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Enwr

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Je voudrais un bonhomme de neige ! [Amaury]

le Lun 18 Sep - 21:24
Début Juin

Les étoiles s'éparpillaient sur un ciel d'encre et de cobalt. Les accès au ciel du Domaine laissaient également entrevoir les nuages, lesquels rappelaient la saison des pluies passées. Juin avançait, de son pas serein, sur les terres de l'été.

Valmys avait un souvenir très distinct de sa dernière venue en ces lieux. Il se souvenait très bien du sentiment grisant d'être chez lui, en un lieu où sa place était évidente dans sa logique et son aura de sécurité. Ç'avait été le sentiment le plus naturel du monde. Ne pas le ressentir à nouveau était comme le symptôme d'une maladie. Il lui semblait que quelque barrière invisible l'empêchait de se croire hors de danger, ou qu'il aille.
Par les bons soins des autres membres de l'Ordre, l'elfe aux oreilles arrondies avait retrouvé quelques forces. Son endurance d'antan ne lui était pas revenue, loin s'en fallait. Mais il pouvait à nouveau marcher sans finir par s'effondrer. Il considérait cela comme un progrès.

Sa silhouette malhabile, légèrement vacillante, s'était vêtue d'une étoffe brune grossièrement cousue. Il travaillait encore à se faire des habits, mais se refusait à trop découvrir sa peau à nouveau. Son visage et ses mains étaient à découverts. Sous ses bottes, la végétation et les pierres crissaient ou roulaient, dans le calme relatif de ces heures tardives. Au loin, il y avait le son du lac. Par là-bas, le chant d'oiseaux qu'il n'aurait su identifier. Des insectes, aussi. Il y avait une forte odeur de pierre humide, une forte aura de bipèdes se reposant, ou étudiant. Il y avait une musique, à la flûte, aussi précieuse que le diamant d'eau au creux des dunes.

L'Enwr aurait aimé se mêler aux bipèdes des lieux. Il aurait aimé les prendre dans ses bras et essayer de les faire sourire. Il n'osait. Jamais il n'aurait osé ne serait-ce que penser le mot adéquat. Pourtant, il était présent en lui, aussi sincère que les autres mots qui le formaient. Il avait peur. Peur de tout, mais surtout des bipèdes. Les eaux du lac ne le mettaient pas à l'aise. La présence d'autres êtres l'inquiétait. Il ne parvenait plus à distinguer en eux autre chose qu'une probable agression. Ce n'était pas raisonnable, et il le savait. Il ne le contrôlait pas.

La situation était inconfortable et, surtout exécrable à vivre. Il avait fantasmé son retour en ces lieux. Au final, il ne pouvait le savourer. Il s'était imaginé pouvoir enfin souffler, il n'y arrivait pas totalement. Grande était sa culpabilité lorsque face aux siens, il ne pouvait leur offrir les vibrations emplies d'affection qu'ils méritaient tous.

Dans une tentative de se soigner, Valmys était sorti. Moins de monde, moins d'agitation, il espérait pouvoir s'habituer plus aisément, ré-apprendre à relacher sa vigilance. Le choix de l'heure aurait fait fuir d'autres êtres, ceux qui n'avaient jamais connu le Domaine de nuit. Valmys l'avait connu. Il comptait sur ce souvenir pour l'aider à avancer.
Comme n'importe qui aurait pu le prévoir, cela n'avait pas fonctionné. Comme n'importe qui aurait pu l'imaginer, il s'était retourné sur des bruits à l'existence parfois questionnable, sur des ombres qui parfois ne tenaient qu'aux défauts de sa vision. Il avait essayé de s'assoir un peu, respirer, et se laisser bercer par la musique de cette flûte.

Elle lui avait fait un effet étrange. Elle ne l'avait pas rassuré totalement, elle n'avait pas écarté les ombres, n'avait pas effacé les souvenirs et la fatigue. Mais on aurait dit qu'elle avait suggéré comme une idée, qu'elle avait réussi à s'insinuer comme le lézard dans une fissure du mur d'angoisses du petit elfe. Ce petit lézard s'était ensuite glissé jusque dans son coeur, pour lui murmurer une hypothèse face à laquelle il n'y avait plus de défense. La musique était amicale. Celui qui en jouait ne pouvait être terrifiant. Lui, il saurait le soigner. Il fallait le rejoindre.

Ainsi Valmys avait repris sa route, se laissant guider par la musique. Sa concentration lui donnait l'air un peu hagard, son réflexe de se retourner tous les trois pas lui donnait l'air stupide. Il respirait fort, commençant à fatiguer de son escapade. Il se présenta devantle joueur de flûte, essoufflé, avec la mine perdue du malade qui s'amène à son sauveur.
Il ne pouvait s'empêcher de placer un ultime espoir dans ce concept déraisonné, cette logique fiévreuse. Il ne pouvait empêcher son coeur de s'inquiéter à nouveau devant cet être bipède, elfique, et dôté des meilleurs outils pour le blesser à nouveau. Face à ces volontés contraires, Valmys amassa son courage. L'être pâle face à lui, il croyait le connaître, pour avoir hérité de son prénom par un chanteciel. Il aurait pu l'aborder, directement. Mais qui aurait-il pu prétendre être s'il avait brisé la musique d'un Cawr ?
Lentement, Valmys s'assit, reposant ses membres encore fragiles, s'empêchant par le fait de pouvoir s'enfuir trop vite si l'envie lui prenait. La peur le hantait, encore. Il se la reprochait. Elle ne devait pas être le meilleur des présents à offrir à Amaury, pour ce qui devait être, si ce n'était leur première rencontre, la première où ils pourraient parler ainsi seuls à seuls. Mais puisqu'il n'y avait que lui pour l'aider, et que Valmys savait que partir signifiait tuer l'instant, il ne pouvait protéger le maître de son chant-nom.

Il attendit, sagement, que le chantebrise fasse attention à lui.


Dernière édition par Valmys Neolenn le Lun 30 Oct - 17:29, édité 1 fois
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Cawr

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Re: Je voudrais un bonhomme de neige ! [Amaury]

le Dim 29 Oct - 23:05
De nombreuses vies avaient été emportées. La vie avait continué. C'était ainsi, comme un cycle éternel, inaliénable, inaltérable. Si difficile à accepter, si complexe de ne pas se révolter. Une fois de plus conflits, guerres, chaos avaient déchiré les êtres vivants, comme si aucune marque du passé, aucune blessure ne pouvait servir de leçon. Pendant si longtemps son cœur avait saigné et pourtant, il n'avait cessé de se démener. Ce n'était pas que la fatigue n'avait aucune emprise sur son corps ou son esprit, ni qu'il cherchait vraiment à fuir toutes ces émotions, toutes ces vibrations qui allaient jusqu'à lui, mais rien qu'un tout autre sentiment, beaucoup plus simple, beaucoup plus pur.
Il voulait aller au-delà de la douleur, de la souffrance ou de la peur pour trouver encore une fois ce qu'il y avait de plus beau en ce monde. Tel un soldat aguerri sur un champ de bataille, il ne redoutait pas ce qu'il avait à traverser, même si une part de lui se demandait toujours s'il y avait bien une victoire possible, si ce n'était pas là qu'une simple trêve de plus. Finalement, il ne cherchait pas de réponse à cette question, l'espoir lui suffisait, telle une force immuable, l'une des rares qu'on ne pouvait lui enlever.

C'était bien cela qui lui avait permis de tenir pendant des décennies, des siècles même et il s'y accrochait à chaque instant où il se sentait au bord d'un gouffre, ébranlé, tourmenté. Il ne pouvait se permettre de céder à ses désespoirs d'antan, pas depuis qu'il était devenu Cawr, pas depuis que leur monde s'était volatilisé et qu'ils avaient dû en construire un nouveau. Il savait qu'il devait aider les siens, guider ses frères pour qu'eux aussi sachent répandre leur savoir, leur amour et leur générosité dans ces nouvelles terres.

Son esprit changeant regrettait quelque peu les si nombreux voyages qui avaient parsemé sa vie. Ici, sur ces terres, il ne connaissait presque rien. Un grand inconnu qu'il pourrait parcourir pendant le reste de sa vie sans jamais être capable d'en connaître le moindre recoin. Pour l'instant cependant, il le remettait chaque jour à plus tard.
Quand les jours étaient ponctués par de nombreuses tâches, la nuit savait lui apporter un réconfort tout particulier. Il aimait se perdre dans ce domaine de paix et de pureté, marchant lentement, silencieux, à l'écoute de ce qu'avaient à lui dire tous les êtres, toutes les choses qu'il trouvait sur son chemin. Puis, quand il se sentait las, il laissait alors filer sa propre voix par l'intermédiaire des notes qui s'échappaient de sa flûte. Lui aussi racontait à ceux qui voulaient bien l'écouter tout ce qu'il pouvait avoir à dire, tout ce qu'il avait envie de communiquer.

Cette nuit-là, au gré des sons, il avait senti une âme perdue à guider. Un frère qu'il fallait aider. Quels étaient ses tourments, quelles étaient ses peines ? Il ne voulait pas analyser ses vibrations, seulement les laisser aller en lui, influer sur la musique que la brise emportait. Il nouait là un premier dialogue, de ceux qu'il préférait. Tout autant que son cœur savait ressentir ce qu'il y avait au fond des autres, il leur envoyait ce qu'il voulait transmettre à sa façon, pour parler directement à leur cœur.

Ses propres angoisses se peignaient en lui avec plus de force que des cris. Il ressentait les ombres rampantes de ses souvenirs, prêtes à dévorer les âmes trop faibles pour les supporter. La détresse, la peur, le traumatisme, c'étaient autant de choses qu'il avait lui-même vécues et qu'il pensait pouvoir comprendre sans jamais tout en savoir. Si quand elles étaient au fond de lui, il cherchait tantôt à les enfouir, tantôt à les accepter, quand elles venaient des autres, il ne voulait que les aider à se sentir mieux.
Sa recherche d'un secours ne pouvait qu'attiser sa bienveillance et elle se transmettait pour le moment par le biais de sa mélodie. Calme et patient, il ne voulait pas l'achever tout de suite, il préférait rester encore sur ce mode de conversation, même si l'autre n'y voyait bien souvent qu'un seul sens. Peut-être pourrait-il parvenir à l'apaiser davantage, à atténuer cette méfiance autant que cette peur qu'il y avait en lui, comme un étau qui l'emprisonnait. Il pouvait lui faire confiance, il pouvait se livrer à lui, son frère.
Au bout d'un moment assez bref, car il ne voulait pas non plus abuser de sa patience, il termina son impromptu pour laisser le silence les nimber tranquillement, tandis qu'il posait l'instrument sur ses genoux et qu'il le gratifiait d'un doux sourire. D'un geste lent, il avança une main vers lui, comme pour l'accueillir.

« Dis-moi ce que ton cœur veut exprimer, je serai là si tu veux enfin guérir… je serai avec toi. » Murmura-t-il, comme le souffle d'une brise apaisante.


« Nul ne peut atteindre l'aube sans passer par le chemin de la nuit. »

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Enwr

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Re: Je voudrais un bonhomme de neige ! [Amaury]

le Jeu 2 Nov - 17:55
La musique s'effaça, déposant sur les épaules de Valmys comme un châle, comme un souvenir de sa présence. Quelque bribe de mémoire dans ses émotions, pour l'épauler dans sa quête. Ce n'était pas de trop. Assis sur le sol, l'Enwr avait ramené ses genoux contre son torse, et passé ses bras autour. Désormais, ses poings serraient le tissu de sa tunique, au niveau de ses épaules, comme s'il avait froid. C'était un peu le cas.
Il avait froid de la solitude que son corps et son âme lui imposaient, blessés, craignant encore et toujours les prédateurs. Il avait froid de ses peurs, froid de son reflet dans le miroir, qu'il ne supportait plus. Il avait froid de ne plus se reconnaître. Sa seule source de chaleur, l'idée diffuse que ce n'était qu'un moment à passer, était encore lointaine. Il peinait à la ressentir. Amaury devait savoir comment faire. Amaury était un Cawr, et les Cawrs étaient sages, chacun à leur manière. Amaury connaissait sans doute l'esprit, humain ou elfique, mieux que lui. Il connaissait sans doute l'Enwr mieux que lui-même ne se connaissait. Si ce n'était le cas... Il avait son chant-nom.

Mais Valmys était-il prêt à autoriser le maître à y regarder, alors que lui-même n'osait ? La dernière image supportable qu'il avait à sa mémoire était celle d'hun humain proprement décapité, juste à côté de lui. Le reste nouait ses entrailles, menait son coeur à sa gorge. Son chant-nom offrait tout le détail de ces scènes. Valmys eut comme un frisson, un tremblement. Non, il ne pouvait offrir cela.
Alors quoi, parler ? C'étaient des mots qui ne se disaient pas. Ceux qui n'étaient pas concernés pouvaient le faire, aisément. Lui ne le pouvait pas, ne le pouvait plus. Parce que le mot, prononcé, n'était rien à côté de ce qu'il en avait été réellement, et qu'il craignait qu'ainsi atténuer la réalité ne soit que mensonge. Il ne pouvait pas en parler, parce qu'il n'était pas même sûr de ce qu'il allait dire, pas même sûr de sa culpabilité, ni de sa légitimité à s'en plaindre ainsi. Enfin, il doutait de sa propre capacité à aller au bout de son discours, sachant déjà les émotions qui l'envahissaient lorsqu'il n'en parlait pas.
Poutant...

Pourtant il était venu ici. Pourtant la musique l'avait guidé. Il avait suivi la proposition de venir et de guérir, et savait intrinsèquement que c'était ce qu'il devait faire, la, tout de suite, et en ce lieu. La terre sous lui était comme un contact nécessaire. Même son coeur, tout au fond de lui, savait qu'il devait s'exprimer, que c'était le moment, s'il voulait aller vers la chaleur, la petite lueur tout au loin. Il le devait, il le fallait, il ne savait pas comment, il...

Il éclata en sanglots. De gros sanglots, qui manquèrent de l'étouffer sous leur violence. Nul cri, seul le bruit de sa respiration qui tentait de passer à travers une gorge beaucoup trop nouée, et quelques hoquètements. C'était bien la première chose qu'il avait à dire que tout cela, et il ne l'avait dite à personne, si ce n'était à la nuit et à la solitude. Si elles étaient des compagnies agréables, si elles avaient su le protéger sur le coup, elles n'étaient pas des congénères, n'étaient pas des soeurs de l'Ordre. La culpabilité qu'avait pu ressentir Valmys à ainsi souffrir devant un Cawr s'évapora peu à peu, alors qu'il déversait sa détresse le long de ses joues, le long des bras qui cachaient désormais son visage. Ces larmes-là avaient un autre goût. Comme si elles n'allaient pas revenir dans ses yeux.

Valmys resta un moment qui lui parut une éternité, à crever un abcès plus gros que lui, à tremper ses manches et sa peau. C'est qu'il avait été un véritable barrage, avait retenu jusqu'alors un lac entier de larmes, croyant qu'il n'était nécessaire de les offrir à qui que ce soit, qu'elles partiraient seules. Ce n'était pas le cas. Il le savait, désormais, sa guérison avait la peau et le cheveu pâle, ainsi qu'une flûte. Lorsque sa gorge fut à nouveau utilisable, libérée du lien qui l'avait nouée, Valmys fit sgne à Amaury de s'approcher. Il allait parler. Mais il ne pouvait pas le faire trop fort, il le savait. Sinon sa voix allait se briser.

"- J'étais parti vers Keet-Tiamat, sur les traces de l'Enwr Deocyne. Des pirates ont accosté le bâteau sur lequel j'étais." Il frotta ses yeux, reniffla. Il parlait sans regarder le Cawr. "Mes souvenirs me hantent. C'est comme s'ils m'empêchaient de vivre. Comme s'ils se mettaient toujours entre les êtres que j'aime et moi. Cawr Amaury, j'aime les êtres qui vivent ici, autour de nous. J'aimerais pouvoir les couvrir de cadeaux et d'affection, et j'aimerais savoir recevoir comme il se doit tous ce qu'ils m'offrent. Je... Je n'y parviens pas. Je n'y parviens plus."

Il eut à nouveau une pause, cachant ses yeux. L'émotion était remontée d'un coup. Il parvint à la juguler, en prenant son temps, en respirant longuement, lentement.

"- C'est plus fort que moi. J'ai peur des bipèdes. J'ai peur que l'on me blesse à nouveau. J'ai peur de mon propre reflet. Je sais qu'ici je ne risque rien, mais cela ne suffit pas."

À nouveau, le petit Enwr essuya l'eau qui troublait son regard. Un fantôme de sensation commençait à l'angoisser, au niveau de son cou, au niveau de ses poignets. Sans la présence du Cawr, ces sensations auraient été bien plus fortes. Il joignit les mains devant lui, comme une imploration, toujours sans regarder celui qui devait le sauver.

"- Que dois-je faire ? Que puis-je faire ?"

Y avait-il seulement quelque chose à faire ? Il l'espérait, il croyait. La musique d'Amaury le lui avait suggéré, et son instinct de survie s'y accrochait, follement. Il ne voulait présager de son avenir s'il vivait là ce que le reste de sa vie lui réservait.


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Cawr

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Re: Je voudrais un bonhomme de neige ! [Amaury]

le Sam 30 Déc - 16:31
Effleurer simplement les ombres qui planaient autour du jeune Enwr suffisait à nouer son ventre. Il pouvait ressentir avec la même force toute sa douleur, toute l’ampleur de ses tourments, pas seulement parce qu’il était maître baptistrel, mais aussi par son propre vécu. Ce genre d’horreur, Amaury ne l’aurait souhaité à personne, pas même à ses pires bourreaux, pas même à ceux qu’il ne pouvait pardonner, qu’il ne pouvait revoir. Le monde était parfois si cruel… Pourquoi cet être à la fois si fragile et si merveilleux avait-il dû passer par de si terribles chemins ? Était-ce une nécessité de la vie ? L’ampleur du mal avait quelque chose de terrifiant dans le fait qu’il n’y trouvait aucune explication. L’adversité permettait d’avancer, de se renforcer, mais à quoi servait-elle quand elle devenait destructrice, quand elle réduisait tant de choses à néant ? Cela formait au moins de bons arguments pour lutter contre ce fléau jour après jour…

Le bruit des sanglots avait serré davantage son cœur. C’était une bonne chose pourtant, pleurer était nécessaire, pleurer permettait de se libérer partiellement de ses angoisses, de ses chagrins. Tout naturellement, il aurait bien voulu le prendre dans ses bras et lui apporter davantage de réconfort, mais il sentait bien que ce n’était pas une bonne solution. Valmys n’allait pas accepter ce genre de contact, cela ne ferait qu’empirer les choses et c’était à l’opposé de ce qu’il voulait faire.
S’il pouvait au moins pleurer ici, lorsqu’il était là, alors c’était au moins un peu mieux que de subir totalement. Les tourments de son jeune frère lui rappelaient les siens, quelques siècles plus tôt. Le temps n’y avait pas fait grand-chose, ils arrivaient toujours à mettre son cœur à vif, seulement il lui avait permis de mieux supporter cette douleur, ce vide irremplaçable. Cela faisait assez longtemps qu’il se sentait capable d’avancer, d’être heureux, de vivre et de respirer, même si cette blessure-là ne guérirait jamais.
De cette expérience, il savait qu’il ne pouvait lui faire aucune promesse, qu’il n’allait pas lui mentir, qu’il n’allait pas lui dire que tout irait mieux, que tout s’arrangerait, que tout serait oublié. Doucement, sa voix s’était élevée comme un souffle du vent, contant simplement une berceuse qui accompagnait ses sanglots sans le pousser à s’arrêter.

Le temps passa, mais le temps importait peu. La patience d’Amaury était grande, à l’instar des elfes, il ne se sentait jamais pressé, courait rarement. Comprenant qu’il voulait qu’il se rapproche, le Chantebrise se leva pour faire quelques pas et s’assit à côté de lui, sans toutefois imposer entre eux une distance qui lui paraîtrait inconfortable. Un doux sourire s’étirait sur ses lèvres, amical, bienveillant.
Il l’écouta alors en silence évoquer par bribes ce qu’il avait pu vivre, ce qu’il ressentait, ce qu’il voulait faire et ce qu’il ne parvenait pas à faire. Sa tête était pleine de questions, de chagrins, d’ignorance. Comment savoir dans quelle direction avancer ou que faire pour se reconstruire ? La réponse n’était pas universelle et il avait fallu bien des décennies à Amaury pour en trouver les premières pistes. Les premières années avaient été une torture indicible, il espérait qu’il ne lui faille pas autant de temps.

« On ne se libère pas aisément de son vécu. C’est comme une empreinte qui vient en soi, qui fait désormais partie de soi. Il n’y a pas de remède miracle et un sort de soin n’y fera rien, mais cela ne veut pas dire que l’on ne peut pas lutter. Ton cœur est pur, c’est celui d’un baptistrel et rien ne saura le corrompre. Tant que tu gardes cette volonté d’avancer, de t’en sortir, alors ça ne pourra qu’aller mieux. Tu dois simplement prendre ton temps, faire un pas après l’autre, ne pas essayer de sauter une marche. Tes frères et sœurs aujourd’hui prennent soin de toi, ils t’aident à traverser ces épreuves, car c’est un chemin bien difficile à emprunter lorsqu’on est seul. Tu ne dois pas t’en vouloir de ne pas leur rendre la pareille. Ce n’est pas encore le bon moment, mais il viendra, lorsque comme moi, tu auras réussi à surmonter la douleur et la peine. Toi aussi alors, tu en seras capable. »

Il soupira, doucement. Son regard vide ne pouvait l’atteindre, mais l’expression de son visage semblait lumineuse, rendue pure par sa blancheur immaculée.

« Je connais tes maux, ce ne sont pas exactement les mêmes, bien sûr, tout comme la voie que j’ai empruntée ne sera probablement pas la tienne, mais je peux au moins te partager ce que j’en sais, dans l’espoir de t’aider, ne serait-ce qu’un peu. Sans avoir à lire jusqu’au plus profond de ton cœur, je peux sentir que tu as cet espoir, cette envie de pas te laisser abattre, de t’en sortir et c’est là le meilleur chemin que tu puisses prendre. Tu dois t’y accrocher, te laisser guider par cette intuition, car elle seule saura te donner les vraies réponses pour qu’un jour, tu saches à nouveau sourire et rire, le cœur léger. Cette lumière que tu cherches, elle est en toi, elle le sera toujours. »


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Re: Je voudrais un bonhomme de neige ! [Amaury]

le Sam 13 Jan - 20:51
Valmys ramena ses mains sur ses épaules, poings serrés, comme pour se protéger d'un grand froid. Il avait peur, il avait froid, il avait l'impression qu'un poids trop lourd pour lui pesait sur ses épaules et sur son âme, invisible et intangible. Inconsciemment, il eut souhaité qu'Amaury lui affirma le contraire de ce qui était juste et raisonnable, qu'il connut un remède miracle et secret pour immédiatement ramener son coeur à son état originel, clair et pur comme une première neige. L'annonce avait beau être vraie, elle était dure, et le poids à porter ne s'en trouvait pas amoindri. Son chant-nom accueillait désormais des notes dont il ne pouvait se défaire, qu'il savait sale et disgrâcieuse. Sa mémoire avait des images et des sensations qu'il aurait préféré ne jamais connaître.

Amaury parvint néanmoins à regagner son intérêt, l'éloigner du tourbillon d'ombres dans lequel il menaçait de s'engouffrer, tremblant. Son coeur, pur ? Il n'y croyait pas. Mais les Cawrs ne mentaient pas. Y avait-il donc quelque chose à sauver chez lui ? Valait-il un peu plus que ce que ses souvenirs lui disaient ? L'Enwr revoyait les insultes, les injures, et outrages, et cette expression si paradoxale: "coeur pur". C'était impensable, et pourtant, Valmys avait envie d'y croire. L'image était jolie, enfin flatteuse, et son aura de vérité la rendait plus brillante encore. Brièvement, il chercha en lui ce que pouvait être cette pureté baptistrale. Il la trouva. Un fin sourire, qui demanda bien des efforts à ses zygomatiques affaiblis par le manque d'exercice, passa sur ses lèvres. Les pirates n'avaient pas atteints certains éléments clés de son identité, au coeur de lui-même. Ces éléments le reliaient à son serment, mais aussi au monde qui l'entourait. Ils n'avaient fait naître le mensonge et le chaos en lui, et sa seule envie de devenir à nouveau le camarade jovial qu'il avait pu être, le guérisseur en vadrouille, le déceleur de connaissances, suffisait à l'accrocher à cette idée. Certaines choses ne changeraient jamais, son passé ne pouvait être effacé, et toujours il devrait se méfier des bâteaux. Mais il y avait quelque chose à sauver chez lui, une bribe de futur.

Son regard, embué, chercha celui du Cawr. Il pouvait tout juste commencer à regarder à nouveau autour de lui, et y être sensible. Il se hâtait, de crainte que les images de pirates ne reviennent, encore et toujours, à l'assaut, comme il le préssentait dans le combat qui se menait en lui. Les yeux particuliers d'Amaury parvinrent néanmoins à lui faire penser à autre chose, l'espace d'un instant. L'Enwr dut s'en détacher de force, craignant que le maître le sente et s'en trouvât gêné. Il y avait quelque chose de captivant dans ce regard vide, et une beauté toute particulière sur laquelle Valmys aurait été incapable de mettre des mots. Une partie de sa fascination était sans doute liée à leurs tracas actuelle. L'autre était plus intemporelle.

Les mots du chantebrise s'évanouirent dans le silence, laissant Valmys seul avec ses pensées et émotions. L'Enwr s'en trouva tout mal à l'aise. Le maître avait réveillé quelque chose en lui, quelque chose de vivant qui dansait en lui comme un feu follet. Il n'en avait plus l'habitude, ne savait qu'en faire. Ce n'était plus "normal". Ce qui était normal, c'était la peine, et les pirates. Pourtant, il sentait que ce n'était pas ce qui était à faire. Il avait déjà envie de remercier Amaury pour ce feu follet, et s'excuser, encore, comme pour s'excuser d'exister, dans cet état. Ce n'était pas ce qu'il devait faire non plus. Cela ne ferait sans doute qu'agacer celui qui lui avait bien dit que c'était normal que, pour le moment, il quérisse de l'aide. Une idée, une piste, naquit en son esprit. Il avait besoin d'entendre encore la voix du Cawr pâle.

"- Cawr Amaury... Si cela ne vous ennuie pas, me direz-vous un jour quelle fut votre voie ? Quelles furent vos peines ?" Sa voix était encore murmurée, fragile et hésitante. Il savait qu'il n'allait pas faire du bien au Cawr en ravivant ces souvenirs. Cependant, ledit Cawr avait l'air de s'en être détaché suffisamment. Et lui, il en avait besoin. "Me direz-vous s'il demeure une aide que je puis vous apporter ?" La question était tout autant importante. Le Cawr le sentirait-il ? Valmys avait besoin d'un échange, d'apporter pour pouvoir pleinement recevoir. Il avait besoin d'un maître, d'une personne à laquelle se référer, pour laquelle agir. Il avait besoin d'une raison pour entendre la voix du Cawr, et prendre soin de lui, pour mieux ingérer la lumière qu'il émettait.


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Re: Je voudrais un bonhomme de neige ! [Amaury]

Hier à 0:25
Les mots étaient apparus naturellement, avaient sonnés sans qu’il ne réfléchisse trop dans sa bouche. Des paroles qu’il trouvait lourdes, chargées d’une vérité difficile, mais pourtant bien réelle et impossible à fuir. Une appréhension s’était alors installée en lui, celle qu’il n’ait pas su trouver les bons mots, ni le guider de la bonne manière. Cependant, il n’avait pu désirer lui dire ce qu’il voulait entendre – des mensonges – son serment l’en empêchait, mais surtout son âme. Au fond de son cœur, il savait pertinemment que cela aurait été une mauvaise manière d’avancer, qu’il n’aurait fait que porter un voile sur ses yeux, sur son être, le pousser à continuer d’abandonner.
Le Chantebrise espérait lui insuffler la force qui avait été la sienne depuis le jour où il avait choisi de se relever de ses malheurs. L’aide apportée par les autres ne pouvait pas faire de mal, mais il savait bien que la plupart des progrès ne pourraient venir que de lui.

Doucement, il avait senti comme une éclaircie se lever au fil de ses paroles. Cette simple sensation avait suffi à le rendre heureux. Rien ne lui semblait plus important que d’aider les autres et il y mettait donc toute son énergie. Pourtant, il ne voulait pas non plus parler pendant des heures entières et sa voix finit par s’éteindre, les laissant chacun dans leurs propres réflexions. Amaury essayait de ne pas écouter trop de vibrations. Comme toujours, il n’aimait pas profiter de cette magie ni de son serment pour s’introduire dans la vie des autres. Il préférait se laisser porter par les notes du monde et y réagir lorsqu’il fallait les adoucir ou les rendre plus belles.
Là, tout proche de l’un de ses frères, il ne pouvait qu’aimer sa mélodie. Les notes discordantes d’un drame indicible ne pouvaient en entacher sa beauté, les valeurs que portait leur ordre étaient trop pures pour cela, inaltérables pour ceux qui étaient destinés à suivre cette voie.

Un simple murmure vint briser leur silence et le ramener au monde réel. Encore faible et blessé, il n’osait pas. Retrouver une certaine assurance serait une épreuve difficile tant il le sentait discret, alors qu’il cherchait à prendre le moins de place possible dans leur univers pourtant si vaste.

« Bien sûr. Seulement je ne te parlerai pas maintenant de mes peines, je ne veux pas alourdir tes tourments avec les miens. »

Amaury ignorait si un jour ses souvenirs deviendraient inoffensifs. Pour les maîtres baptistrels, il fallait bien apprendre à vivre avec les souffrances des uns et des autres puisqu’elles arrivaient jusqu’à eux avec une drôle d’évidence. Ce n’était pas toujours facile, mais cela faisait bien longtemps qu’il n’essayait plus d’effacer cette part de lui. Tel était son Chant-Nom, il ne pouvait l’altérer.

« Ma voie est un peu triste sans doute, elle fut celle de la fuite, de la solitude et de l’exil. Perdu au milieu de l’immensité du désert, ce fut la rigueur de cette vie qui me sauva. J’espère de tout cœur que ton chemin sera plus doux, que le calme et la paix du Domaine te suffiront pour guérir. Parfois pourtant, il est bien plus simple d’avancer lorsque vivre n’est plus qu’une question de survie. »

L’elfe se tut un bref instant pour offrir encore une fois un sourire bienveillant à son interlocuteur.

« Là-bas, j’ai enfin su trouver la sérénité, cette paix reposante qui permit à mon âme agitée de trouver un peu de repos. Le temps m’a ensuite appris à prendre davantage de recul face à mon vécu. Pour ce qu’il reste de mes peines, j’ignore s’il existe vraiment une aide. Il faudrait quelque chose qui puisse combler ce vide qu’il y a dans mon cœur... »

Ces mots à peine avoués, il aurait préféré les faire disparaître. Même un Enwr devait pouvoir sentir ce froid éternel qui demeurait en lui, cette blessure qui ne cicatriserait jamais tout à fait. Ces pensées savaient réveiller quelque chose d’atroce en lui, mais il s’était assez éloigné de son propre enfer pour ne plus y être enchaîné.

« Ne t’en fais pas pour moi, ta simple présence suffit à m’apporter quelques rayons de soleil, quels que soient tes démons. Dis-moi plutôt ce que tu chéris et quelles sont les mélodies qui plaisent à ton cœur. J’aimerais en jouer au moins une pour toi. »


« Nul ne peut atteindre l'aube sans passer par le chemin de la nuit. »

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