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Princesse Sélénienne

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Chasse d'hiver, rencontre frileuse - Alauwyr

le Mer 12 Déc - 11:22

17 Janvier 1763


L'année commençait et avec elle une terrible nouvelle : les Chimères étaient là. Elles avaient fini par les rattraper et commençaient déjà à ramper sur l'Archipel comme une horrible gangrène. Le choc avait secoué tous les royaumes, ébranlé la confiance de tous les peuples... Sélénia comprise. L'angoisse ne tarda pas à étreindre les cœurs, puis ce fut au tour de la paranoïa qui gagna les esprits là où la hantise des possessions se rappelait aux souvenirs les plus sombres. Comme une traînée de poudre, l'ombre de la suspicion se jeta sur la Cour Impériale, réveillant de vieilles tensions, alimentant des dissensions politiques déjà bien épineuses en temps de paix. L'ambiance devint étouffante, les couloirs glacés de murmures méfiants et les repas plombés d'un silence morose. Rapidement, la majorité des nobles s'étaient isolés, incapables de prêter la confiance à qui que ce soit et beaucoup s'étaient même retirés de la Capitale pour s'isoler sur leur domaine.

« Que des lâches », pensa la jeune Princesse alors qu'elle vérifiait les sangles de sa selle, à quelques minutes du départ en chasse à court. Sa fine et frêle silhouette était chaudement enroulée dans une épaisse cape de laine bleu clair à l'intérieur doublé d'une soyeuse fourrure de zibeline blanche. Une large capuche couvrait sa tête blonde et se refermait sur sa gorge gracile avec une fibule en or blanc, gravée à la forme d'un épervier. Une robe d'un gentiane nacré soulignait ses formes délicates, encore prises dans l'adolescence et si les manches ou le col s'ornaient d'une fourrure douce de lapin, son bustier et ses bras se voyaient rehaussés par des laçages complexes en cordelettes de soie. Serrée à la taille par une fine ceinture de cuir blanc fermée d'une boucle d'argent, plusieurs lanières tenaient à ses hanches sveltes diverses petites sacoches en toile cirée. La robe tombait jusqu'à ses pieds et s'évasait en une traîne qui lui offrait un certain confort dans sa monte imminente.

« - Princesse, les voici. »

Un palefrenier venait d'arriver à sa hauteur et lui présenta son poing droit couvert d'un épais gant de cuir afin de soutenir la majestueuse silhouette du faucon Gerfaut. Avec son plumage immaculé à peine poudré d'un brun profond, Eliza était une femelle âgée de trois ans en pleine forme. Elle avait un capuchon sur les yeux pour la garder au calme alors que l'une de ses pattes était captive d'une petite lanière de cuir et d'un minuscule grelot de cuivre. Au sol, Lambert remuait de la queue avec enthousiasme et levait sa truffe caramel vers sa maîtresse qu'il était visiblement heureux de retrouver. Son dressage l'empêchait de sauter sur la jeune fille, mais ses halètements et geignements ne trompaient pas : il en mourrait d'envie. Le chien était un golden retriever avec une fourrure terre de sienne brûlée, poils longs et lisses déjà poudrés de neige et de quelques éclaboussures de boue. Indéfectible compagnon de chasse, il alla présenter ses hommages à la jument royale en lui léchant les naseaux, puis renifla les alentours immédiat pour patienter.

« - Merci bien. Un instant... »

Victoria eut l'ombre d'un sourire gracieux pour le palefrenier, puis se détourna pour agripper une poignée de crin sur l'encolure de Roseline et d'un bond souple, elle se hissa sur la selle amazone. Il ne lui fallu que quelques secondes pour venir enrouler ses jambes aux deux fourches ; la gauche en dessous et la droite au-dessus. Elle coinça ensuite la cravache sous son bras droit, qui devait remplacer la jambe manquante sur ce côté de la monture avant de se pencher vers son aide pour récupérer son propre gant de fauconnerie qu'elle enfila sans attendre. Le faucon poussa un sifflement rauque en étant déplacé, mais ne fit rien de plus et s'installa confortablement sur le bras de la Princesse avant de glisser le bec sous une aile. Le chien se rapprocha des jambes de la jument, sentant que le départ approchait. Victoria observa les alentours de sa nouvelle hauteur et remarqua que la vingtaine de nobles présents étaient déjà tous en selle.

Un soupir inaudible échappa à ses lèvres rosées, rendues brillantes par un baume gras parfumé d'essence de rose appliqué afin de les protéger de la cruelle morsure du froid. Ses joues veloutées étaient elles aussi marquées d'une légère carnation dans cette aube frappée de givre et de neige fraîchement tombés durant la nuit. Cette fin de semaine était dédiée à la détente en extérieur du Palais, à plusieurs heures de la Capitale sur les terres d'un Vicomte favori à la Cour. L'homme espérait que cette occasion soit propice à la bonne entente et au renforcement des liens mis à rude épreuve avec l'annonce des Chimères. Il n'y avait que la crème de la noblesse Sélénienne, exception faite des autres membres de la famille Impériale et d'une poignée d'intellectuels employée ailleurs, de façon bien plus urgente.

N'ayant aucune affaire dans les préparatifs du Royaume à l'encontre de la menace approchante, Victoria avait accepté l'invitation à cette chasse en espérant pouvoir, elle aussi, se changer les idées et fuir pendant deux jours l'ambiance plus qu'étouffante du Palais. Elle était donc là, cadette de la troupe du haut de ses quinze printemps et comptait bien s'esquiver du corps principal pour aller effectuer sa propre chasse en Haut Vol avec ses familiers. La barbarie d'une traque de cerf ou de sanglier n'était pas à son goût et la jeune princesse rêvait déjà des plumes blanches de quelques perdrix, voire la fourrure moucheté de fugaces lièvres. Ses yeux au bleu profond s'arrêtèrent sur une haute et massive silhouette qui tranchait sans peine avec les autres cavaliers. Ses sourcils se froncèrent délicatement alors qu'elle essayait de reconnaître cet homme et il lui fallu plusieurs secondes à cogiter pour qu'elle parvienne finalement à mettre un nom sur ce visage impassible : Alauwyr Iskuvar.

Un frisson coula dans son dos et elle serra les pans de sa cape autour d'elle, aussi frileuse qu'inquiétée par la présence d'un être aussi sombre. Elle avait entendue parler de ses derniers exploits ainsi que de son adoubement en tant que Chevalier, sans parler de sa récente promotion comme Général Sélénien. Cette promotion avait été une véritable pierre jetée dans la mare et toute la Cour avait longuement vilipendé la décision de l'Empereur à promouvoir un va-nu-pied au lieu d'un noble déjà établi et soutenu par les puissances qui gravitaient autour du trône depuis bien des générations. Pour la Princesse, il s'agissait d'un acte audacieux mais qui rendait justice aux méritants de l'Empire... même si elle se posait maintenant des questions sur le choix de son frère ! Non, décidément, cet homme était trop sinistre. Effarouchée, Victoria détourna le regard avant d'être surprise à le regarder et se concentra sur le retombé de sa robe qu'elle ajusta de sorte à couvrir ses chevilles et ne pas gêner ses mouvements.

Le son du cor résonna, annonçant le départ. Si Lambert aboya en écho, il resta docilement aux côtés de sa maîtresse qui attendit quelques minutes que la troupe s'avance sur le chemin pour finalement talonner sa jument et suivre à distance, au petit trot. Les rabatteurs s'éparpillèrent dans le sous-bois, frappant les buissons alors que les chiens de chasse, tenus en laisse, aboyaient à tout va pour effrayer le gibier. Les terres du Vicomte étaient principalement couvertes de forêts, entrecoupées par plusieurs rivières alors que de rases collines jalonnaient le paysage enneigé. Victoria accompagna la troupe de chasse pendant presque une demie heure avant qu'elle ne finisse par repérer un vol de perdrix au dessus des arbres dénudés, à sa droite. Son visage s'éclaira aussitôt et elle jeta un rapide coup d’œil vers les nobles attroupés qui discutaient entre eux sans lui prêter la moindre attention. Assurée que son départ ne serait pas sujet à controverse, elle claqua de la langue et tira doucement sur les rennes pour faire quitter à Roseline le chemin.

Sans un regard en arrière pour s'assurer qu'elle ne soit pas suivi, la Princesse s'enfonça dans les bois dense avec une pointe d'impatience candide. Elle mourrait d'envie de libérer Eliza pour observer son envol dans le ciel limpide et la jalouser aussi, égoïstement. Lorsqu'une clairière se profila entre les arbres, la cavalière remit au pas sa monture et s'arrêta finalement au centre de l'aire dégagée. Lambert se précipita pour venir vérifier les buissons alentours, cherchant la moindre piste intéressante tandis que le faucon se voyait libérer de son capuchon et ouvrait les yeux dans un petit claquement de bec.

« - Bien... ce devrait être satisfaisant ici. Eliza tu... Mh ? »

Victoria se tourna de moitié sur sa selle alors qu'un craquement de bois se fit entendre non loin de sa position, dans le couvert des bois en pénombre. Son cœur s'accéléra et elle replia légèrement son bras couvert de cuir pour approcher le faucon en un geste de prudence craintif. Elle fouilla les environs d'un regard inquiet et tendit l'oreille.

« - Il y a quelqu'un ? »

Normalement non, mais cela ne coûtait rien de questionner le vide ! Le groupe était bien plus loin à courir bêtement après un cerf ou un autre gros gibier. Cette forêt était une chasse gardée, alors aucun vassal du Vicomte ne devrait s'y trouver à moins de braconner. Des brigands peut-être ? Non, pas si proche du domaine, enfin elle l'espérait... alors un loup ou tout autre prédateur ? Victoria baissa les yeux sur Lambert qui ne semblait pas plus paniqué bien qu'il se soit mis en position d'arrêt et semblait écouter avec attention les bruits qui faisaient échos autour d'eux. Un mouvement la fit sursauter et elle releva le visage dans cette direction, gorge nouée. Une de ses mains glissa dans les plis de sa cape et se referma à la garde courbe de sa petite dague. Intérieurement, la Princesse passait en revue tout ses sortilèges et tremblait légèrement de peur.



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Re: Chasse d'hiver, rencontre frileuse - Alauwyr

le Dim 16 Déc - 20:29
Quand on devenait Chevalier au sein de la Cour Impériale, avec l'importante fonction de Général des Armées, il y avait des choses que ces titres et rangs qu'on ne pouvait esquiver. Des droits, Alauwyr en avait acquis quelques uns, mais des devoirs.... il y avait des choses qu'on ne pouvait pas se dispenser, même une partie de chasse organisée. Cela n'était pas du goût de l'Almaréen, qui n'y voyait là qu'une perte de temps, mais pour répondre à un certain ''besoin'' des gens participant à cette activité plus de détente que d'intérêt, l'ancien mercenaire avait dû faire acte de présence. Et il ne s'était donc pas fait prié pour être à l'heure, son cheval prêt pour le départ. Si certains nobles et hauts bourgeois avaient espéré ne pas le voir, pour avoir de quoi caqueter à leurs petites conversations puériles dans leur salon de luxe, et ben.... c'était raté. Le Général Iskuvar était bien présent et portant son armoire sombre et un peu effrayante. En même temps, une chasse ne demandaient pas à porter dans l'extravagant. Alauwyr tenait à le faire comprendre de manière visuelle. Peut être qu'il était chevalier, mais il restait un combattant. Il avait été promu Général, mais il demeurait un homme habitué à se battre à n'importe quel instant. Même si sa promotion et le titre offert par l'Empereur ne faisait pas l'unanimité, il s'en fichait. Il savait ce qu'il valait et Nolan aussi.

Ce fut donc un homme silencieux et l'air sérieux qui arriva, chevauchant une monture simple, à la robe alezane brûlée, possédant des jambes solides pour porter son cavalier. Les quelques regards que les membres du groupe de chasse furent simplement ignorés. Sauf peut être le regard de la jeune princesse Kohan, présente elle aussi pour la chasse et accompagné d'un fidèle canin et d'un faucon de chasse. . Il l'avait fixé que brièvement, avant qu'elle ne détourne rapidement le regard ; sans doute n'avait-elle pas eu le temps de voir qu'il l'avait posé son regard sombre sur elle. Dans son armure sombre, recouvrant l'entièreté de son corps, il avait de quoi être intimidant. Il ne connaissait pas Victoria, la demi-soeur de Nolan. Pourtant, elle était bien de la lignée des Kohan, à voir certains traits qu'elle partageait discrètement avec l'Empereur. Et sa longue chevelure dorée était presque un signe distinctif au sein de cette lignée impériale. Sur le physique, elle était comme nombre de femmes de haute noblesse : belles, aux courbes cherchant la perfection.... Victoria aurait de quoi faire tomber bien des hommes en pâmoison si elle le désirait. Mais pas des hommes tels qu'Alauwyr. Puis le cor claironna dans les airs. Il était temps de partir chasser.

Alauwyr serra ses jambes pour faire partir son cheval, qui ne montra aucune réticence à se lancer au petit trot. Au contraire, on sentait dans les rênes qu'il voulait partir au galop. Alauwyr le retenait fermement, mais sans lui imposer de souffrance aux mors. Il ne tenait pas à se retrouver au milieu du petit groupe qui s'était formé et qui commencé à bavasser de tous et de rien ; des sujets inintéressants pour lui, et préférait s'assurer un certain espace au cas où. Une prudence peut être surfaite, mais Alauwyr était un homme d'expérience et ne négligeait jamais rien, surtout quand on savait que les Chimères arrivaient. Mais la chasse était là pour passer outre les angoisses qui arrivaient en même temps que les prémices d'une guerre. A ces informations là, Alauwyr avait serré les dents. Mais tout venait à point qui savait attendre. Il aura à se battre contre les Chimères. Mais pas aujourd'hui. Aujourd'hui, ce sera se battre... contre du gibier !

Cela faisait à peine une demi-heure que les chasseurs d'une journée était en route. Les chiens des rabatteurs aboyaient dans le lointain, à peine audibles. Alauwyr était devenu morose. Il avait l'impression de perdre son temps, mais devait prendre sur lui, car mine de rien, il était en la présence d'une princesse Kohan, qui pourrait très bien décidé de jouer les aventureuses comme Nolan. A croire que c'était un trait propre à cette famille. Et quand, pour se rassurer d'une certaine manière, il tourna la tête pour voir si tout allait bien pour elle, i eut à peine le temps de voir à peine une seconde la couleur de la robe du cheval de la princesse disparaître de sa vue.

*Par le sang, mais ils sont tous voués à me faire tourner en bourrique ! *

Il tourna bride et prit la direction prise par la princesse. Il ne lui fallut guère de temps pour trouver les traces des sabots de la monture de cette dernière, le sol étant pas trop ferme. Il stoppa sa monture et s'assura de la direction prise. Peut être qu'elle se croyait maligne, mais elle n'avait pas du songer un seul moment qu'on pourrait la suivre. Les traces filaient presque en ligne droite, évitant ici et là des buissons trop épais où encore un tronc d'arbres. Il lança son alezan au petit trot pour l'arrêter quelques instants plus tard. Il arrivait à l'orée de ce qui ressemblait à une clairière assez étendue. Il força son cheval à se mettre au pas et à stopper dans l'ombre des arbres. Et un sabot se porta sur une branche morte qui craqua et se cassa. Cela eut le don d'attirer l'attention de la jeune princesse, inconsciente d'être seule au milieu des bois. Alauwyr attendit un peu, observant la fuyarde et de voir ce qu'elle entreprenait de faire. Son chien n'était pas du tout inquiet, reconnaissant sans nul doute l'odeur de l'Almaréen. Mais à voir l’inquiétude grandissante de la jeune Kohan, Alauwyr poussa sa monture à sortir du bois.

Ce fut donc un cavalier sombre et encapuchonné qui sortit du couvert boisé. Aussitôt, la capuche fut rabattu, dévoilant l'identité du venu.

''Ne savez vous pas qu'il est dangereux de partir seule sans prévenir personne, Princesse ? ''
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Re: Chasse d'hiver, rencontre frileuse - Alauwyr

le Lun 24 Déc - 12:16
L'attente et l'incertitude étaient deux choses qu'elle détestait cordialement en temps normal, mais dans une situation aussi stressante, son aversion était encore plus prononcée. Sa bouche devenait sèche, ses doigts légèrement moites au couvert de ses gants et elle sentait son cœur lui remonter dans la gorge en des battements de plus en plus paniqués. Confrontait-elle un animal sauvage, un braconnier ou un brigand ? Les sorts appris depuis son plus jeune âge tourbillonnaient dans sa tête en une valse étourdissante et elle ne parvenait pas à arrêter son choix. Devait-elle user d'une Aura Rassurante s'il s'agissait d'un prédateur ou devait-elle couvrir toutes les possibilités et user directement d'un sort de Foudre pour assommer ? Ses yeux au bleu changeant continuèrent de scruter les alentours immédiats, fouillant les ombres, mais aussi les moindres coins et recoins de la futaie neigeuse.

Après ce qu'il lui sembla une éternité, mais qui se résuma cependant à quelques minutes, ce fut une haute silhouette jusque là fondue dans une haie de buissons dense qui se révéla enfin. L'intrus était un cavalier solitaire, drapé d'une épaisse cape noire dont l'ample capuche avalait son visage d'une ombre impénétrable. A cette vision, le cœur de la jeune Princesse fit un véritable bond dans sa poitrine et d'un geste sec, elle dégagea son arme au clair pour la pointer sur l'inconnu. Par ce geste, elle espérait lui intimer de garder ses distances, car elle était dans l'incapacité de prononcer le moindre mot sans trahir son effroi. Son joli visage se paraît cependant d'un masque impavide alors qu'elle le vrillait un regard vindicatif dans l'attente d'une explication. Et celle ci lui fut donnée non pas avec des mots, mais d'un simple geste qui révéla l'identité de celui qui l'approchait.

« - Ser Iskuvar !? »

L'exclamation lui échappa, sincère dans son incrédulité alors qu'elle portait une main à ses lèvres pour cacher sa bouche laissée entrouverte sur un souffle écourté par la surprise. L'intense soulagement qui la gagna à cette découverte lui fit trembler le corps d'un contrecoup sur ses nerfs qui ne pardonnait pas. Le nez piquant de larmes retenues, elle s'empressa de ranger la dague dans les replis de sa cape alors qu'elle fronçait délicatement les sourcils dans une moue à la fois boudeuse et contrariée. Elle s'en voulait d'avoir été aussi frileuse, comme une hase prise dans les filets d'un rabatteur ! Piquée dans son orgueil, elle détourna la tête le temps de se ressaisir et fit mine de vérifier les sangles qui maintenaient Eliza sur son gant

« - Ne savez-vous pas combien il était de mauvais goût d'effrayer les damoiselles ? A plus forte raison lorsqu'il s'agit de votre princesse. »

S'il voulait lui inculquer une leçon et bien c'était gagné. La frayeur qu'elle venait de se payer à cause du chevalier glaçait encore le creux de son estomac d'un pincement désagréable. Toujours un brin boudeuse, elle caressa le poitrail du faucon et lui coula un regard de biche sous ses longs cils blonds. Ne voulant pas s'attarder sur un souvenir aussi humiliant qu'elle tremblante comme une feuille, elle répondit du à sa remarque avec un brin de sarcasme :

« - Il aurait été encore plus dangereux pour moi et ma santé mentale de rester une minute de plus en compagnie de ces volailles. »

Le mépris dans sa voix transpira du vernis qu'elle s'employait à montrer en tout instant, elle qui désirait garder un visage de candeur et de docilité pour plaire à l'image que l'on attendait de sa part. Victoria rongeait son frein en permanence, étouffant un esprit aussi vif et mordant qu'une couleuvre. Son avis sur la majorité de la noblesse qui peuplait son très cher Empire ne volait pas haut, si l'on désirait rester dans le thème des plumages ! Il s'agissait de bécasses pour ces femmes qui pavanaient avec mauvais goût et qui gloussaient entre elles sur des frivolités ou des banalités de salon. Quant aux hommes, il ne s'agissait que de poules mouillées qui ne se déplaçaient plus qu'en troupeau depuis l'annonce des Chimères et ce, afin de s'apporter un faux sentiment mutuel de sécurité, dédaignant par la même occasion leurs terres et leurs responsabilités sous prétexte que les monstruosités seraient à leurs portes d'un moment à l'autre !

« - Et vous-même ? Votre présence est-elle dû au besoin de fuir une compagnie ennuyante et suis-je l'excuse parfaite que vous ayez trouvé sans perdre crédit à leur regard ou... et bien, votre acte serait-il réellement porté par pure chevalerie et inquiétude à mon égard ? »

Un petit sourire, fugace et taquin, ourla ses lèvres carmines avant qu'elle ne retrouve un faux semblant de sérieux et d'indifférence boudeuse. Elle s'amusait à le titiller, voulant tester les limites qui lui seraient permises avec lui et, pourquoi pas, en apprendre un peu sur l'homme qui dirigeait à présent leur force armée envers et contre tous.



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Re: Chasse d'hiver, rencontre frileuse - Alauwyr

le Sam 5 Jan - 14:36
L'exclamation aurait pu passer pour un couinement apeuré s'il n'avait pas été articulé du nom du venu. Chose certaine était que la donzelle ne s'était pas trouvée dans une position de méfiance vis à vis de son environnement. Comme s'il avait de quoi demeuré confiant et en sécurité dans ce recoin de forêt. et voir qu'elle s'était saisie vivement de sa dague, pour ensuite la ranger dans les pans de sa tenue de chasse était presque.... risible. Bon au moins, elle avait veillé à être armée, mais avoir une dague et ne pas savoir s'en servir était vraiment futile. Mais cela, il ne pouvait pas vraiment le savoir. Cela se trouvait, elle savait parfaitement en faire usage.

Il la laissa donc discourir et vaquer à ses brèves occupations, le temps qu'elle termine de digérer la surprise de sa venue. Quand elle eut fini ses tirades, il ne manqua pas de hausser un léger sourcillement. Décidément, les jeunes femmes de la Cour, ou des familles nobles, croyaient avoir la langue parfaite et acérée pour manipuler leur assemblée. Il prit quelques secondes avant de répondre. Il devait veiller à mâcher ses mots, maintenant qu'il était dans le sillage de la famille royale. Avec Nolan qui l'avait nommé chevalier et Général des Armées Séléniennes, il devait veiller à sa manière de parler, même s'il était uniquement en présence de la jeune princesse Kohan.

"Je me demande surtout ce qui est le plus salvateur : subir le jacassement de vos pairs ou de se retrouver toute seule et loin de tous pour risquer d'y laisser sa vie. ''

Il comprenait aisément qu'elle se soit éloignée pour fuir le bavardage incessant et casse pied des autres membres du groupe de chasse, mais dans ce cas, elle aurait du refuser d'y participer. Mais pour sauver les apparences, il se fallait se forcer à faire certaines activités pour plaire et jouer sur les apparences.

"Ma présence est simplement dû au fait que vous vous êtes éloignée... et seule..... même au sein de ces forêts, vous n'êtes pas à l'abri d'un accident ou d'un guet-apens. Je ne suis que simple chevalier fraîchement nommé par l'Empereur, mais j'ai la tâche indirecte de veiller sur lui et les membres de sa famille. Et bien que vous soyez princesse, vous vous mettez d'une certaine façon en danger. Donc, mon acte a un rôle purement de protection, rien d'autres....'''

Si elle espérait le prendre à la flatterie, elle se méprenait lourdement. Il était vrai qu'elle était une jeune et belle jeune femme, ne dénotant pas de posséder un certain caractère, mais elle demeurait un membre de la famille Kohan.... et puis Alauwyr avait ses préférences sur le choix des femmes. Nous vous passons les détails.

''Permettez moi de vous inviter à rejoindre le groupe de chasse, pour que vous demeuriez en sécurité. Bien que les forêts paraissent sûres, le danger est présent. Et malgré l'impétuosité qui caractérise la lignée des Kohan, je n'ai guère envie de devoir justifier les raisons d'une blessure ou d'un accident à l'Empereur. ''
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Re: Chasse d'hiver, rencontre frileuse - Alauwyr

le Lun 14 Jan - 10:34
Cet homme était ennuyeux. Elle l'aurait cru plus amusant après qu'elle eut survolée son passé grâce à son réseau d'informations, quelques jours après sa splendide promotion. Si elle n'avait pas tous les détails de son existence, elle avait connaissance de ses hauts faits et de quelques autres anecdotes moins courantes, portées parles bruits de couloirs et les rumeurs dans le corps armé du Palais. Elle avait cru, peut-être naïvement, que cet homme ne serait pas du genre à jouer les chaperons rébarbatifs ! A l'entendre lui enjoindre de retrouver le reste de la troupe, Victoria plissa légèrement du nez dans une petite frimousse contrariée et détourna ostensiblement la tête avec un petit « mh » vexé.

Allons bon, elle ne s'était pas donnée toute cette peine pour devoir rentrer aussi tôt. Elle désirait chasser quelques perdrix et lièvres dont la fourrure et le plumage étaient d'un blanc idéal en cette saison. Si elle attendait encore, le brun sale de leurs apparats d'été n'allait pas tarder à souiller l'immaculée robe hivernale ! Et elle ne désirait pas patienter toute une année pour pouvoir remettre la main sur une ressource aussi délicate. Nombre de ses robes et accessoires réclamaient cette touche pure et innocente. Sentant le désappointement de sa maîtresse, Eliza déploya de moitié ses ailes et poussa un cri nerveux, claqua du bec et frotta sa tête contre une patte.

« - Vous êtes beaucoup trop sérieux, Ser Iskuvar. »

Ce qui devait expliquer la couleur de ses cheveux. La princesse continua toutefois sur sa lancée :

« - Cette sortie est supposée être amusante, hors nous sommes tout les deux d'accord pour dire qu'il n'y a rien d'amusant à rester avec notre hôte et ses amis poudrés. Toutefois... »

Elle eut l'ombre d'un petit sourire chafouin qui fit briller ses grands yeux céruléens d'un éclat joueur alors que ses joues se coloraient légèrement à l'excitation qui lui venait soudain. Elle entrevoyait une porte de sortie ! Un moyen de s'éviter le retour ennuyeux au possible auprès du reste des chasseurs et autant dire que l'adolescente était toute prête à jouer la carte du chantage si cela lui permettait de gagner quelques heures supplémentaires loin du poulailler.

« - Si j'ai bien tout compris, vous êtes tenu par l'honneur de votre rang à me suivre et à me protéger tant que je serais dans une possible situation de danger ? »

Victoria ouvrit un peu plus grand ses yeux, adoptant une expression à la fois surprise et attendrit alors qu'elle battait de ses longs cils blonds et posait une main sur ses lèvres délicatement arrondies en un « o » de stupeur, comme si elle venait tout juste de réaliser quelque chose. Sa voix vibra d'un léger trémolo ému alors qu'elle se récriait avec une surprise et une indignation feintes :

« - Mais !? Ne sommes-nous pas sur les terres sécurisées d'un allié au trône et n'êtes vous pas, vous-même, un ancien mercenaire de renom que mon frère adoré, l'Empereur, aura récemment nommé au rang de Général des armées de touuut son Empire ? »

Son joli minois se fendit d'un sourire de connivence alors qu'elle regardait de droite, puis de gauche, comme pour s'assurer qu'ils soient seuls et qu'aucune oreille indiscrète ne vienne écouter ce qu'elle comptait lui souffler sur le ton de la confidence :

« - Allons Ser iskuvar... seriez-vous en train de me jouer la carte de la modestie en prétendant ne pas pouvoir me protéger si nous ne sommes pas tout deux encadrés par les autres chasseurs ? Doutez-vous tellement de vos compétences pour chercher la sécurité du plus grand nombre ? »

Elle s'était légèrement penchée sur l'encolure de sa jument, accentuant l'aspect secret de ses questions purement rhétorique. Ils savaient tout les deux que ce n'était absolument pas vrai, mais si le Général laissait couler de pareilles insinuations et insistait pour retourner auprès des Nobles, Victoria ne comptait pas l'épargner au regard des autres. S'il réfutait ce qu'elle venait d'annoncer, alors il n'aurait aucune raison valable pour lui refuser sa petite chasse privée. Toutefois, il y avait le risque d'une troisième option ; qu'il fasse simplement la sourde oreille et ne reparte sans elle. La Princesse n'avait pas envie de se retrouver seule, surtout pas après la frayeur qu'elle venait de vivre, aussi décida-t-elle d'ajouter avec une tendresse parfaitement dosée dans la voix :

« - Moi j'ai confiance en vous, chevalier. Après tout, Nolan vous accorde la sienne, n'est-ce pas ? Je sais que je n'ai rien à craindre tant que vous veillerez sur moi. »

Elle se redressa et le couva d'un regard tout aussi candide que peint d'une admiration sincère. Cet homme qui n'avait rien, ni noblesse ni réelle réputation dans les plus hautes sphères de l'Empire. Cet homme avait sauvé son frère et gagné suffisamment de sa confiance pour obtenir le plus haut titre militaire envisageable à Sélénia. Connaissant Nolan, jamais il n'aurait nommé un incapable à ce poste, surtout pas avec les tensions continuelles aux frontières de l'Empire et de l'Alliance... pas avec les Pirates et les agitations vampiriques.

« - Allons ! Je souhaite chasser des perdrix, des faisans et des lièvres ! Je n'en aurais aucun si je reste avec la troupe qui vise de biens plus gros gibiers. Accompagnez-moi, Ser iskuvar ! Et si jamais vous éprouvez encore des scrupules, je prendrais la responsabilité s'il m'arrivait quoi que ce soit. Rassuré ? »

Elle haussa un sourcil et lui fit son plus beau sourire alors qu'elle tirait habilement sur les rennes de sa monture pour la faire tourner vers l'intérieur de la forêt, à l'opposé du reste de la troupe bruyante. L'on pouvait entendre les aboiements de la meute s'estomper, témoignant que la battue s'enfonçait plus loin vers les sous-bois et les champs, là où les chevreuils avaient le plus de chance d'être débusqués. Victoria laissa à l'ex-mercenaire quelques secondes de réflexion avant qu'elle ne talonne sa jument et ne reparte au petit trot, convaincue qu'il la suivrait de grès ou de force si ses dires concernant ses responsabilités étaient sincères.



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Re: Chasse d'hiver, rencontre frileuse - Alauwyr

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