant des crocs meurtriers. L'image menaçante disparue cependant lorsqu'il déroula sa langue rose et râpeuse pour revenir lécher les joues souillées, ôtant la moindre trace carmine. Le goût ferreux lui arracha un vague frisson et il ravala de justesse un grondement d'aise qui aurait été atrocement déplacé dans le contexte. Il se promit d'aller chasser un peu plus tard, lorsqu'il aurait du temps libre. Les yeux mi-clos, il le couvait avec grande attention alors qu'il l'entendait batailler sur les mots, peinant à coordonner ses aveux. Pas une fois cependant il ne l'aida, comprenant combien il était important pour son patient de s'en sortir seul. Ivanyr avait besoin d'extérioriser ses peurs, ses angoisses et ses doutes ; il devait les confronter en leur donnant forme par les mots, par sa voix.

Silencieux et attentif, il fut incapable de rester passif une seconde de plus lorsqu'il le sentit trembler et amorcer un début de panique. Son ronronnement s'intensifia alors qu'il laissait une de ses grandes mains lui caresser le dos par d'amples mouvements qui partaient de sa nuque pour s'échouer à ses reins. Par instant, il s'abaissait pour lui embrasser le front de sa truffe fraîche, l'encourageant d'une roucoulade à poursuivre dès qu'il éprouvait des difficultés à articuler. Son souffle chaud lui caressait le visage, parfois il repoussait une mèche platine entre deux griffes ou encore lui essuyait une joue d'une caresse du pouce, le coussinet chaud s'égarant parfois sur la pommette, prolongeant le contact. Ses oreilles dressées remuaient un peu, une paire tendue vers le vampire et l'autre pivotant sur les bruits à l'extérieur de la tente. Quand Ivanyr sembla s'essouffler, il se contenta de hocher la tête. La conclusion lui arracha un vague sourire ; le calme de Nyn-Tiamat lui manquait aussi. En ce qui concernait les esclaves de Caladon, il préféra ne pas y revenir. Ils savaient tous deux ce qu'il en pensait et s'attarder dessus n'aiderait pas le cas présent, bien plus urgent à traiter.

L'essence des aveux avait de quoi l'alarmer et pourtant il n'afficha rien de son trouble. Ses yeux d'absinthe brûlaient de tendresse et d'attente silencieuse, son poil soyeux gonflait à chacune de ses respirations et il continuait de ronronner pour diffuser sa magie unique, essayant d'apaiser les craintes et de soigner ces racines atrophiées qui causaient tant de peine à son ami. Un de ses bras fut passé autour de sa taille afin de le cambrer contre son torse puissant alors qu'il le couvait encore plus du regard. Il s'enroula autour de lui, le glissa entre ses cuisses pour pouvoir recourber ses pattes autour de ses jambes. Il roula sa queue angora dans son dos, véritable boa soyeux qui lui couvrit les épaules. Épaules voûtées, il désirait l'enfermer dans son ombre, le noyer dans la fourrure épaisse de son poitrail. Il voulait l'isoler du monde extérieur, lui offrir ce silence et cet abandon qu'il souhaitait tant. Museau posé sur le sommet de son crâne, il souffla avec une pointe de sarcasme :

« - Je croyais que la définition même d'enlever quelqu'un, c'était de justement se passer de son accord... Que le fait qu'il ne soit pas volontaire dans l'histoire soit la raison d'appeler ça un enlèvement. »

Il espérait que ce trait d'humour grinçant puisse détendre légèrement son ami, même s'il en doutait. Ce qui l'avait surpris toutefois, c'était de le voir aussi enthousiaste à l'idée de retrouver le pingouin qu'il avait nommé en son hommage. Il n'avait qu'espéré lui changer les idées, rien de plus. Une lueur amusée brilla dans son regard avant qu'il ne ferme les yeux. Et bien, il savait comment l'occuper lorsqu'ils retourneraient sur son île ! Un bref silence s'abattit sur eux, où les mots furent noyés sous un flot de ronronnement avant qu'il ne reprenne avec douceur :

« - Pourquoi le perdrais-tu ? A voir les regards de phoques battus que vous vous lancez quand vous croyez que personne ne regarde... je ne crois pas qu'il t'abandonnera. Maintenant plus que jamais, il sait combien tu es encore nécessiteux d'attention... de son attention. Il a connu celui que tu étais jadis, il doit savoir ce qu'il t'est arrivé. Comment tu es mort, cette première fois. Te l'a-t-il expliqué ? A-t-il forcé sur toi le fantôme de ton passé ? Non. Tu ne serais pas resté avec lui autrement, n'est-ce pas ? Il apprend à connaître qui tu es maintenant, il sait que cette chance ; celle de te retrouver, est unique. Il ne t'abandonnera pas pour si peu. Ou même jamais, quelles que soient tes fautes passées, quelles que soient celles que tu pourrais causer à l'avenir. »

Il pencha un peu la tête de côté, songeur.

« - Vous êtes semblables... Lorsqu'il a confronté la mort lors de votre première rencontre, il s'est accroché à toi désespérément. Lorsque tu as revécu ta mort, tu t'es désespérément accroché à lui. Vous aviez tous les deux peur non pas de mourir, mais de vous perdre à jamais. »

S'il n'était pas d'un naturel jaloux, Purnendu était un être profondément possessif et territorial surtout lorsqu'il s'agissait de ses patients et du peu de biens qu'il possédait. Plus encore avec Ivanyr qui était non seulement ça, mais bien plus... Tellement plus en réalité. Un soupir échappa à ses babines alors qu'il ravalait des mots qui n'auraient certainement pas aidé le vampire à se calmer. Comment pouvait-il lui dire en face que son impression sur l'elfe à la peau sombre était aussi mauvaise qu'un lait caillé ? A ses yeux, Aldaron avait causé plus de mal que de bien dans la psyché de son ami et s'il n'intervenait pas dans leur relation, c'était uniquement par respect. Il faisait confiance au blond pour savoir où tirer ses limites et espérait sincèrement que l'autre saurait les respecter. Pourtant aujourd'hui était la goutte d'eau qui faisait déborder le vase. Lorsqu'il serait certain que le vampire puisse dormir en paix, il irait régler ses comptes avec la brindille décolorée une bonne fois pour toute.

« - Je ne sais quel lien les Esprits désirent vous offrir, mais je suis persuadé qu'il saura apaiser tes peurs et récompenser toutes les épreuves que tu as subis jusqu'à présent. C'est terriblement difficile pour l'instant, mais lorsque ce sera finit ? Tout prendra sens, crois-moi. »

Le sujet redevenait morbidement sérieux et il recula le museau juste assez pour croiser les yeux céladons de son ami. Il lui fit un vague sourire sa joie alors qu'il lui caressait la tête d'une grosse paluche. Sa voix se fit plus basse et chaude, un murmure glissé contre son oreille.

« - Concernant tes visions sur les guerres passées, tu n'as pas besoin de t'en souvenir. Elles ne t'appartiennent pas. Tu n'es pas Achroma et puisque tu ne souhaites pas le redevenir, laisses les s'estomper. Laisses les se dissoudre. Maintenant fermes les yeux et concentres toi sur mon ronronnement. Accroches-toi aux choses que tu as découvert depuis ton Éveil en tant qu'Ivanyr. C'est tout ce qui importe ! Le paysage de l'océan entre les îles, la saveur du sang épicé dans le confort de notre yourte. Les feux stellaires sur le plateau, la voix de ta sœur et ses sourires lorsque vous vous êtes retrouvés. Les blizzards de Nyn-Tiamat, le chant du vent entre les pics rocheux ou encore les vagues sculptées sur l'Inlandsis et le parfum du feu de bois. »

Il peignait sa longue chevelure de ses griffes, regrettant que cette épaisse crinière ne soit pas sur la totalité de son corps. S'il était un graärh à la teinte de platine immaculée et aux yeux si saisissant... ah et bien, il l'aurait pris comme compagnon depuis très, très longtemps maintenant. Purnendu ferma les yeux et vint enfouir sa truffe contre sa tempe, lui laissant plusieurs minutes pour se remémorer les souvenirs d'Ivanyr et oublier ceux d'Achroma.

« - Tu es bien vivant, sitaaron ka phlek (1). Tu es un Don des Esprits... et je les remercie chaque jour de m'avoir donné la chance de te rencontrer. Maintenant... racontes moi ce que tu as trouvé sur le plateau. »

* * * * *

(1) sitaaron ka phlek : Flocon des Astres.


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Re: Recoller les morceaux [PV Purnendu]

le Sam 4 Aoû - 11:11
Non, Aldaron ne lui avait rien dit, il avait simplement été inquiet pour lui, inquiet à l'idée qu'il parte et qu'il ne réussisse pas à se remettre. L'elfe ne l'avait pas forcé, Purnendu avait raison. Il ne voulait que son bien, jamais son mal, l'idée même lui semblait impossible, incompréhensible. Même quand il avait en personne affirmé qu'il pourrait l'utiliser pour ses desseins, l'elfe s'était montré réticent et avait renouvelé son vœu de ne pas le blesser… Ce n'était pas un tortionnaire ou un adversaire, tous deux s'aimaient, alors il n'arrivait stupidement pas à imaginer qu'Aldaron puisse vouloir lui faire le moindre mal. En revanche, il ne savait pas du tout s'il aurait réellement eut la force de partir. L'idée le déchirait rien qu'en y pensant, alors la mettre en pratique ? Faire face à une armée ennemie lui semblait plus simple et moins douloureux que cette séparation. Les mots du félin lui semblaient plein de véracité, mais dans son cœur, il y avait une petite voix qui ne se laissait pas convaincre, qui résistait bec et ongles pour ne pas s'éteindre, pour continuer de l'étriller de cette peur sourde qu'il ne pouvait étouffer. Il avait peur de le perdre, et il n'avait pas besoin d'une raison à cela, le sentiment existait, et résistait. Le vampire n'émit pourtant nul protestation, lové dans l'étreinte qui le retenait au moment présent et ramenait lentement ses forces et sa conscience. Il se contenta de recevoir ses paroles et ses pensées, les contemplant sans savoir s'il pouvait les faire siens.

Il voulait le croire. Oh ! Il voulait tellement le croire, y croire ! Il voulait que cette souffrance s'arrête. Ce serait tellement plu simple de la supporter s'il savait quand elle s'arrêterait, mais le ferait-elle ? Purnendu avait-il raison de penser qu'on finirait par lui rendre autant qu'on lui prenait ? Il s'accrochait à l'idée avec prudence autant que désespoir, ne sachant s'il voulait la dévorer ou la savourer, s'il pouvait seulement s'en gorger. Comment savoir si ses souffrances auraient vraiment une fin puisqu'il ne savait pas d'où elles venaient et pourquoi il les subissait ? Il y avait tant de choses qu'il ne savait pas, tant de questions sans réponses, et le spectre de voir tout ce qu'il avait de plus cher lui être arraché si justement ses souffrances n'avaient pas de fin…. Il n'était certain de rien, surtout en cet instant, surtout quand cela concernait ce qu'il vivait. Il ferma les yeux, essayant d'oublier, essayant de faire refluer ce qui le noyait malgré la peur, la crainte. Il abandonna sa vision, suivant la voix profonde de son ami, essayant de revivre les moments de lumière qu'il possédait en lui, essayant de nourrir cette petite flamme timide et frêle qui essayait de braver le blizzard. Il plongea en lui-même, jusqu'à trouver le ruban d'un feu stellaire dans l'obscurité et le suivit pour retourner sur le plateau glacé. La nuit profonde l'entourait, lui offrant le magnifique spectacle des feux sous un doux voile de coton gelé.

Chaque minuscule flocon vint l'enlacer, l'entourant et couvrant sa peau d'une caresse éphémère, et lorsqu'ils le quittèrent, portés par le vent, ils emportaient une part de sa fatigue, de sa peur, et de son malheur. Un soupire vint secouer son monde, alors que le soulagement le noyait d'une vague tiède qui le fit frissonner. Lentement, il éleva les mains vers l'imposante truffe pour la caresser avec douceur, tandis qu'il brisait son silence d'une voix ensommeillée et distante, prise dans les souvenirs :

«  Il y avait des veinules dans la roche, loin sous la glace, qui courent sur la totalité du plateau en strates, comme de la peinture. Quand on les regardes de loin, on a l'impression de voir des formes, comme dans les nuages. Quand les feux stellaires sont là, certaines veinules se mettent à briller légèrement, peut-être en reflet ? Il y avait… prit dans une poche au flanc du plateau, des petits poissons étoiles, les cousins de ceux dont j'ai vu la poudre au sommet. Un jour, j'ai pris une de tes lames pour m'entailler la main et je l'ai plongée dans l'eau, ils sont venus par centaines, grouillants autours de ma main… leurs petites bouches me chatouillaient »

Il poursuivit pendant un long moment, contant chaque particularité qu'il avait pu découvrir, depuis les nids de petites créatures dans des renfoncements jusqu'à la vue singulière des vagues de l'Inlandsis depuis son perchoir. Il y en avait énormément, certaines plus marquantes que d'autre, comme la musique qui jouait légèrement dans les roches à un certain niveau du plateau à une certaine heure sous vent d'Est… d'autres étaient plus communes, et pourtant, il les racontait avec un plaisir et une fierté égale. Car pour lui, tout avait la même saveur délicieuse.

La saveur de la vie et de l'espoir.

Après plus d'une heure, il s'arrêta enfin, épuisé et la gorge sèche. Se tortillant faiblement il releva le visage vers le Graarh, et lui fit un faible sourire. Ça lui faisait plaisir, que son ami écoute tout ce qu'il avait eut à lui raconter jusqu'au bout sans sembler s'ennuyer… cela lui tenait beaucoup à cœur après tout. Il avait tenu toutes ces semaines à l'attendre en grande partie grâce à ces recherches. Chaque jour il s'obligeait à trouver au moins une chose à lui raconter, quitte à se forcer un peu. Mais il n'avait pas fait que se creuser la tête, il avait voulut vivre chaque trouvaille, réellement…

«  Tu… tu aimes ? Tu ne t'y attendais pas quand tu as choisis, n'est-ce pas ? »

Se redressant péniblement, les cheveux un peu emmêlés et ébouriffés, le vampire se frotta les yeux d'une main puis l'observa de nouveau.

«  Je suis désolé de t'imposer du travail supplémentaire. Je sais qu'il y a beaucoup de blessés, beaucoup de traumatismes, que tu as beaucoup de patients… je ne voulais pas t'obliger à me sauver encore une fois.. »

Il aurait voulu que ça n'arrive plus, pouvoir affirmer haut et fort qu'il avait passé ce cap, qu'il n'y reviendrait pas. On venait de le détromper lourdement et il en restait choqué. Était-il donc si faible ? Il ne voulait pas être faible et quelque chose en lui se révoltait instinctivement à cette idée. Déglutissant, il se rassit enfin, forçant sur ses limites pour essayer de contrevenir ce sentiment d’infériorité qui lui restait sur la langue. Tentant de se focaliser, il reprit la parole, sourcils froncés par la concentration.

«  C'était une des guérisseuses. Elle a voulu me 'calmer' avec un sort et… voilà le résultat… je préfère quand c'est toi qui me soigne... »

Il sourit, souffla un remerciement presque inaudible mais qui faisait trembler ses lèvres et finit par se rallonger, le corps encore en souffrance de tout ce qu'il avait subit et en particulier l'explosion magique qui l'avait vidé d'une partie de son énergie vitale. Tête sur la fourrure soyeuse, il observa son guérisseur en peignant les longs poils, reproduisant inconsciemment son geste d'un peu plus tôt.

«  Purnendu ? Penses-tu que je ne doive pas chercher à retrouver mes souvenirs ? Ces visions que j'ai, ces visages qui me viennent et me parlent… Aldaron en faisait partie. Je n'ai plus eut de visions de lui depuis que je l'ai retrouvé. Mais il m'a aidé à poursuivre un autre de ces fantômes… sur la falaise, près de Caladon... »



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Re: Recoller les morceaux [PV Purnendu]

le Jeu 16 Aoû - 10:39
Il garda les yeux clos et l'écouta sans l'interrompre une seule fois. A chaque minute qui passait, il l'enfouissait davantage dans son étreinte et sa fourrure pour qu'il oublie tout du monde extérieur et ne plonge de plus belle dans les souvenirs uniques et inimitables de Paadshail. Avec un souffle lent, ses ronronnements vibraient en un rythme profond et intense qui faisait vibrer son torse alors qu'il continuait de tricoter le dos et les épaules du vampire à l'aide de ses griffes. Ses coussinets rêches massaient les muscles las et sa queue lui chatouillait parfois la gorge ou les bras lorsqu'elle ondoyait par spasmes paisibles. Léger sourire ourlant ses babines sombres, Purnendu n'eut aucun mal à se peindre mentalement le plateau étroit au sommet de la montagne et il n'eut guère plus de difficulté à ajouter au fur et à mesure tous les détails qu'Ivanyr avait découvert lors de ses explorations.

Il était fascinant d'entendre cette myriade de singularités et il ne pu s'empêcher à quelques reprises d'échapper un rire incrédule avant qu'il ne roucoule de joie et de satisfaction. Oh oui, ce plateau était merveilleux. Peut-être pas autant que l'être qu'il tenait entre ses grandes paluches, mais il n'était pas bien loin derrière ! Une idée farfelue lui vint à l'esprit et il la garda bien au chaud pour qu'elle mature avec l'espoir qu'un jour, il puisse l'exposer auprès de son ami et recevoir en contrepartie une réaction positive. Pour l'heure, il le sentait remuer et le libéra à contrecœur alors que lui aussi se redressait. Fourrure en pagaille, il étendit les bras au dessus de ses cornes, puis s'étira avec un long bâillement qui fit rouler sa langue hors de sa gueule grande ouverte. Lorsqu'il eut terminé d'exposer son palais et sa glotte, il s'ébroua pour remettre le plus gros de sa fourrure en place et fixa son vampire avec tendresse.

« - Je n'avais pas la moindre idée de toutes les qualités qui s'y cachaient lorsque je l'ai choisi. Plus que jamais, je ne regrette pas mon choix... »

Parlait-il encore du plateau ? Qui sait. Avec un clin d’œil et un de ces sourires indéchiffrables dont il avait le secret, Purnendu tendit une main pour venir glisser quelques griffes dans les mèches emmêlées de platines, en attrapa quelques unes pour les porter à sa truffe et en humer le parfum unique.

« - Ne soit pas idiot. Tu es de ma tribu, forcément que je vais m'occuper de toi en priorité. L'hospice est très bien géré sans moi avec tous ces mages et ces « Ba-petit-s'tr-ailes » que vous avez rapatriés de droite et de gauche. Mon aide consiste principalement à remplir les étagères avec mes remèdes de qualité. »

Il marqua une légère pause et l'observa alors qu'il hésitait à lui parler des orphelins. Finalement, il décida qu'un sujet aussi misérable ne ferait que desservir ses intentions et aggraverait le sentiment de culpabilité qui étreignait son ami. A la place de quoi, il tendit le bras pour saisir un couteau courbe qui traînait sur une planche à découpée, non loin de sa paillasse et vint commencer à raser les poils sur l'intérieur de son poignet gauche. Yeux baissés sur ce qu'il faisait, il avait cependant les oreilles bien dressées pour signifier qu'il portait le reste de son attention sur les propos qu'on lui tenait. Savoir qu'une autre guérisseuse avait approché son patient sans même chercher à savoir s'il était déjà sous traitement vint lui hérisser littéralement les poils du dos. Sa longue queue balaya rageusement le sol avec des bruits sourds et réguliers avant qu'il ne claque sèchement de la langue. Voilà quelque chose dont il allait devoir discuter avec Aldaron ! Il était navrant que ce soit à lui d'éduquer les guérisseurs d'un autre peuple sur des principes aussi fondamentaux.

La suite cependant lui fit interrompre sa tonte et il releva un regard surpris sur le vampire. Clignant des yeux deux fois, il pencha la tête en une mimique incrédule avant qu'il ne sorte la langue pour se lécher la truffe et hoche lentement du chef pour signifier qu'il y réfléchissait. Son attention retourna sur le couteau et quand la peau à l'intérieur de son poignet fut mise à nue, il tira Ivanyr pour qu'il s’assoie entre ses cuisses, dos à lui et vint lui présenter son bras.

« - Cela fait longtemps que je ne t'ai plus nourri. Je suis désolé si je n'ai pas de meilleure source à te proposer, cependant boire te fera le plus grand bien. »

De sa main libre, il lui caressa les cheveux pour l'enjoindre à mordre et se désaltérer tout son saoul. Il avait la constitution suffisamment solide pour encaisser la soif de son ami et désirait le savoir le ventre plein à reconstruire ses réserves d'énergie plutôt que de le savoir affamé et aussi faible. Encore un moment silencieux, il frotta sa truffe contre sa tempe avec de petits ronronnements légers, puis vint finalement prendre la parole d'une voix basse et empreinte de gravité.

« - Concernant tes souvenirs, tu dois rester le seul juge. Cependant, voilà mes conseils : si tu y tiens réellement... Je pense qu'à terme, il serait effectivement préférable que tu retrouves tes souvenirs. Non pas parce que tu dois redevenir Achroma et endosser ses anciennes responsabilités. Non, non... Simplement parce que cela te permettra d'affirmer qui tu es aujourd'hui, mais aussi parce que cela t'aidera à décider qui tu souhaites devenir demain. »

Il marqua une légère pause, ferma les yeux et inspira avant de poursuivre :

« - Hier n'est que le terreaux de nos choix, l'expérience qui guidera nos décisions. Ce ne doit pas être un poids ou une honte. Ce qui est fais ne peut plus se défaire, toutefois il est possible de reconstruire. De nos erreurs, nous apprenons. De nos réussites, nous grandissons. Avec ou sans ta mémoire, celui que tu étais hier n'est plus celui que tu es aujourd'hui. Chacun de tes souffles, chacune de tes actions, chaque aboutissement de tes pensées ; tout cela est une évolution en soit. Ton corps, ton cœur et ton esprit changent qui que tu sois. »

Purnendu pencha la tête pour essayer de capter son regard et lui fit un sourire confiant, le regard chargé de tendresse.

« - Aldaron est un bon souvenir. Toutefois, je sais que tu en confronteras de très mauvais... hors j'aimerai t'éviter cette souffrance. J'aimerai que tu découvres les choses à ton rythme, pas à pas. Que chaque nouvelle expérience concernant ton passé soit précieusement stabilisée, sécurisée, avant que tu ne passes à la suivante. J'aimerai que tu les assimiles à ta vie actuelle, que tu n'en gardes à chaque fois que le meilleur selon tes critères. Tu as tout le temps du monde devant toi. »

Il posa posa le museau sur son épaule, légèrement voûté contre lui. Il avait passé les bras autour de sa taille et le gardait toujours au creux de sa silhouette massive, assis l'un contre l'autre.

« - Nous autres, Graärh, sommes très proches des Esprits-liés. J'ai appris à tous les connaître et à savoir chacun de leurs dons. »

Sa voix se fit davantage pensive et ses yeux d'absinthes se perdirent dans le vide.

« - J'aimerai, lorsque nous retournerons à Paa... à Nyn-Tiamat, effectuer un rite pour obtenir un Esprit-lié supplémentaire. Il s'agit d'une créature marine que l'on ne trouve qu'en eau chaude. Je ne connais pas votre mot pour l'appeler, mais nous la nommons hippokaimpas. Cette créature a une tête comme un cheval et une queue enroulée ? »

Il se gratta la nuque d'un air confus avant de soupirer et de poursuivre.

« - L'esprit-lié de cet animal offre un pouvoir sur la mémoire des gens. Si je parviens à obtenir ses faveurs, je souhaiterai appliquer ses dons sur toi, Ivanyr. Je voudrais t'aider à comprendre ton passé et t'offrir des parcelles à ta demande... et si tu le souhaites ? Je pourrais même effacer ou modifier celles qui te terrifient ou que tu voudrais oublier à jamais. Qu'en... penses-tu ? »

Il l'observa au couvert de ses longs cils sombre et ne bougea plus, pas même d'une vibrisse dans l'attente de sa réaction.


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Re: Recoller les morceaux [PV Purnendu]

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