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Avant que tout ne s'effrite (Aldaron)

le Mar 24 Juil - 6:57
10 novembre

Comment pouvait-il se permettre? Elle savait très bien qui il était, il pouvait bien être Triade, roi ou juste un enfant du peuple, son respect pour lui ne venait pas de là. Comment pouvait-il se permettre? Se répétait la veuve en pestant. Il avait été difficile de cacher sa colère dans le bateau, elle lui en voulait de la provoquer ainsi. Que pouvait-elle bien lui répondre? Il n’y avait rien à répondre, rien sur le coup. Au risque d’exploser et de parler sans réfléchir. Elle ne voulait pas faire ça, pas à Aldaron. Et cela l’énervait, elle qui était habituée de ne jamais avoir à faire attention à son entourage. Les gens qu’elle aimait lui pardonnaient tout. Depuis le début, Matis ne lui en avait jamais voulu, même lorsqu’elle avait été déraisonnable. Saemon ne lui avait jamais rien reproché, alors qu’elle l’avait utilisé comme un véritable défouloir.

Et la flamme de son caractère explosif, que Saemon glorifiait, que Matis lui avait pardonné jour après jour, que les autres n’avaient pas vu : on l’avait rassuré de sa nécessité, de sa beauté, de sa force. Maintenant, on lui en voulait et sa propre critique était la plus sévère. La critique n’avait pas d’importance lorsqu’elle venait des barbares d’Almaréens qui empestaient Gloria, ou des nobles qu’elle avait haï à la même époque, les mêmes pour lesquels elle avait travaillé.

Mais elle respectait Aldaron. Et il était son ami. L’avait-elle déçu? Cela l’enrageait, de vouloir être en désaccord avec lui et de détester l’être à la fois. C’était son droit, de lui prononcer son désaccord, n’était-elle pas sa conseillère?

Peu importe le temps qu’elle passait à penser à ce qu’il lui avait dit, Autone ne trouvait aucune réponse adéquate. Serait-elle en colère?
« Je ne sais pas… »

Elle savait sa propre imprévisibilité. Elle ne savait pas, c’était impossible à prévoir. Entre la colère et l’acceptation il n’y avait qu’un fil.    

***

Elle avait installé une tente avant de commencer à venir en aide aux blessés. Et elle avait commencé le soir même. Inutile d’éviter Aldaron puisque le Bourgmestre semblait débordé. Qui plus est, il avait une garde très serrée. Autone mit de côté, dans un coin de sa tête, les pensées qui l’avaient tracassées le long du voyage. Elle n’y pensait plus, quand au lendemain Aldaron l’avait fait appeler. Autone avait aussi appris qu’il y eût un incident avec Ivanyr, concernant un baptistrel, mais elle n’avait pas plus de nouvelles. Elle ne l’avait pas revu depuis non plus et le manque de clarifications l’inquiétait. Avoir de ses nouvelles était une motivation suffisante pour affronter la conversation qu’elle devait avoir avec Aldaron. Beaucoup trop de choses lui faisaient peur, en cet instant.

Elle se rendit jusqu’à la tente du Triade. Pour la première fois depuis des mois, il lui semblait étrange d’être escorté. Lorsqu’elle baissa les yeux, elle comprit la source de son malaise. Ses vêtements étaient les mêmes que ceux qu’elle avait porté, dans son voyage vers les galeries, avant l’ascension du tyran. Dans le désert, aussi. Suffisait-il d’une robe pour se sentir différente? Autone tenta de retrouver son expression neutre, presque hautaine. Elle leva la tête.

C’était étrange, pour la première fois.

Elle entra silencieusement et croisa son regard. La veuve était calme, à présent. Elle entre ouvra les lèvres et eût peur, un moment, avant d’oser parler.

« Marchons. C’est étouffant de rester à l’intérieur des tentes. »
La petite veuve se retourna, passant le pas de son escorte qui était restée à l’extérieur et s’était attendue à rester postée plus longtemps.

« Qu’est-il arrivé à Ivanyr? J’ai entendu qu’il y avait eu un incident. » Elle fronça les sourcils d’inquiétude.  « Comment va-t-il? »  

Elle baissa la tête, ne lui laissant pas vraiment le temps de répondre. La nervosité la fit enchainer aussitôt. Mais sa voix était calme, elle avait eu le temps de voir la poussière retomber. Elle enfilait rapidement, mais doucement, ses phrases. «J’ai pensé à ta question.»  


« Je serai en colère si tu n’essayais rien avant d’en arriver là. Tu m’as demandé conseil et tu as eu ma réponse et mes attentes. Si tu es décu…
Pense à un peuple qui ne serait jamais en colère. »


Elle soupira en balançant la tête vers l’arrière, jetant son regard sur le ciel clair. « C’est un devoir de s’insurger. De s’opposer. C'est pour ça que tu t'es retrouvé là. Mais tu es le réceptacle de toute cette haine et ça peut faire mal. »  

Elle s’entendait être enfantine et s’embarrassait elle-même.  « Crois-tu que je suis ‘’Moi’’ dans ce rôle? Quand je lève la tête, quand je ravale mes réactions? On ne peut pas se permettre d’être …soi… Parce qu’un rôle aussi public implique une image qui sert de bouclier. Je ne t’apprends rien. Je te demande d’être conciliant. Mon attente n’est pas que tu réussisses cette intervention diplomatique mais que tu essaie. »  

Puis le silence lui retomba dessus, lourd et nerveux. Elle avait peur de perdre d’avantage. Elle avait peur de perdre l’amitié d’Eleonnora et d’Aldaron à des différents politiques. Elle avait peur de revoir ses alliés devenir ses ennemis. De revoir la douleur sur les visages et de perdre son espoir. Qu’en était-il de la sagesse? N’étais-ce pas un commandement d’origine?

Le monde avait perdu tant de sens et il n’en restait presque plus. Elle aurait voulu qu’on lui laisse ces miettes de foi, qui s’effritaient dans l’air. Elle avait peur de ne pas avoir le temps d’attraper quelque chose avant qu’il ne reste plus rien. [/color]


Dernière édition par Autone Falkire le Mer 3 Oct - 1:30, édité 1 fois






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Re: Avant que tout ne s'effrite (Aldaron)

le Ven 3 Aoû - 1:24
    10 novembre 1762

    L'eau avait lavé sa longue chevelure blanche que sa femme de chambre – ou de tente, en ces circonstances – était en train de tresser soigneusement. Il devrait arrêter de sauter dans le vide avec Ivanyr, l'eau de la mer n'aidait pas à garder l'immaculée indemne. Il s'en moquait bien, au fond, c'était si peu de choses. Si c'était à refaire, il recommencerait. Il avait encore la sensation de froid sur ses lèvres et son regard était vague, lointain. Il avait l'air absent, alors qu'on lui plaçait son armure en mithril convenablement sur ses épaules, par dessus le tabard que son fils adoptif avait fait pour lui. Il enfila ses gants de cuir alors qu'on ajoutait sur ses épaules, comme les mille et un poids invisibles des responsabilités, celui d'une cape d'un bleu irisé. L'arrivée de la veuve le tira de ses pensées alors qu'il se remémorait l'avoir conviée à le rejoindre ce matin. Il y avait, dans les émeraudes tranchantes, cette habituelle froideur régalienne, comme un animal dompté mais encore sauvage et dominateur sous ses traits bien lissés. Il y avait cependant quelque chose de singulier dans les yeux d'Aldaron. Quelque chose qu'Autone n'avait plus vu dans ses iris depuis Morneflamme, quelque chose d'inédit et plein d'espoir : la vie. Il y avait cet éclat inattendu, enseveli sous la douleur et les inquiétudes, mais infiniment présent. Si c'était discret pour les lambdas mortels, Autone avait, avec lui, cette proximité certaine qui lui conférait la capacité de remarquer ce genre de détail plein de sens.

    Sortir. Soit, il la suivait. Il était loin de faire le difficile et s'il valait mieux que leur discussion connaisse l'intimité relative d'une tente, leur moral ne s'en porterait que mieux en dehors. Sur le campement, tout semblait assez calme excepté la tension ambiante. Tout un chacun veillait à ne pas avoir un acte déplacé ou un bruit trop soudain, craignant que l'autre camp prenne cela pour une attaque. Sa garde le suivait, inévitablement, alors qu'il marchait entre les allées aux côtés de sa Conseillère. Il entrouvrit les lèvres pour répondre au sujet d'Ivanyr mais il n'eut guère le temps de s'exprimer. Il fut la patience incarnée, comme bien souvent, acceptant de l'écouter jusqu'au bout de ses explications. « Si tu n'arrives pas à être toi, dans ce rôle, c'est peut-être parce que tu n'es pas encore arrivée à asseoir ta place. » C'était un long combat que d'être soi. Mais c'était plus facile pour lui : toute sa vie était mensonges et vérités. Être soi-même, c'était jouer cette ambiguïté de lui-même et s'affirmer en tant qu'homme chaotique et en tant qu'homme bon.

    « Je n'ai pas d'image, Autone. Les images, c'est bon pour ceux qui n'ont pas confiance en ce qu'ils sont. Des personnes qui se cherchent et tâtonnent dans un environnement qui leur fait peur, qui leur est hostile ou qui n'est pas en adéquation avec eux. Nolan est de ces hommes. Toi, peut-être également. Mais... Tu n'as rien à prouver dans ton rôle. Rien à me prouver, je sais que tu es faite pour incarner le Conseil dont j'ai besoin. C'est pour cela que je t'ai appelée à mes côtés, en avril. Tu devrais te faire d'avantage confiance. Même lorsque je me montre rude. Surtout lorsque je me montre rude. » Son regard quitta l'horizon de sa progression pour se poser sur elle, un instant, avant de revenir devant lui. « Je vais négocier, je te le promets. Beaucoup aspirent à avoir toujours raison. Pour ma part, je rêve d'avoir tord, au sujet de Nolan, au sujet de cette guerre interminable. Il me semble qu'elle ne pourra jamais s'achever tant que les Kohans seront sur le trône. Chaque épreuve nous ramène à ce point, à cette protestation, à cette contestation de sa légitimité. Je crois qu'il est vain d'embrasser le rêve d'Armistice et c'est pourtant le mien, de rêve. »

    Un soupir souleva son torse, mais son pas restait lent et régulier. « Je n'ai pas d'image. En m’écoutant, j'enverrai paître l'empire mais... Cela ne veut pas dire qu'en tentant ces négociations, je m’inhibe au profit d'une image de sagesse. Je ne suis pas la sagesse. Mais je suis un homme qui tient à ses amis et tu es de ceux-là. Lorsque je me présenterai devant Nolan pour négocier, je serai moi. Lorsque je gouverne Caladon, je suis moi. Je n'effacerai jamais plus ce que je suis au profit d'un autre être. Je ne retournerai jamais plus à Morneflamme. » La prison avait déformé sa personnalité. Il refusait qu'on vienne à nouveau la modeler pour la bonne joie des habitants de Caladon. Il était lui. C'était ainsi qu'il était devenu bourgmestre. Il ne changerait pas pour plaire. Il agirait en son âme et conscience. Dusse-t-il être défait de ses fonctions : il n'agissait pas pour son image. « Quant à Ivanyr... Il me cherchait sans me trouver et... Une baptistrelle a voulu le calmer en le plongeant dans un rêve. Ça a mal tourné. Il a... Revécu une partie houleuse de l'histoire d'Achroma. Sa mort. » S'il lui avait parlé de qui était Ivanyr ? Pas encore et ce serait probablement la raison. « Donc il a... Explosé magiquement, fort heureusement en direction de la falaise, sans quoi, il n'y aurait plus de campement. Il a été mené dans ma tente et Purnendu s'est occupé de lui. Je crois... Qu'il ne va pas trop mal. Du moins, j'ai l'impression qu'il est rassuré. Je le sens, je le suis. Et je veillerai à ce que cela ne se reproduise pas. Je tiens à lui. Énormément. »


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Re: Avant que tout ne s'effrite (Aldaron)

le Mar 14 Aoû - 3:17
Son sourire pâle s’étira, tremblant et sans joie, cet air cinglant dans les yeux. Sa façade, c’était ici qu’elle devait la mettre, devant le peuple et entourée de gardes. Asseoir sa place, qu’est-ce que ça voulait dire, exactement? Être immuable, elle, conseillère de Caladon et cœur de pierre. Pourquoi? Ce qu’elle montrait, elle ne voulait pas le devenir. Ce qu’elle montrait, c’était pour protéger les siens et ses idéaux. Un environnement qui lui était hostile, c’est là que Aldaron avait raison. Elle était certaine que ce monde était hostile et qu’il le serait à jamais, peu importe où elle irait. Comme elle lui avait dit, elle ne pouvait plus se permettre d’être elle.

Elle ne savait pas quoi dire, son regard se couvrait d’inquiétudes. Un sourire plus sincère, mais si petit, fut la réaction de ses derniers mots. Cette tendresse discrète, elle leur souhaitait. Elle n’avait pas connu Achroma, elle ne savait pas la relations qu’ils avaient eues tous les deux. Mais c’était bien facile à deviner.

« Je suis contente qu’il se porte bien. J’aimerais le visiter, si cela ne l’importune pas. J’attendrai, s’il le faut. »  
Elle se souvenait, du souci qu’elle s’était faite alors que le Bourgmestre était tombé dans les pommes. Alors qu’elle avait attendu à l’extérieur de sa chambre pendant que son guérisseur s’occupait de lui. Les yeux marrons se posèrent dans le vide, Ivanyr disait que sa malédiction était de ne pas se souvenir. Alors qu’elle, était maudite de se souvenir. Maintenant il dire quelle malédiction il préférait.

« Nous nous sommes connus déjà dévorés par morneflamme. Tu n’as jamais vu l’enfant que j’étais avant. Je n’ai jamais vu l’elfe libre dont j’ai entendu parler. Il serait déplacé de dire que tu n’es pas toi-même alors que tu m’affirmes le contraire. Mais…Je ne sais pas comment …
Tu es loin. Même lorsque tu embrasses ta propre fille, tu es terriblement loin de toi-même. »
En cela ils étaient différents, elle ne savait comment vraiment l’expliquer autrement. « Et je suis très proche de ce que je ressens. Alors je dois me protéger, nous le faisons de deux manières différentes. J’ai senti, quand je t’ai revu, qu’une partie de toi s’est effritée ou peut-être a changé. Et tu as grandi. »  

Elle passait par quatre chemins, c’était certain. « Te souviens tu de qui j’étais? Peut-être est-ce la mort qui nous a fait grandir. Malgré ce que ce volcan nous a fait, je ne t’ai jamais vu plus vivant, plus présent qu’à Caladon, la première, comme je n’ai jamais osé être plus confiante que dans ce désert. Tu étais prêt à te battre et fier, pour protéger ce en quoi tu croyais, pour protéger tes rêves et ceux que tu aimes. Aldaron, je ne sais pas si cette partie de toi s’est effritée, mais si elle est là, dans ta personnalité distante, c’est celle que je veux voir, suivre et supporter, devant les Kohan ou ailleurs. Parce qu’elle est inspirante. »  

Elle s’arrêta, les gardes derrière elle l’imitant. Autone offrit un sourire maternel à l’elfe. Elle supporta son regard. « Et Nolan le verra. Tu me dis de me faire confiance. Fais confiance en tes objectifs et en ton pouvoir. Et pas seulement celui que ton titre te procure. » Il aurait pu lever des armées avec la confiance qu’il lui avait montré, ce jour là. Son sourire s’affaissa, elle sembla plus sérieuse, ne quittant pas son regard du sien. « Je ne peux pas être la seule à croire en l’armistice. » trembla-t-elle entre ses lèvres.






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Re: Avant que tout ne s'effrite (Aldaron)

le Mar 21 Aoû - 19:35
    Autone s'inquiétait pour Ivanyr, cela se lisait dans ses yeux comme dans le ton de ses mots et Aldaron en captait l'essence sincère. Cela le rassurait, en un sens, que son vampire soit ainsi entouré de bonnes personnes qui éprouvaient pour lui une amitié authentique. L'elfe aux cheveux de lait acquiesça doucement de la tête, ajoutant à son signe les mots qui allaient de pair : « Bien sûr. Tu n'auras probablement pas à attendre pour cela. Le connaissant, il devrait reprendre dès aujourd'hui ses fonctions à mes côtés. Ma protection lui importe plus que sa propre santé. J'ai parfois du mal à exiger de lui qu'il soit égoïste. Il a beau me souligner qu'il l'est excessivement et je le crois, mais lorsqu'il s'agit de moi, il n'a... » S'il n'y pensait pas pour lui, Ivanyr était capable de le veiller jour et nuit sans repos. Bien que les vampires n'aient pas besoin de sommeil, l'esprit de l'amnésique nécessitait de se ressourcer et d'être soigné. Le bourgmestre haussa finalement les épaules avant d'achever : « Pas les pieds sur terre, et c'est à moi de les avoir pour deux. » S'il y parvenait. Il n'était pas exempt de zèle lorsqu'il s'agissait d'Achroma. Il lui arrivait d'agir sans réfléchir, juste parce que cela protégeait son lié.

    Il coula son regard sur elle, lorsqu'elle s'arrêta, laissant les mots courir à son esprit pour l'alimenter de réflexions. Il comprenait, le fond de sa pensée et la manière maternelle qu'elle avait de se comporter avec lui. Avec beaucoup de monde en vérité. Ses grossesses avaient fait d'elle une mère accomplie. « J'étais en colère contre le Tyran Blanc. C'était pour cela que j'étais si prêt à me battre : j'étais en guerre. C'était elle qui me donnait vie. C'était ce combat qui alimentait mes gestes et mes convictions. Il en est ainsi pour toute chose à laquelle on s'accroche : ce n'est que le réceptacle de nos instinct qui désirent se battre, qui veulent la guerre pour détruire ce qu'on juge inadéquat en ce monde. Tu mordrais la première main qui te prendrait ton fils pour gonfler les rangs d'une armée. Tu veux te battre pour que les graärh n'aient plus de chaînes. Si ces intentions sont louables, il n'en demeure pas moins vrai que tout ce que nous faisons par passion, tout ce que nous faisons intensément, nous le faisons en combattant. Tu dis qu'on se bat pour nos rêves et ceux qu'on aime, mais ce n'est pas parce qu'on se bat pour une cause qu'on ne combat pas contre son exact opposé. Alors tu appelles de tes vœux l'homme que j'étais, qui faisait la guerre. Et tu appelles l'homme qui croit en l'Armistice. »

    Il écarta les mains alors que ses paumes se tournaient vers les cieux, comme pour souligner le paradoxe de ce qu'elle lui réclamait. « Si je te donne cette impression d'être loin, c'est parce que je n'ai rien à combattre pour l'heure. C'est parce que la menace tyrannique, que je hais de tout mon cœur, est si loin en notre monde, si on le regarde avec objectivité... Et si proche à la fois. Je suis probablement la seule menace qui puisse décider d'écraser ce monde s'il me prenait de me battre. Si je décidais de vivre. Et en vérité, ça n'est pas si loin de se produire. Lorsque l'incident à Cordont sera réglé, d'une manière où d'une autre, je laisserai mes fonctions de bourgmestre derrière moi. Je ne dois pas être la main qui dirige car je finirai par détruire ces idéaux de démocratie qui grandissent à Caladon. C'est aussi pour cela que je suis loin. » Ferma les yeux, l'elfe expira l'air de ses poumons avant de reprendre une marche régulière. « Si je me bats... Je suis un roi. »

    Ses mains se rejoignaient, se calant dans son giron : « Je ne peux pas croire avec toi en l’Armistice, car je sais que si elle tient aujourd'hui, ce ne sera que pour désirer se briser ensuite. Les négociations frustreront toutes les parties et, Armistice après Armistice, cela gonflera et grondera. Je serai là, à chaque fois, pour l'étouffer, je t'en fais le serment comme je l'ai fait à moi-même. Mais je sais aussi que lorsqu'elle ne tiendra plus, elle fera autant de ravages qu'elle permettra de reconstruire quelque chose de nouveau ensuite. Alors je n'ai pas peur et j'aimerais que tu cesses de trembler face à la guerre. Elle est la rivale comme l'amie de la paix dont nous rêvons. La destruction et la construction sont un cycle éternel. »


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Re: Avant que tout ne s'effrite (Aldaron)

le Sam 1 Sep - 22:22
Elle voulait parler d’Ivanyr, mais deux conversations se jouaient au même moment et l’autre était bien plus sérieuse. Et plus les mots coulaient des lèvres du Bourgmestre, plus le regard du rossignol se perdait dans le néant. Elle suivi son pas, s’effaçant doucement d’elle-même, son esprit partait dans l’ailleurs. Son teint pâlissait progressivement, mais la veuve restait droite.

Évidemment qu’il le savait, non pas parce qu’il le lui avait demandé, ou parce qu’il la connaissait. Il avait appris, peut-être des lèvres d’Ivanyr. Peut-être d’autres murmures. Elle avait envie à présent de tout lui cacher, de le traiter comme un autre membre du conseil qui ne devait pas apprendre ses intensions avant qu’elles n’arrivent à exécution. Comme Eleonnora, avec qui Autone gardait une distance sécuritaire. Qui pouvait réellement comprendre ses desseins? Le monde prenait une forme absurde et d’un coup, tout était inutile et vain. Le conseil, Caladon, le marché écarlate, jusqu’à ses enfants et son image si soigneusement forgée.

Elle marchait en silence quand, sans grimacer et sans bruit irrégulier dans sa respiration, les larmes glissèrent sur ses joues. Elle pensa aux gens qui pourraient la voir et son ventre s’agitait d’angoisse. Elle pensait à la faiblesse qu’elle montrait, mais son regard s’était ancré dans le néant. Qu’allaient-ils dire? Qu’importe qu’il y ait des ragots sur chacune de ses actions. Toutes les rumeurs qu’elle craignait depuis le début de sa vie dans la noblesse se fondait à présent dans l’absurdité d’un futur sur ce continent.

La veuve passe une main sur sa joue sans vraiment porter attention à essuyer toutes ses larmes. Elle leva sa main, la regardant un moment. Elle savait que ce n’était qu’une image, qu’elle ne tremblait pas réellement. Mais il ne savait rien de ce dont elle avait peur. Il ne comprenait pas qu’elle n’avait plus peur de perdre les siens parce qu’elle tuerait celui qui voudrait conscrire son fils. Et si elle devait apprendre à naviguer et chercher un autre continent pour protéger ses enfants, elle passerait une vie sur la mer.

« Alors j’ai tort? »  


C’est ce qu’il croyait? Tort de quoi? Et si c'était vrai? Si elle avait tort?   « Je ne trembles pas. Nos combats sont différents. J’aurais voulu me battre avec toi. »  

Elle ferma les yeux en soupirant par le nez.  « Je me bats contre une idée qui revient sans relâche dans ma tête comme un parasite…Que tout fini immanquablement par être vain. Qu’il n’y a aucune raison de continuer… »  

L’embarras s’emparait d’elle, la veuve avait envie de se retourner et d’aller se cacher dans sa tente.  « Cesses d’assumer mes motivations, mes peurs. Si tu veux me comprendre, ça ne sert à rien d’observer et de déduire. Mon image politique ne ressemble en rien à qui je suis. Tu l’as dit plus tôt, je n’ai pas confiance en moi. Je suis faible. Et je suis en colère. Et j’ai mal. Mais ça ne sert plus à rien, j’en ai assez. »  

Elle s’écarta du chemin, se dirigeant vers un endroit plus vert. Elle savait qu’un peu plus loin, il y avait un ruisseau et c’est là qu’elle voulait s’asseoir.






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Re: Avant que tout ne s'effrite (Aldaron)

le Sam 22 Sep - 11:24
    La lumière éclairait les herbes hautes, à proximité du campement, alors qu’ils abordaient les limites de leurs terres provisoires. Les reflets d’or attiraient les prunelles d’émeraude, comme des ancres distrayantes sur lesquels il pouvait détendre son esprit. Il veillait toujours, lorsqu’il abordait une pareille conversation, à trouver un tel point d’attache, afin de prendre les propos échangés avec plus de distance. L’éclat était suffisamment captivant, les larmes brillaient d’avantage, toutefois. Il l’avait probablement blessée et pour autant, il n’en éprouvait pas de remords. Il y avait des maux nécessaires et il était devenu un homme rude. Il était un protecteur dévoué à l’égard de ceux et celles qu’il prenait sous son aile mais il ne pouvait pas les garantir de lui. Ou peut-être aurait-il du lui mentir, à elle, comme aux autres, lui faire miroiter cet idéal, flamboyant de ce que sa parole charismatique était capable de faire. Elle aurait cru rêver avec lui et elle n’aurait pas pleurer. Aurait-il du ? Sa tête se secoua de gauche à droite alors qu’il la regardait partir. Il cessa de marcher, pour lui laisser de l’avance et par conséquent, de l’intimité. Il fit un signe de la main à sa garde, pour qu’ils les laissent seuls. L’arc dans son dos saurait les tirer d’une embuscade, le temps que les renforts se présentent.

    Du haut de la falaise, le vent s’engouffrait dans ses vêtements, malgré la protection de sa cape. Ses cheveux tressés sécheraient vite. Là bas, au loin, il y avait cette petite île qu’il avait partagé avec Ivanyr, à l’aube, pour célébrer leur union. Le vampire lui avait demandé qu’ils s’affichent, enfin. Maintenant que l’esprit-lié des Inséparables les avait marié spirituellement, l’elfe ne voyait pas les choses autrement. Il aurait d’autres combat à mener, l’Aîné lui offrait une autre vie. Il détourna le regard et alla rejoindre sa conseillère en fuite. La chevelure rousse se détachait des hautes herbes vertes et de l’eau aux reflets d’or du ruisseau. Le décor était apaisant, il dissonait de la tension sur le campement. Son pas régulier et mesuré la rapprochait d’elle, sans qu’il ne montre la moindre précipitation. Les mains nouées sur son giron, il était le calme incarné et ses prunelles, ornées de patience souveraine, s’accrochait à la silhouette bien connue. Il laissa un silence, lorsqu’il s’arrêta, à deux mètres d’elle à peine avant de demander : « Est-ce grave d’avoir tord ? Est-ce grave de se tromper ? »

    La question était sincère, puisqu’elle semblait le prendre avec tant de virulence ou de désespoir. « J’aimerais te rassurer, Autone. J’aimerais aussi pouvoir te dire ce qui loge et ne loge pas dans mon cœur, sans craindre que tu ne t’enfuies encore. Dois-je te mentir, comme je le fais auprès de tout autre ? Dois-je te faire miroiter la splendeur de ce que tu désires entendre… Ou puis-je avoir la main tendue d’une amie prête à écouter même ce qui lui déplaît, et à m’accepter tel que je suis ? » Il referma la distance qui les séparait et il leva doucement une main gantée pour replacer, d’un geste affectueux, l’une des mèches flamboyantes derrière l’oreille de la jeune femme. « Mon combat, Autone, c’est que jamais plus un tyran ne vienne prendre le contrôle de notre monde. Quand je me suis battu contre Fabius, contre les almaréens de Néant, contre le Tyran Blanc, contre les chimères… Je me suis battu contre des personnes et des créatures qui voulaient contrôler, asservir ou détruire le monde dans lequel je vis. Mon combat, c’est l’essence même du Marché Noir. Mais mon combat… Est en sommeil parce qu’il n’y a rien qui détruise notre monde, rien qui ne soit suffisamment dangereux pour que je me batte. Ni la Paix, ni le spectre de la Guerre ne sont des ombres suffisantes pour que je me batte. »

    Ses yeux se baissaient, trouvaient à l’eau une saveur singulière et pleine de réflexion. « J’étais là lorsque tu es née, je serai probablement là encore lorsque tu mourras. C’est toujours le même cycle qui se joue en boucle sous mes yeux… Ça naît, ça vit, ça meurt. Ça construit, ça jouit, ça détruit. Ça se répète sans cesse, tant qu’à force, je trouve cela aussi normal que tu trouves normal le cycle d’une respiration. C’est cela que d’être un elfe parmi les hommes depuis plus de quatre siècles. Tu vis avec plus de feu toutes ces petites choses que je trouve banales. J’ai besoin de plus de perturbations pour que cela vienne briser la monotonie et ce qui est en train de se produire à Cordont n’est qu’un sursaut, à mes yeux, comme des milliers d’autres. » Il relevait les yeux sur elle, cherchant son regard en retour : « Le Marché Noir est une arme puissante qui s’installe progressivement dans ces cycles sans perturbations majeures. La place qu’il prend, les liens qu’il resserre, je les vois à long terme. Et le jour où un tyran revient, je serai prêt. Le Marché Noir… Ne connaît pas la demie-mesure. Il détruit pour créer. Il détruit l’ennemi pour créer l’avenir chez mes protégés. Si je me bats, Autone… Que ce soit pour raser l’Empire ou pour imposer la Paix en Calastin, ce sera moi le tyran. La décision du Conseil que de me laisser les mains libres pour gérer l’incident à Cordont a été un exemple très éclairant de ce que je suis capable d’obtenir en ayant infiltré le Conseil de manière suffisamment majoritaire… Pour avoir en vérité les pleins pouvoirs. »

    Elle aurait beau s’insurger contre cette affirmation, elle aurait beau affirmer que tout un chacun avait son libre arbitre pour lui refuser la démence d’une décision brutale… Il savait que c’était faux et elle y participait. Les seules choses dont raffolaient les Caladonniens et son Conseil, c’était de l’or et de la liberté. Le Marché Noir les gavait du premier et mettait de la poudre aux yeux pour faire croire à la seconde. « C’est cela qui me fait peur et c’est pour cela que je ne resterai pas bourgmestre. C’est pour cela que je ne peux pas me battre vraiment. Je ne veux pas devenir le tyran que je chasse. » Il le pouvait sûrement… En armure blanche, évidement. Mais pas moins despote pour autant. Le fanatisme qu’il générait au sein du Marché Noir était un ersatz de ce que faisait habilement son charisme. « Ce n’est pas parce que je trouve un combat vain… Qu’il l’est forcément pour d’autres. J’ai tord, moi aussi. Je peux me tromper, est-ce mal au fond ? Il y aura toujours des gens pour se battre dans ces moment-là, à ma place, et je me battrai lorsque d’autres auront baissé les bras. Combien ont capitulé par faiblesse de leurs capacités devant le Tyran Blanc quand je me battais encore ? Ce n’est qu’un équilibre à trouver et nous ne nous battrons pas toujours ensemble Autone. Je t’aiderai, je te donnerai ce coup de pouce dont tu as besoin. Avec Nolan, je favoriserai la paix à laquelle tu aspires… Mais me battre, non. Si je me bats, je vais raser l’Empire… Ce serait contre productif, je vais juste me contenter d’asseoir la place de l’Alliance sur Cordont et repousser le danger, le conflit armé, au-delà de nos nouvelles frontières. »

    Il tendit une main vers elle, paume levée vers le ciel : « J’aimerais que tu aies confiance en moi. C’est ce que je te demandais lorsque je te disais de ne pas avoir peur. Je ne te demande pas d’abandonner tes combats. Je veux que tu te battes pour eux, et quelque soit la conclusion de ceci, que tu aies confiance en l’avenir malgré tout. Je serai là pour prendre le relai, dans la victoire ou la défaite. Même si j’ai tord, même si je me suis trompé, je serai là pour affronter mes échecs et je le ferai debout. Crois-tu vraiment que je te connais si peu ? »


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Re: Avant que tout ne s'effrite (Aldaron)

le Mer 3 Oct - 6:57
Elle ferma les yeux avant d’essuyer ses larmes et de s’encrer complètement dans la terre. Elle se réconfortait toujours à ce qui avait bercé ses chagrins d’enfance, c’était plus facile de revenir à des souvenirs plus simples. Penser aux racines sous ses pieds qui s’étendaient sur une distance inconnue, puis à la surface cette eau coulait si doucement et simplement. Elle ne dérangeait ni les pierres ni le sable. Autone était toujours comme un ouragan ou une tempête et jamais comme cette rivière calme qui faisait son chemin en se glissant parmi ce qu’elle rencontrait.

Pourquoi devait-elle toujours vivre tout comme un torrent? La voix de l’elfe retentit derrière elle, elle avait l’impression de s’être humiliée, d’être immature. La veuve se redressa doucement, plus droite, elle ne leva néanmoins pas la tête. « Non, mais ça peut faire mal. »

C’est son orgueil qui était blessé et son espoir qui se brisait. Elle trouvait dans les mots du bourgmestre tant du réconfort que de la tristesse. Cette idée que son existence était toute petite, de ne pas parvenir à lui donner un sens.

« C’est pour cela que je ne resterai pas bourgmestre. »

Les épaules de la veuve se relâchèrent d’un coup, ses lèvres s’entrouvrirent, comme surprise pourtant ses yeux se figeaient dans ceux d’Aldaron. Quelque chose s’était éteint en elle, un néant que la peur atteignait et elle se sentait perdre les repères de son esprit. Ses lèvres tremblèrent devant la main tendue et elle se retint d’exploser à nouveau. Sa voix, pourtant, semblait avoir une volonté propre, tremblante, elle montait le ton. Elle aurait tellement voulu rester calme.

« Mais j’ai confiance en toi Aldaron! Pourquoi est-ce que tu ne me crois pas? Je t’ai donné mon appui malgré toutes mes interrogations, malgré mon opinion et c’est parce que j’ai confiance en toi. Mais j’étais en colère que tu remettes Morneflame sur la table comme si ce n’était pas grave et que tu parles comme si rien n’importait et essaie de comprendre. J’ai vingt-cinq ans, ces trois années sont grandes, pour moi. Elles sont longues. Elles sont importantes. Matis m’a entraîné dans cette prison, moi je n’aurais jamais fait les choses ainsi. Je ne suis pas comme ça. Je serais restée dans cette maudite théocratie et j’aurais survécu. Mon meilleur ami a tenté de me tuer à cause de ce putain de dragon. »


Et ils étaient là à nouveau ces sanglots qu’elle détestait. Elle parlait rapidement et les mots s’enfilaient sans vraiment qu’elle réfléchisse à si son ami pouvait comprendre leur sens puisque la suite de ses idées n’était pas toujours logique.

« Ne ramène pas cette prison quand le sujet est déjà difficile. Les autres je m’en fiche, je peux leur tenir tête, je peux les détester ça ne me dérange pas, mais pas toi. »


Elle soupira en essuyant les larmes qui l’exaspéraient. Autone souffla un rire dans ses sanglots, elle sourit doucement à l’elfe. « Je ne pleure même pas parce que tu m’as blessé Aldaron, je pleure parce que je ne veux pas travailler sans toi. J’admire que tu veuille quitter tes fonctions parce que cela entre en conflit avec tes convictions. Je ne veux pas te faire changer d’idée. C’est juste ébranlant. »

La dame souffla pour reprendre son souffle et son calme. « Tu m’a montrée que je pouvais renaître, quand je croyais m’abandonner, que je pouvais être moi, pour moi et pas pour l’homme que j’aime. J’aimais Matis, mais je n’ai jamais cru qu’il fallait vivre pour une autre personne. Je suis un désastre d’instabilités mais même si je peux m'emporter, tu auras toujours ma main tendue, Aldaron. »






Nous nous sommes étendus
Dans la soie de nos regards

J’observe à présent le néant de l’irréalisme
Que tes yeux ont brûlés avec ton corps

Dis-moi, ai-je échappé mon cœur sur ce bucher?

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Re: Avant que tout ne s'effrite (Aldaron)

le Mar 9 Oct - 9:07
    La voir pleurer, c’était comme plonger ses prunelles de glace dans un feu ardent : cela faisait mal rien qu’en approchant, rien qu’en entendant sa respiration se hacher, saccadée, puis éclater dans les sanglots. L’elfe n’aimait pas la voir pleurer. Il n’aimait pas voir les humains pleurer en général. Peut-être était-ce déplacé, mais il les voyait comme ses enfants émotifs, capable de vivre leurs passions comme un feu de paille. Et elle, c’était probablement plus douloureux que pour d’autres humains. Elle, il s’était attaché à elle dans dans ses heures les plus tourmentées, celles où sa conscience avait côtoyé la porte de la folie. L’avait-il traversée ? L’avait-elle vu faire ? Elle était touchante à sa manière, ne faisant que renforcer le désir qui était le sien que de lui offrir ce qu’elle demandait… Mais son pragmatisme le refusait encore, bloqué par la raison et sa propre logique, implacable.

    Les mires verdoyantes se baissaient sur l’une des dextres avant que ses deux mains, à la peau d’une couleur rose cendré, ne se referment sur leur homologue. Ses doigts lui semblaient petits entre les siens, et un peu plus froids aussi. Il serrait doucement sa menotte, donnant cette impression de force et de douceur à la fois. Au sein du Marché Noir, il n’était pas rare qu’on lui formule pareille allégeance, pareille affection. C’était à la fois grisant et troublant, la dévotion qu’on louait à sa cause. Il l’observait comme une personne qu’il adorait mais dont il peinait à comprendre l’adoration réciproque. Au fond, peut-être que c’était lui qui n’allait pas bien. « Je ne serai plus bourgmestre… Mais cela ne signifie pas que nous ne travaillerons plus ensemble, Autone. Je resterai probablement au Conseil de Caladon. Et je reste toujours la Triade. Et toi, ma déléguée. » Cette relation de travail là ne serait pas impactée par sa décision. Il avait été la chercher pour cela, lors de son arrivée dans la Cité Libre.

    Il pencha doucement la tête sur le côté, captant son regard de sa tendresse régalienne, présente mais pleine de réserve et de noblesse : « Je suis désolé de mes mots au sujet de Morneflamme. Tu avais droit d’être en colère. Et j’avais droit de croire être allé trop loin pour ton pardon. » Mais ça n’avait pas été le cas. Il serra brièvement un peu plus sa main avant de la relâcher à sa liberté naturelle. « De telles années ne s’oublient pas si facilement. Tu n’auras peut-être pas assez de ta vie, et moi de la mienne. » Il lui soulignait là qu’il allait traîner son cauchemar plus longtemps qu’elle, même si ces trois années avaient étaient peu de temps pour lui. Il n’en demeurait pas moins vrai qu’ils avaient vécu une expérience psychique extrêmement désagréable et intense. « Mais en dépits de l’horreur, elles nous ont unis, toi et moi. Où serais-tu, aujourd’hui, si tu avais survécu dans la Théocratie ? » Ses enfants, ses convictions. Qui aurait-elle été ?

    En vérité, il n’était pas vraiment possible de savoir. Tant de paramètres entraient en jeu pour qu’on puisse donner une réponse fiable. Mais il était certain qu’elle ne serait pas à côté de lui aujourd’hui, ni comme amie ni comme alliée fiable : il ne l’aurait pas tolérée. « C’est fini, la Théocratie. C’est fini, Morneflamme. C’est fini, les chasses à l’homme tyranniques. » Le Tyran avait envoyé Achroma, jadis, pour le retrouver et l’Aîné y avait été contraint. Il avait bien failli le tuer. « J’ai besoin de toi, au sein du Marché Noir. J’ai besoin de toi à l’exacte place où tu te sentiras le mieux, alors… J’ai besoin de savoir si le rôle que tu joues te convient ou si tu aspires à d’autres choses. » Il eut un fin sourire, passant à peine le marbre de son visage avant qu’il n’ajoute : « Et j’ai besoin de toi comme témoin, à mon mariage. » Cela faisait beaucoup de nouvelles, en une seule fois… Mais il avait beaucoup à lui dire et peu de temps pour le faire, eu égard de ce que lui demandait les affaires à Cordont.


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Re: Avant que tout ne s'effrite (Aldaron)

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