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Autone Falkire
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La toile du rossignol (Ilhan)

le Jeu 3 Jan - 23:47
Mars 1763


Plus elle s’époumonait, plus elle se demandais si ces projets en valaient réellement la peine. Autant était-elle consciente que ses adversaires seraient trop satisfaits de la voir abandonner, Autone ne savait plus sur quelle corde tirer pour faire pression sur le conseil. Comment faire entendre raison quand la logique ne fonctionnait pas? Elle avait besoin d’aide, s’attaquer aux choses dont les politiciens se souciaient le plus : Leur image et l’or. Alors discrètement, elle devait montrer au conseil que Caladon allait porter le mauvais rôle si elle était la dernière à interdire l’esclavage. Et si les choses devenaient soudainement plus concrètes, à Délimar, peut-être aurait-elle un argument supplémentaire.

Avril rôdait dans l’esprit de la veuve et elle regardait les vielles robes colorées qu’elle n’osât plus porter depuis presque un an. Depuis Avril, elle n’avait porté que le noir et l’or. Peut-être était-il temps de mettre fin à ce deuil, mais cela lui semblait encore trop irréaliste d’aller de l’avant. Ce n’était pas quelque chose qui se décidait ou au moins, pas comme ça.

La petite dame posa une baie à sa fenêtre, le rossignol vint aussitôt, c’était l’heure où il venait la visiter. Elle caressa son aile de l’index alors qu’il mangeait. « Dis moi rossignol, à qui devrais-je écrire? » Elle sourit en pensant à ses contacts dans la ville, puis repassa en revue des anciens contacts, mais elle ne savait plus de quel côté prendre le problème. Elle se demanda comment Délimar s’occupait de cela. Autone avait entendu qu’il était bien plus mal vu de posséder un esclave dans la robuste. Elle se souvenait aussi d’un diplomate Délimarien qui fût présent à Cordont, mais qu’elle n’avait pas rencontré. Autone avait quelques fois entendu son nom. Ilhan Avente, peut-être accepterait-il de discuter avec elle?
Autone laissa une autre baie à l’oiseau et se dirigea vers son bureau. Elle sortit papier vierge et nettoya la plume sur laquelle l’encre de la veille avait séché avant de la tremper dans l’encrier ouvert.


Sir Ilhan Avente,

Je n’ai pu vous rencontrer lors de l’incident de Cordont mais peut-être vous souviendrez vous de ma présence.

Depuis le mois de janvier, je tente de faire entendre au conseil qu’interdire l’esclavage serait la meilleure chose à faire. Vous devinerez que tous ne sont pas d’accord avec moi et je suis à court de ressources. J’ai entendu parler que Délimar avait commencé à parler d’abolition, cela dit je ne connais pas votre position sur le sujet. Si cela vous convient, j’aimerais m’informer concernant la position de Délimar ainsi que plusieurs détails concernant l’exécution de la loi, car il ne suffit pas de l’interdire, cela ne ferait que déplacer le problème en marché noir. Peut-être pourrais-je trouver des ouvertures et des réponses aux nombreuses fermetures que je rencontre.

Je vous propose de me rencontrer au moulin des Lormiers, situé à mi-chemin entre Caladon et Délimar.
Cordialement,
Autone Falkire, conseillère de Caladon


Elle laissa la lettre sécher et hésita à quel sceau utiliser. Le rossignol, pour ses affaires personnelles, l’aigle des Falkire, pour ses affaires officielles. Elle fit fondre la cire bleu clair et prit le sceau de l’aigle après réflexion.

Lettre en main, le rossignol retourna à la fenêtre et remarqua un corbeau sur un arbre. Elle sourit et siffla pour attirer son attention. L’oiseau vint à la fenêtre et laissa la petite dame attacher le message à sa patte. Elle lui sourit en lui caressant l’aile. « Va porter ce message à Ilhan Avente, à Délimar. »   Il s’envola dans un croassement.

Quelques jours plus tard, elle reçut une réponse positive et fit ses bagages, promettant à ses belles sœurs qu’elle ferait vite et que cela ne s’étendrait pas aussi longtemps que lors de l’incident de Cordont.

Elle voyagea en carriole mais profita du voyage pour monter Itarille de temps en temps. Arrivée au moulin, elle portait sa robe dorée ainsi qu’une jupe longue, noire au-dessous qui servait principalement à cacher ses chevilles en restant bien agencé avec la robe. Puisque qu’elle arrivât avant le conseiller, elle attendit à l’extérieur et nourrit Itarille.





Nous nous sommes étendus
Dans la soie de nos regards

J’observe à présent le néant de l’irréalisme
Que tes yeux ont brûlés avec ton corps

Dis-moi, ai-je échappé mon cœur sur ce bucher?

Ilhan Avente
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Re: La toile du rossignol (Ilhan)

le Jeu 10 Jan - 23:19
Bien Luther, merci pour ce compte-rendu, chuchota-t-il à travers l’anneau. Reste prudent.

Et sur ces mots, il coupa la communication avec son fou d’espion, l’un des plus fourbes et des plus audacieux que la Toile comptait. Luther tentait de s’infiltrer vers le port de Nevrast dans certaines communautés vampires. Les choses bougeaient là-bas, les vampires s’agitaient, divers groupes se formaient en leur sein et le Tisseur comptait bien observer attentivement cette évolution.

Pour tout dire, l’île entière semblait s’agiter. Les Graärhs aussi préparaient quelque chose, à coup sûr. Ilhan pestait de n’avoir qu’un seul espion sur l’île. L’homme était doué, certes, mais il ne pouvait tout surveiller. Le Tisseur n’osait toutefois envoyer d’autres membres sur cette île maudite, qui ressemblait en ces instants critiques à un volcan prêt à exploser. Luther s’était porté volontaire, mais c’était Luther… Il privilégiait toujours les missions désespérées ou suicidaires. Et il connaissait assez bien les vampires pour savoir comment passer, presque, inaperçu auprès d’eux. Avec quelques artefacts magiques bien choisis...

Ilhan s’empressa de noter dans l’un de ses carnets toutes les précieuses informations recueillies, dans son langage crypté personnel, puis scella le carnet d’un sort. Tant pis pour la taxe. Il n’avait pas le temps de sortir. Puis, posant plume et parchemins, il se permit un instant de pause et se frotta les yeux. Il fatiguait sérieusement. De plus en plus, il peinait à lire, parfois, et devait éloigner ses parchemins pour mieux les décrypter. Peut-être devrait-il songer à consulter un guérisseur. La vieillesse avait certains charmes, mais certainement pas ceux-là.

Soupirant, il s’apprêtait à replonger dans son travail, quand il aperçut soudain un corbeau voleter vers lui. L’oiseau se posa gracieusement sur son bureau sans l’ombre d’une hésitation tout en battant plusieurs fois de ses sombres ailes. En Althaïa, une vieille légende disait qu’à sombres oiseaux sombres présages… Ilhan chassa toutefois ses vieux souvenirs nostalgiques, et s’activa à dénouer le message qu’il voyait à sa patte. Aussitôt libéré, l’oiseau repartit. Ilhan ne le suivit pas longtemps des yeux et s’empressa de lire le message au sceau de l’aigle. Le sceau de l’une des conseillères de Caladon. Il pesta contre ses petites pattes de mouche, mais son humeur assombrie se réchauffa un peu à la lecture.

Bien… Bien, si Caladon voulait oeuvrer elle aussi pour l’abolition de l’esclavage. Délimar devra être la première, Ilhan y mettait un point d’honneur. Et tout était bien avancé pour que d’ici fin mars, voire avril si des événements majeurs les retardaient dans ce projet, l’abolition soit déclarée et officielle dans la noble cité. Mais si Caladon suivait peu après… Cela ferait taire les derniers récalcitrants et leur faciliterait la tâche.

Si Ilhan hésitait à sortir de la cité, surtout au vu des dangers qui rôdaient dehors, il ne se voyait pas refuser son aide pour un tel projet. Délimar avait tout à gagner, du moins beaucoup, dans cette rencontre. Mais cela voudrait dire des mesures drastiques de sécurité. Il ne répondit pas de suite, il avait besoin de l’aval de l’Intendante pour un tel risque. Il ne mit guère que quelques heures pour l’obtenir, même si, comme il s’y attendait, elle avait posé des conditions draconiennes. Mais il s’y plia sans protester, et n’avait lui-même envie de prendre aucun risque inutile dans cette entreprise de sortie.


Dame Falkire,

Je déplore effectivement de n’avoir pu vous rencontrer lors de mon passage à Cordont. Mais je me souviens parfaitement de vous, digne Conseillère de Caladon.

Je suis heureux de lire vos projets pour votre belle cité. Délimar nourrit les mêmes espoirs, en effet, et nous y travaillons ardemment. Il serait plus qu’intéressant que nous partagions nos avancées et puissions coordonner certaines de nos actions, autant que faire se pourra, sur cette question politique délicate.

Nous acceptons avec joie votre proposition et nous vous retrouverons au dixième jour de mars au moulin des Lormiers.


Avec nos plus sincères salutations
Ilhan Avente, Conseiller de Délimar



Le voyage se fit à cheval, lui rappelant douloureusement le fastidieux trajet jusqu’à Cordont. Cette fois il fut heureusement plus court. Moins ardu, le terrain étant plus plat, puisqu’ils avaient emprunté les voies par le Sud. Ilhan était sous bonne escorte de garde-loups, pas moins de dix fiers glacernois pure souche.

Ils arrivèrent, comme promis, au sixième jour de voyage, le dix mars dans la matinée. Le haut moulin se dessina devant eux et ses murs droits et fiers, sa grande roue puissante, se profilèrent bien vite sous le soleil de midi. Vêtu tout de noir, de son pourpoint bleu, et de son armure de cuir, Ilhan avait l’impression de cuire sur place et commençait sérieusement à ressentir, de nouveau, les douleurs féroces de tels voyages. Son dos le faisait souffrir et ses cuisses commençaient à le brûler.

Il se redressa toutefois et fit l’effort de prendre une posture plus digne quand il aperçut la conseillère de Caladon les attendant sur le seuil du moulin. Il la détailla rapidement du regard alors qu’ils approchaient. Robe magnifique, jupe longue, pouvant cacher toute arme au passage, la dame avait fait des efforts pour se rendre présentable, et surtout semblait avoir délaissé le noir pour quelques couleurs. Son deuil serait-il enfin fini ? Un fin sourire s’esquissa sur les lèvres d’Ilhan, en songeant à cette belle femme qui mériterait de trouver un homme digne qui pourrait l’aimer, la consoler. Il détacha toutefois son regard d’elle, et balaya rapidement les environs. Ses gardes, mercenaires de Caladon ?, les chevaux, la carriole… son regard sombre nota tout détail d’importance pouvant révéler une embuscade, un danger. Mais rien n’alerta ses sens, et même les garde-loups, dont trois avaient fait un rapide tour du campement avant de lui permettre de mettre pied à terre, semblaient confiants.

Alors, enfin, enfin !, il descendit de son cheval. Serrant les dents et se mordant la joue pour ne pas gémir de douleur. Il inspira un grand coup, avant de se retourner et d’avancer vers la conseillère, à pas lents, presque comptés. D’un geste un peu raide, il lui offrit une légère révérence, comme on le ferait à une belle dame, même s'il n'osa aller jusqu'à offrir un baise-main.

Dame Falkire, c’est un honneur de vous rencontrer enfin. J’espère que nous ne vous avons pas fait trop attendre. Et j’espère que vous pardonnerez ma mise peu présentable. La poussière de la route, voyez-vous, n’a pas voulu s’écarter à notre passage, fit-il en un fin sourire, tout en se redressant.





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Re: La toile du rossignol (Ilhan)

le Lun 21 Jan - 0:59
Autone entendit le son des sabots approcher et tendit les rênes de sa monture à l’un de ses gardes. Elle se retourna et se redressa légèrement, observant la délégation délimarienne arriver, lui rappeler le souvenir désagréable de Cordont et de ses maladresses diplomatiques. Et elle se souvint qu’il y eût un an, elle se battait avec Matis de ne pas aller se battre contre ces hommes. Elle se demandait parfois quel homme avait porté le coup fatal. Elle espérait ne jamais l’apprendre.

La veuve fût soulagée de ne voir aucun autre conseiller Délimarien, s’étant demandé si le « nous » dont Ilhan avait référé dans sa lettre serait présent. Elle était nerveuse en terrain inconnu, le conseiller Avente était moins difficile à comprendre pour elle. Et surtout, elle n’aurait pas voulu tomber sur un Almaréen, là, elle aurait eu la mèche courte tout le long de l’entretient.

Soulagée aussi de l’absence de baise main - le Dracos sachant très bien comme les conseillers Caladoniens le faisaient à chaque rencontre et combien Autone se sentait mal à l’aise à chaque fois – Elle lui servit un sourire poli, gloussant au trait d’humour et fit sa révérence. Un mouvement qu’elle s’était toujours sentie complètement fraude et fausse à faire. Parce qu’elle avait commencé dans le contexte où Crissolorio lui avait apprit les bonnes manières, pour l’installer à la cour. Au moins, elle eût un bon maître, et des outils qui lui servirent ensuite.

« Sir Avente. Merci d’avoir accepté de me rencontrer à mi-chemin, c’est très accommodant. À vrai dire nous arrivons presque au même moment. Désirez-vous un peu de temps pour vous remettre? »

Elle ne pouvait pas se permettre d’être constamment en train de voyager et elle commençait à remarquer comment Satie se sentait déçue de son absence. Autone faisait résonner dans sa conscience les mots réconfortants d’Aldaron, qui lui avait dit d’être libre. Pourtant elle devait être quelque part entre lui et Satie pour se sentir moins coupable. Faire des compromis, sans abandonner ses ambitions, comme elle le faisait à ce moment précis. La veuve pencha légèrement la tête sur le côté avant de poursuivre, elle fronça les sourcils comme préoccupée. Elle fût guérisseuse, longtemps, elle avait vu plus d'un homme tenter de cacher sa douleur, ou serrer les dents.

« Et, avez-vous besoin de soins? À moins que les soins magiques soient contre vos croyances, ce que je respecterais. »

Avec plusieurs Délimariens aux alentours, oui, elle était nerveuse de parler de magie et se retenait de regarder autour d’elle, par peur de devoir confronter des regards de foudre.





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Ilhan Avente
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Re: La toile du rossignol (Ilhan)

le Mar 29 Jan - 22:36
S’il désirait du temps pour se remettre ? Oui, il l’aurait ardemment appelé de tous ses voeux. Lui, homme prisant tant la bonne mise, toujours soucieux de faire honneur à la maison, au nom, ou à la cité qu’il représentait ! Cet accoutrement poussiéreux ne lui seyait guère. Mais il ne se voyait pas prendre le temps de se rendre plus présentable. Il ne se voyait pas faire perdre ce temps à la jeune conseillère ni même la faire attendre indûment.

C’est donc avec son énigmatique sourire qu’il répondit par la négative.

Votre offre est généreuse, mais je ne voudrais pas vous obliger à attendre encore qu’un vieil homme reprenne figure décente. Si toutefois notre… possible pestilence… ne vous incommode pas outre mesure. Je ne voudrais pas vous outrager non plus.

Se disant, il commença à défaire son armure de cuir que ses gardes lui avaient imposée tout le voyage. Par précaution, disaient-ils. Il comprenait leurs raisons, certes, mais… qu’il détestait porter une telle… chose… Chose avec laquelle il commençait presque à se débattre. Mais se figea dans son mouvement quand la jeune femme reprit la parole.

« Et, avez-vous besoin de soins? À moins que les soins magiques soient contre vos croyances, ce que je respecterais. »

Délicatesse incarnée. Pourquoi n’y avait-il pareille femme en Délimar ? Ah, oui, mère patrie de la guerre et fiers héritiers militaires…

C’est une délicate attention de votre part. Je puis vous rassurer au sujet de la magie, je n’ai aucune croyance à son encontre, si ce n’est celle de devoir en faire usage de façon raisonnée et raisonnable. C’est là une chose que Délimar a eu la sagesse d’enseigner au petit mage que je suis.

Qu’il lui était pénible que Délimar traine cette étiquette d’ennemi éternel de la magie. Si cela pouvait être vrai pour une partie d’entre eux, certains s’ouvraient à elle, du moment qu’on respectait cet art et ce don. Comme tout art et tout don devait être respecté en somme. Tryghild n’aurait jamais fait appel à un mage, même s’il n’était pas bien puissant, pour devenir l’un de ses conseillers, si elle avait été totalement contre toute magie. Les taxes, si elles vous en imposaient un usage modéré, montraient en soi que la magie n’était pas interdite. Restreinte, pour un usage réfléchi, mais pas interdite… Cela voulait tout dire.

Bon d’accord, le sujet magie restait délicat, songea-t-il en sentant l’un des gardes se raidirent quelque peu. L'un des plus jeunes. Le même garde qui vint toutefois l’aider, sans qu’il ne demande quoique ce soit à personne, pour retirer son armure. D’un sourire, il le remercia en silence. Et se permit un petit clin d’oeil à l'intention du gamin, alors que son sourire se tordait en un rictus plus amusé. Loin de s’en offusquer, l’autre haussa les épaules et finit par sourire. Ou comment parler sans paroles, à force d’avoir souvent les mêmes gardes, qu’il suspectait pour certains de se porter volontaires quand ils en avaient l’occasion tant ils revenaient souvent à ses côtés. En tout cas le gamin, s'il était frileux sur ces sujets-là, ne lui en tenait pas rigueur. Il y avait même entre eux un réel respect et un semblant d'entente.

Et vous avez un œil acéré, noble guérisseuse, pour avoir détecté mes possibles courbatures.

Et sa migraine aussi ? Et ses douleurs d’estomac ? Hum… Elle était redoutable en ce domaine. A noter avec attention dans son carnet, dans la fiche qu'il tenait au sujet de la conseillère. Oui, à noter...

Le garde finit enfin de lui ôter son armure, qu’il vint attacher à sa selle et prit la bride du cheval d’Ilhan qu’il conduisit plus loin avec les autres chevaux.

Je vous remercie de votre offre, reprit-il tout en s’inclinant légèrement. Mais je ne suis pas le seul à endurer les méfaits de l’âge et du voyage.

Il désigna d’un signe deux autres gardes d’âge mûr. Dont l’un comptait la cinquantaine passée.

Et ils seraient gênés d’accepter votre œuvre de guérisseuse. Si cela ne vous offusque pas, nous partagerons donc le même sort commun nous trois et nous ferons appel à de petites herbes aux propriétés fort intéressantes.

À ces mots, il sortit un petit sachet d’herbes médicinales qu’on lui avait offertes, contenant notamment des plantes anesthésiantes.

Je ne refuserai pas un thé ou toute autre boisson qui parvienne à en masquer le goût amer, toutefois.






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Re: La toile du rossignol (Ilhan)

le Sam 9 Fév - 6:51
« J'ai vu pire. »  Dit-elle avec un petit sourire. Elle passa sous silence dans quels contextes elle avait subi la pestilence de certains.  « Je ne m'offusque pas à propos de ces choses. Je les respecte par principe. »

Et pour se protéger, elle avait compris en devenant noble qu'une fois bien habillée et bien mise, il était bien plus facile de se faire écouter et respecter. Autone n'aimait pas l'attitude méprisante de la noblesse, mais elle utilisait ce système à son avantage, au risque d'être complètement artificielle.

La mage fût soulagée d'entendre qu'Ilhan n'eût rien contre la magie. S'il y avait quelque chose qu'elle ne comprenait toujours pas, c'était l'acharnement de certains peuples contre la magie. Elle gloussa à la remarque sur sa perception, oui il y avait de cela un peu, mais surtout de l’habitude.

« Vous semblez seulement inconfortable. »


Elle se retint de le reprendre sur la manière dont il l'avait appelé. Noble guérisseuse, ce genre de discours lui paraissait toujours aussi ridicule. Dès qu'on l'appelait « noble dame », elle se retenait de s'esclaffer, se sentant comme une fraudeuse. Valait mieux ne pas trop y penser, pour éviter de réagir.

La veuve hocha la tête lorsque le diplomate refusa son offre. Bien, elle ne demandait que par politesse. Puis il aurait été peu aisé de guérir toute son escorte.

« J'ai pensé que nous voudrions prendre le thé. Si vous voulez me suivre? »

Elle se retourna et se dirigea vers la porte du moulin, une entrée qu’elle connaissait. Elle cogna à la porte, par principe, bien qu’on lui eût dit qu’elle pourrait entrer. Une petite dame une dizaine d’années plus âgée qu’Ilhan leur ouvrit. Le rossignol sourit à la dame qui l'accueillit en lui serrant la main. Elle et son mari s'occupaient du moulin, elle les avait déjà rencontrés. Autone demanda poliment à la dame de leur amener une théière ainsi que de l'eau chaude. Lorsqu'elle quitta la pièce, la veuve s'assied à la table qui était disposée pour eux. Elle sortit de sa bourse une petite boite métallique dans laquelle elle gardait une quantité raisonnable de thé, en cas d'urgence. Elle aimait en avoir à disposition pour chaque interaction diplomatique ou même en territoire connu, lorsque l'autre personne la rendait nerveuse. Boire quelque chose l'empêchait de montrer ses tics de langages. Autone laissa la boite sur la table en attendant que la petite dame revienne.

« Si cela ne vous dérange pas que j’entre dans le vif du sujet, je voulais vous demander où se positionnait Délimar concernant l’esclavage. Avez-vous des résistants ou des difficultés internes? Et où en êtes-vous arrivés si c’est le cas? »  





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Re: La toile du rossignol (Ilhan)

le Dim 17 Fév - 19:27
Il ne sut s’il devait s’offusquer quand la jeune femme lui répondit avoir vu pire. N’importe quelle dame de la Cour aurait au choix nié poliment qu’il soit l’indécence incarnée, ou l’aurait envoyé aux bains avant tout entretien. Il restait là soudain en un entre-deux sans savoir si leurs odeurs corporelles d’hommes arrivant d’un long voyage l’incommodaient vraiment. Pour un peu, il y aurait eu une fontaine ou un bassin d’eau non loin, qu’il s’y serait jeté. Tout habillé.

Il préféra garder silence et hocha simplement la tête, indiquant là qu’il recevait ses propos et la remercia d’un léger sourire. Un sourire ni chaleureux ni froid, un entre-deux qu’il avait si coutume d’offrir au tout-venant qu’il n’avait pas l’honneur de bien connaître.

« Vous semblez seulement inconfortable. »

Il retint une grimace, mais tiqua de nouveau intérieurement. Là encore une dame de la noblesse n’aurait pas autant insisté sur son… inconfort et aurait offert à sa virilité malmenée la pudeur des non-dits. Pourtant, s’il sentait là les maladresses dignes des personnes peu habituées à la Cour, il entendait aussi les efforts réels qu’elle réalisait pour s’y contraindre devant lui, et surtout, elle transpirait une réelle empathie et un réel désir de le mettre à l’aise. Alors qu’ici, en ce lieu à mi-chemin entre Délimar et Caladon, en ces terres libres de l’Alliance, si loin de la Cour Sélénienne et de ses carcans engoncés, la jeune femme n’était tenue en rien de lui accorder ces quelques grâces de son ancien milieu.

Il rejeta alors d’une pichenaude mentale toutes ses petites remarques mesquines de nobliau et força son sourire à s’étirer avec plus de sincérité.

Inconfortable est le bon mot en effet, répondit-il d’une voix basse, presque en un murmure.

« J'ai pensé que nous voudrions prendre le thé. Si vous voulez me suivre? »

Voilà qui était une excellente idée. Voilà qui montrait ce qu’il avait pressenti : un sens de vouloir bien accueillir et de mettre l’autre à l’aise. D’un hochement de tête, il lui indiqua obtempérer et la suivit à pas comptés. Il avait mal, plus qu’il ne voulait l’avouer. Plus que ses gardes ne le montraient. Mais… Par tous les esprits, qu’il avait mal.

Quand il entra, il observa qu’elle avait tout prévu. Quand bien même elle n’était pas chez elle, elle avait apparemment déjà fait connaissance avec les gens du moulin et leur avait demandé l’hospitalité pour eux. Ilhan salua les occupants du moulin d’un signe de tête en un sourire plus doux et son regard sombre fit le tour du lieu, notant toute sortie, toute cachette, tout danger potentiel, d’un coup d’oeil rapide. Quand il fut sûr qu’aucun piège particulier ne semblait l’attendre, il s’installa en face de la jeune conseillère et l’observa faire sans un mot. Il posa lui-même son sachet d’herbes médicinales sur la table et tenta, difficilement, impossiblement, de trouver une pause un tant soit peu confortable. Ou non douloureuse.

« Si cela ne vous dérange pas que j’entre dans le vif du sujet, je voulais vous demander où se positionnait Délimar concernant l’esclavage. Avez-vous des résistants ou des difficultés internes? Et où en êtes-vous arrivés si c’est le cas? »  


À ces questions, Ilhan tourna son regard tout autour de lui. Il mourait d’envie de sortir son orbe d’ombre glyphé pour les confiner dans un dôme, qui leur permettrait de parler sans oreille indiscrète. Mais d’une part, il doutait que cette magie, d’origine vampirique, soit bien perçue, d’autre part, cela pouvait être pris comme outrageant pour Caladon. Il força son regard sombre à se poser de nouveau sur la conseillère et pour quelques secondes garda le silence. Pesant, intérieurement, le pour et le contre de parler. Mais…

Mais il n’avait pas fait tout ce chemin pour se taire. Et leur projet à Délimar était suffisamment bien avancé pour qu’il n’ait plus grand-chose à craindre. Tout était presque prêt. Et au point où ils en étaient, plus rien ne pourrait contrecarrer leur programme de révolution légale.

Délimar s’est toujours positionné contre l’esclavage. De tout temps. Il existait déjà des lois contre l’esclavage de toute race consciente en Glacern et cette loi a perduré à Délimar. L’Intendante et ses conseillers n’ont jamais été pour l’esclavage. Il est… dommageable… que les esclavagistes se soient engouffrés dans une brèche, une sorte de.. vide juridique… pour imposer l’esclavage des graärh dans la noble cité de l’honneur.

Il ne risquait rien à dire cela. C’était déjà un discours qu’il avait tenu, et qu’il tiendrait encore. Pour les deux autres questions… Cela était un peu plus délicat.

Mais la vieille femme du moulin revint, avec théière d’eau bouillante et tasses. Sur un petit plateau où trônaient aussi pain, beurre et sel. Des mets simples, bien éloignés des friandises délicates qu’il raffolait tant, mais… si attentionnés. Ce geste, simple, dans toute sa modestie, toucha Ilhan en plein coeur, sans qu’il ne s’attende à ce coup-là. La vieille femme posa son petit plateau en silence, leur offrit un sourire radieux et jovial, alors qu’elle disposait tout son attirail sur la table.

Merci, offrit Ilhan en lui touchant doucement le bras pour la forcer à rencontrer son regard. Je suis honoré de votre accueil.

Tout l’honneur est pour moi, Messire, fit la vieille dame, avant de s’empresser de sortir.

Ilhan reporta son attention sur Autone, et prit une profonde inspiration avant de reprendre, d’une voix calme et posée :

Quant à des résistants et des difficultés… Bien évidemment, nous en avons eus.

Il sortit alors un parchemin de sous sa manche, qu’il avait conservé dans son brassard spécifiquement adapté à cet effet, et le lui posa sur la table, près de sa main. Il se garda bien de faire le service, non pas qu’il se pensait trop noble ou trop viril pour se faire, mais il préférait éviter de renverser du thé partout.

Je vous ai retranscrit là tout notre programme pour mener le projet d’abolition de l’esclavage des graärh à terme. Nous avons tenté de mener cette bataille sur plusieurs fronts : meilleure connaissance des graärh, rapprochement avec ce peuple, propagande d’informations au sein de Délimar concernant les graärh, concernant l’esclavage en général, concernant ses méfaits insidieux, propagande vantant les avantages d’un système sain sans esclavage, avantages commerciaux et de taxes sur certains commerces très prisés actuels, qui devraient contrebalancer les pertes pour les esclavagistes, encouragement à des commerces sains par des avantages sur les taxes…

C’était là, finalement, une des forces de Délimar. Par son système poussé de taxes, la cité pouvait se permettre de filtrer ce qu’elle voulait laisser entrer ou non en baissant certaines ou augmentant d’autres. Un point que Caladon ne pourrait que difficilement imiter. Mais la cité du Marché Noir trouverait bien une autre astuce marchande…

Rachat des esclaves et, enfin, libération de ces derniers, puis mesure d’intégration et de rapatriement de ces esclaves, au choix de ceux-ci. Tout est détaillé dans le parchemin, si vous avez besoin d’argumentaire particulier…

Se disant, il lui offrit un fin sourire taquin. Par ses mots et ce petit sourire, il lui indiquait savoir les raisons précises de sa présence ici : l’hostilité du Conseil de Caladon quant à ce projet, l’impasse devant laquelle la jeune femme se trouvait pour l’instant. Le Tisseur avait réussi à exfiltrer quelques informations sur la situation de Caladon à ce sujet. Mais il avait cru comprendre aussi que les choses allaient bouger. Même si Aldaron n’était plus bourgmestre, il savait l’elfe contre l’esclavage lui aussi, et qu’il appuierait un tel projet si Autone parvenait enfin à le présenter, avec tous les arguments à l’appui.

Et il était dans l’intérêt de Délimar que Caladon approuve ce projet et suive Délimar dans cette voie délicate. Il était dans l’intérêt de Délimar de partager ses argumentaires. Même si la jeune femme devrait ensuite les adapter à la Revenante.

Il lorgna le pain, le beurre et le sel qui le tentaient bien aussi, mais un regain de décence le retint. Et il préférait boire son thé médicinal avant aussi.





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Re: La toile du rossignol (Ilhan)

le Sam 2 Mar - 4:04
Autone offrit un hochement de tête et un sourire à la dame, Autone souffla un simple « Merci »  lorsque la théière se posa sur la table. Elle remarqua la politesse du conseiller et l’apprécia, un peu étonnée de ne sentir aucun mépris de sa part. Peut-être avait-elle passé trop de temps à Gloria, mais elle était habituée à des nobles dégoutés du petit peuple. La conseillère ouvrit la petite boite de thé et choisit une fleur, qu’elle laissa tomber dans l’eau chaude. Elle referma la théière et, intéressé, releva la tête pour écouter les solutions que Délimar avait mise en place. Elle ouvrit ensuite le parchemin pour le parcourir, alors que la fleur de thé prenait son temps pour s’infuser dans l’eau.

Autone gloussa au dernier commentaire et sourit, les yeux sur le parchemin, avant de le refermer et de le reposer sur la table. « J’ai passé beaucoup de temps à écrire et à préparer des arguments, à pratiquer la rhétorique. J’ai même pensé à donner des raisons économiques à mettre fin à cette pratique, afin de convaincre mon adversaire par son propre langage. Je ne vais pas me mettre à distribuer des pots de vins, quelque soit le profit qu’ils voient à cette situation, cela sera plus élevé que ce que je ne puisse leur offrir. »   Elle ouvrit la théière pour sentir l’odeur du thé qui était prêt à être servi. « Servez-vous, je vous en prie. » Dit-elle en pointant de son regard les pâtisseries qu’Ilhan semblait lorgner. Elle prit la théière et servit le diplomate avant de verser le thé dans sa propre tasse. « C’est effrayant de voir ce qui s’est passé dans le royaume vampirique lorsque la princesse a tenté de mettre fin à l’esclavage. C’est peut-être une crainte des résistants. Mais les vampires ont toujours eu des esclaves…les humains au contraire…Et c’est bien ce qui rend la situation incompréhensible pour moi. J’imagine qu’il sera plus aisé de racheter les esclaves de Délimar que ceux de Caladon…qui seront nécessairement plus nombreux. Autrement dit, je suis dans une impasse. »  

Elle porta la tasse à ses lèvres pour apprécier une douce première gorgée. Chaleur qui n’était occasionnelle en voyage. Autone reposa sa tasse avant de poursuivre. « J’ai pensé à une dernière arme, à double tranchant. Sinon l’or, le marteau du politicien est son image. Selenia a déjà interdit l’esclavage, il n’en est même pas question chez les elfes et Délimar ne saurait tarder. Cela ferait une bien piètre image à Caladon et à ces résistants, d’être les derniers à accepter l’abolition. Leur faire sentir qu’elle est inévitable et que bientôt, toutes les cités seront vues comme plus progressistes que Caladon pourrait leur faire changer d’avis, par crainte de voir leur image se ternir. Mais ils pourraient aussi voir un attrait économique à être un jour la seule ville où ce marché pourra subsister. »  Elle prit une seconde gorgée, une aigreur dans la gorge à l’idée de sa belle citée possédée et infestée par les pirates.

« Avec de la chance, peut-être seront ils assez intelligents pour comprendre que cet or là irait dans les poches des pirates et non dans celles de l’état. Nos citoyens qui donneraient leur or à des pirates…Nécessairement cela fait moins d’or à dépenser localement, et cela empêche la roue de tourner. L’esclavage deviendrait alors une dépense pour Caladon et non un profit. Si les projets de Délimar devenaient plus concrets à leurs yeux, peut-être mes pressions se feraient-elles sentir plus urgentes? »  

Ce plan lui semblait logique, mais elle devait penser à la retombée. Il était difficile de convaincre ses adversaires et elle avait l'impression d'avoir affaire à des murs de pierre.  Peu importe combien elle croyait avoir raison, ils restaient immuables.  Et elle devait recommencer chaque fois, trouver une nouvelle manière de les contourner, de se battre contre eux. Mais elle était prête à aller jusqu'au bout pour les démolir. Elle était prête à construire toute une machinerie s'il le fallait.





Nous nous sommes étendus
Dans la soie de nos regards

J’observe à présent le néant de l’irréalisme
Que tes yeux ont brûlés avec ton corps

Dis-moi, ai-je échappé mon cœur sur ce bucher?

Ilhan Avente
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Re: La toile du rossignol (Ilhan)

le Mar 12 Mar - 0:47
Ilhan prit sa tasse entre ses mains, tout en écoutant les réponses de la Conseillère. Il attendit toutefois qu’elle goûtât le thé, avant d’en avaler une gorgée lui-même. Il était à son goût, parfaitement macéré sans être trop fort non plus. Il lui manquait un goût sucré pour l’accompagner, mais peu importait. Ce qu’il avait était déjà plus que ce à quoi il s’attendait en un tel lieu. Il s’empara d’une petite plante anesthésiante dans son sachet médicinal et la mâchonna tout en l’écoutant. Retenant une grimace au goût particulièrement amer. Puis s’empressa de reprendre quelques gorgées de thé une fois la plante avalée, pour en faire passer le goût infect.

Comme je le disais, reprit-il enfin, quand elle sembla en avoir fini, les argumentaires que je vous ai exposés sont ceux de Délimar et sont effectivement à adapter à Caladon. Je me suis basé sur les spécificités de Délimar : l’honneur, et donc considérer les Graärh comme des êtres dotés d’honneur eux aussi et d’un système de valeurs très proche, et comme de valeureux guerriers ; les taxes comme système de contrôle du marché, et appliquer ce contrôle sur ce que nous ne voulons plus voir s’épanouir, pour favoriser les marchés porteurs de valeurs dignes de Délimar.

Il lorgna de nouveau les mets à grignoter, mais ne s’y risqua pas. Pas tant que personne n’en avait goûté pour vérifier que rien n’était empoisonné. Même si sa raison lui disait qu’il n’y avait aucun risque de ce genre en un tel lieu… ses vieilles habitudes et sa paranoïa exacerbée avaient la vie dure. Il se contenta donc de reprendre une gorgée de thé, le regard se perdant un peu dans le vague, alors qu’il réfléchissait à la mode Caladon.

En Caladon, l’argent et l’opinion publique sont deux grands attraits et des valeurs de force dans votre cité. Basez-vous sur eux en effet. Concernant l'or, vous pouvez en user comme arguments certes.

Il sentait la plante anesthésiante oeuvrer. Et comme toujours chez lui, en plus de chasser ses douleurs, elle avait tendance à faire chavirer son esprit dans des idées sans fin. Il entrevoyait presque une myriade d'arguments à servir à Caladon...

Par exemple, l’on pourrait appuyer le fait qu’un esclave n’a pas de salaire. Ce qui certes revêt une économie à court terme, mais est aussi une grande perte économique à moyen et long terme. Car qui dit pas de salaire, dit pas de consommation, aucun pouvoir d’achat. Le système stagne et seule une minorité de propriétaires consomment réellement. Alors que si les esclaves sont en fait des employés et ont un salaire, ils achètent, consomment, payent un loyer. Par un système d’emplois, on crée un pouvoir d’achat certes modéré à l’unité, un employé consommera sans doute moins qu’un propriétaire, mais le pouvoir d’achat total devient plus impactant quand vous le prenez en masse, les employés consommeront en masse bien plus que des propriétaires.

Il sentait qu'il devait exprimer ces idées, s'il ne pouvait les coucher sur papier, ou sa tête allait exploser. Quitte à faire imploser son interlocutrice sous son soudain flot de paroles.

Deuxième point à soulever : ce que le propriétaire payera en salaire, il ne le payera plus en nourriture, vêtements, il pourra d’ailleurs récupérer un loyer, et des consommations… Avec un peu d’intelligence, un propriétaire ou un commerçant récupérera vite au centuple ce qu’il a perdu en salaire. Par le salaire que d’autres auront versé à ses clients… et cela créera alors un cercle vertueux de consommation et de pouvoir d’achat. Troisième point : perdre le marché d’esclaves est une perte peut-être sur le court terme, mais cela peut créer un plus grand nombre de marchés à moyen terme. Ils pourraient réfléchir à faire payer… des formations poussées, ou des mises en relation d’employeurs et employés... Il peut y avoir tout un commerce de services à développer autour de ce sujet-là… qui ne se développeraient jamais avec l’esclavage.

Il reprit un peu de thé, songeur, sentant son esprit s’échauffer, sa gorge s’assécher, bien trop lente à exprimer toutes les idées qui lui venaient.

Votre deuxième arme argumentaire : l’opinion publique. Vous pouvez les assurer que si en Délimar l’abolition est votée, et je suis assez sûr qu’elle le sera, le commerce entre Caladon et Délimar en pâtira. Nous sommes un allié important, même si pas forcément le plus crucial économiquement. Mais il en sera de même pour de nombreux autres alliés économiques. Quant à penser que des Caladoniens voudraient conserver ce marché s’il devient unique… Comment le pourraient-ils seulement ? Ce serait bien trop risqué ! Si l’abolition est votée en Délimar, ce n’est pas seulement la vente qui en sera interdite. Mais aussi la possession… Tout comme cela l’est d’ailleurs à Sélénia. Et tout comme cela le sera bientôt partout ailleurs. Les Caladoniens gardant ce marché verront leur terrain de jeu sacrément restreint s’ils ne peuvent plus vendre qu’en Caladon. Ou aux pirates. Mais les pirates n’iraient pas acheter…

Un petit sourire sardonique lui échappa, alors qu’il retenait sa pensée de s’exprimer jusqu’au bout. " Ils n’achetaient pas, ils volaient ce qu'ils convoitaient... "

Et enfin, si tous ces argumentaires ne suffisent pas, vous pouvez vous servir de l’or autrement. Racheter les esclaves peut être cher. Mais d’une part Caladon peut procéder autrement, comme se contenter de convertir les esclaves en affranchis devenant employés. Libre à chacun de décider de rester, de partir, de garder ses esclaves affranchis ou pas… D’autre part, Caladon a une autre arme tout aussi puissante que les taxes de Délimar. En sous-main.

Le Marché Noir. Il eut la décence de ne pas en donner le nom. Pas ici. Pas dans ce moulin. Heureusement la plante anesthésiante, si elle avait le pouvoir de délier ses idées, n'avait pas l'effet néfaste de délier de façon incontrôlée sa langue. Mais le regard qu’il ancra dans celui de la conseillère en disait long. Aucune preuve formelle n’indiquait réellement la renaissance de cet ancien système. Mais... Caladon la Revenante n’était pas la seule à être revenue, il le savait. Il n’avait pas de preuve, mais il savait observer, écouter, il avait des yeux et des oreilles un peu partout, même si pas encore près de la Triade. Il était inutile de lui mentir.

Il serait peut-être bon de réfléchir comment cette... sous-main… pourrait aider votre projet. Et là, ce n’est pas à moi de vous souffler les réponses, fit-il avec un petit clin d’oeil taquin.

Il but une autre gorgée.

Je suis désolé, je m'enflamme dans des argumentaires qu'il ne me revient pas de donner. Mais je vais vous faire une confidence. Si, admettons, un quelconque politicien était à votre place, voilà comment il pourrait oeuvrer, selon l’appui qu’il aurait obtenu, dans l’ombre, de ce système souterrain.

Inutile de dire que le politicien dont il parlait n’était nul autre que lui. Il n’allait pas l’avouer à haute voix.

Il commencerait par avancer ses arguments, du moins impactant au plus impactant, à tous les membres à convaincre, un à un. Pour ce faire, il irait les voir, chacun d'eux, en privé : il irait leur rendre des visites de courtoisie, il irait leur serrer la main au détour d’un conseil ou il les inviterait à une belle réception purement amicale, et au détour d'une conversation avancerait ses arguments l'air de rien. Il gagnerait ses partisans en se les alliant par des liens sociaux d’intérêt mutuel. Pour ceux qu’il ne pourrait rallier, il tenterait de voir s’il possède quelques moyens de pression sur certains d’entre eux, et en userait pour les obliger à soutenir le projet. Puis il garderait ses pots-de-vin pour les plus récalcitrants qu’il pourrait soudoyer et pour lesquels il n’aurait aucun autre moyen de… corruption… Il tenterait de s’assurer ainsi une majorité. Un peu plus, au cas où. Il y a toujours quelques esprits lunatiques qui savent changer d’avis au dernier moment… ou qui auraient pu trouver plus offrant… Et seulement alors quand il aurait pris toutes ces précautions, il demanderait à mettre le projet à l’ordre du jour d’un conseil pour lancer la mesure.

Il avait l’impression de lui donner soudain un cours élémentaire de politique. Mais peut-être était-il plus coutumier que la jeune femme de ces mœurs un peu particulières, qui consistaient alors en un jeu de pouvoir en usant des réseaux d’alliance, de partisans véritables, de pressions en tout genre, ou de corruptions si nécessaires. Mais après tout, songea-t-il, il avait fait ses premières armes à Gloria, ni plus ni moins, et avait vite appris toutes ces ruses, toutes ces fourberies aussi. Et la jeune femme n’avait pas eu de mentors aussi retors que les siens après tout.

Mais bien entendu, c’est à vous de jouer maintenant, chère Conseillère, ajouta-t-il pour conclure, son sourire taquin revenant en force.

Un sourire qui se fana bien vite alors qu’un cri rugit dehors. Il lâcha sa tasse et se leva d’un bond, le coeur battant. Un garde l’appelait. Et cet appel sonnait l’urgence. Un autre garde entra en trombe, balaya la pièce du regard et s’avança vers lui. Bientôt suivi d’un des gardes d’Autone.

À couvert, Conseiller, fit le délimarien dans un nordique rude. Nous sommes attaqués.

Ilhan agrippa la jeune femme du regard et les deux personnes habitant le moulin et leur intima de le suivre et d'obtempérer aux conseils du garde, qu'il traduisit. Celui-ci leur indiqua de se protéger dans une alcôve. Ils n’eurent guère le temps de l’atteindre toutefois qu’une ombre surgit par une des ouvertures servant de fenêtre et sauta presque sur eux. Le garde parvint à s’interposer et un combat s’engagea. Ilhan manqua se tétaniser sur place quand il comprit qu’ils avaient affaire à une attaque de possédés. Des chimères. Des chimères dans le corps d’humains désormais perdus, l’esprit aliéné. Le coeur au bord des lèvres, son regard sombre scruta les alentours. L’alcôve était hors d’atteinte, et le délimarien leur bouchait la sortie en tentant de repousser la chimère hors du moulin. Aussitôt le garde de Caladon renversa la table et les invita à se protéger derrière. Ilhan s’empressa d’attraper Autone et de l’attirer avec lui vers cet abri de fortune. Peu sûr toutefois que cela suffise.

Et en effet, déjà une deuxième chimère sautait à l’intérieur. À deux pas à peine de leur petit abri...





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Autone Falkire
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Re: La toile du rossignol (Ilhan)

le Ven 22 Mar - 1:48
Il avait du cran, de l’accuser sans gêne aucune de son affiliation avec le marché noir. Que croyait-il? Que le marché noir était tout puissant? Qu’il lui donnerait gentiment l’or d’acheter tout le monde qui ne fût pas en accord avec elle? Autone se retint de rouler les yeux plus haut qu’un dragon et garda un regard ainsi qu’un visage de marbre. Il n’y avait pas qu’elle, dans ce marché immense et surtout, elle n’y était pas à la tête. Elle avait demandé l’appui d’Aldaron, mais il ne dirigeait ni le marché, ni Caladon comme un Monarque. Qui plus est, elle n’était pas venue demander un cours de politique, elle était venue demander à Délimar de faire pression. Autone avait déjà l’intention de faire des visites de courtoisie, trouver les insectes de chaque conseiller, de les faire chanter s’il le fallait, mais elle n’utiliserait pas cette arme maintenant. Puisque Dracos le savait, elle avait elle-même bien des insectes et une réputation douteuse. Qui n’avait pas les mains tachées de sang, à présent? La survie demande à tâcher les mains et les peuples de ce monde avaient tant traversé.

Puisqu’elle laissait toujours ses interlocuteurs aller jusqu’au bout de leurs idées avant d’ouvrir la bouche, elle n’eût pas l’occasion de rétorquer quand elle entendit les cris de combat à l’extérieur. Une partir d’elle se sentait rassurée, une fois qu’ils se seraient débarrassés de la menace, l’heure ne serait plus à se défendre de faire partie du marché noir. Cependant la conseillère ne montra rien de ce soulagement et retourna rapidement la tête, l’air inquiète. Son réflexe fût de faire un pas vers la porte, soucieuse avant de se retourner, croisant le regard apeuré du conseiller.

Autone s’apprêta à poser les poings au sol pour former un mur de force quand une ombre surgit par la fenêtre. Le combat s’engagea entre le garde Délimarien et la chimère. Autone grogna un peu, Marcus n’aurait pas paniqué, lui, si elle avait lancé une boule de feu. La conseillère releva ses jupes et extirpa ses dagues. Elle se sentit attirée derrière la table et se retrouva accroupie. Le rossignol servit un regard perçant à Ilhan, celui d’une mère en colère contre la bêtise d’un enfant. Réflexes indomptables, que de réprimander sans dire un mot un seul. Ses deux dagues dans les mains, elle se releva, grimpa avec agilité sur le peu de surface latéral libre sur la table renversée et bondit*, se retrouvant derrière son ennemi, elle s’approcha pour l’avoir au corps à corps. Le rossignol vint planter givre du soir et printemps étrange dans les entrailles du possédé, horrifié de ne pas voir d’autre solution immédiate. Elle sentit la vie quitter le corps au même moment que ses dagues en sortaient. L’imbrisée versa une larme, regrettant immédiatement son action. Elle aurait dû avoir le réflexe d’user de magie, elle aurait dû y penser. Ses yeux s’écarquillèrent, elle était plantée là, quelque chose s’infiltrait dans sa tête, voulait prendre son corps en otage. Elle le sentait, sa conscience qui prenait de moins en moins d’espace, comme une voix s’amuïssant sous la pression. La Falkire jeta ses armes au bout de ses bras, elle croisa le regard du conseiller, de sa garde, de la garde Délimarienne.

« Elle va prendre le dessus, immobilisez-moi, je ne pourrai pas lui résister longtemps. » Autone hurla, si ce n’était de douleur, de force, de combat. « La chimère, elle…dépêchez-vous… » Tout son esprit rassemblait ses forces à ne pas laisser cette chose prendre possession d’elle. Marius, son escorte, la prit par les bras, l’immobilisa. Autone croisa les yeux du conseiller, n’était-il pas mage? Ne pouvait-il rien lui envoyer comme magie?

Sort:

[Autre] Bond
Le mage est propulsé en avant par magie, gagnant en vitesse et lui permettant d'avancer d'un ou plusieurs mètres (avec un angle de 10 degrés maximum vers le haut, ou le bas). Jusqu'à trente pour un grand maître mage, celui-ci pourra également passer au travers de certaines choses, à condition de bien calculer la distance afin de ne pas se rematérialiser dans un objet solide.

Geste clé : Cligner des yeux.





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Re: La toile du rossignol (Ilhan)

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