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Princesse Sélénienne

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La rançon des méritants - Honor

le Sam 15 Déc - 7:57

23 Février 1763


La fin de semaine approchait et avec elle ses marchés qui fleurissaient dans les cours et les places communes comme autant de ruches bourdonnantes. Les routes déneigées étaient dès lors encombrées par les paysans qui portaient en charrettes le fruit de leur labeur hebdomadaire. Les ornières vomissaient leur boue nauséabonde au passage innombrable des roues empressées, éclaboussant le bas des carrosses ainsi que les jambes des piétons et des chevaux. Heureusement pour la Princesse Kohan, elle était confortablement installée dans son habitacle et les vitres couvertes d'épais rideaux la protégeaient autant de la vision écœurante de toute cette saleté que du froid mordant qui régnait à l'extérieur. Le doux tangage du carrosse, accompagné par le claquement régulier des sabots, la rendait d'humeur somnolente alors que ses yeux papillonnaient sur les délicats motifs brodés sur la fourrure en lapin de son manchon.

Il n'y avait pas une heure de route entre les portes de Sélénia et le manoir Harrington et pourtant elle avait déjà terriblement envie de s'allonger sur la banquette pour dormir jusqu'à plus pouvoir. Le froid avait cet effet déplaisant sur elle, tout comme les chaleurs extrêmes en y repensant ! Son corps délicat ne supportait pas les climats difficiles et la jeune princesse avait le plus grand mal à se motiver pour organiser et participer à quoi que ce soit qui lui demandait de mettre le nez dehors. Si elle trouvait des excuses ingénieuses pour refuser des Bals ou des réceptions mondaines à l'extérieur du Palais, si elle arrivait à se glisser entre les mailles diplomatiques ou sociales la majeur partie du temps, cette fois elle ne pouvait décemment pas se refuser alors qu'elle était, en quelque sorte, la cause même de cette situation !

Seule dans le carrosse à l'exception de sa demoiselle de compagnie, Victoria leva le manchon à son visage pour cacher ce dernier lorsqu'elle bâilla à s'en décrocher la mâchoire. De petites larmes pointèrent à ses yeux et elle soupira en venant dodeliner du chef de droite et de gauche. Tout comme son véhicule, ses pensées voguèrent au loin. Il y avait moins d'une semaine, le Palais avait brillé de mille feux lorsque la Cour s'était réunie en grandes pompes pour célébrer l'anoblissement de la famille Harrington, de la Hanse. Ce fut avec beaucoup de fierté et d'attente que la noblesse observa Honor mettre un  genoux au sol, devant le Chancelier, pour recevoir son titre de Baronne. Cet honneur fut accordé à sa famille en remerciement des nombreux services rendus à la Couronne ainsi qu'au peuple tout entier. Les immenses navires de la compagnie marchande avaient porté la race humaine lors de l'Exode et encore aujourd'hui, ces mêmes navires lourdement armés avaient été d'une grande aide lors du Siège d'Azzuréo, en milieu de mois.

Pour Victoria qui connaissait Honor depuis plusieurs années, il était tout à fait naturel qu'elle soit enfin remerciée pour ses bons et loyaux services. La jeune tête couronnée avait alors poussé, dans l'ombre des salons mondains, les bonnes personnes pour que l'idée remonte jusqu'aux décisionnaires. Elle aurait pu aller directement voir son frère et lui parler de cette idée, mais Victoria souhaitait rester discrète et à bonne distance du cœur des sphères politiques. Elle n'avait pas encore assez de soutient pour y risquer sa nuque et s'était naturellement tournée vers des proies plus accessibles tel que le Chancelier. Ce fut donc naturellement, du moins en apparence, qu'une famille hissée au sommet de la haute bourgeoisie se retrouva avec le mérite d'un rang tout aussi confortable au sein de la noblesse sélénienne. Suite à la cérémonie pompeuse et officielle, une grande fête avait été organisé dans les sublimes salons du Palais Impérial, réunissant la fine fleurs de l'Empire, diplomates des royaumes voisins compris. Toutefois, la Hanse avait tenu à célébrer l'anoblissement de leur dirigeante à leur façon et c'était à ce deuxième bal que la Princesse se rendait.

Les chevaux du carrosse ralentirent leur galop jusqu'à s'arrêter dans un hennissement et des piétinements, signalant aux passagers qu'ils venaient d'arriver au Manoir Harrington. Victoria se redressa légèrement et se tapota ses joues pour se réveiller. Un regard fut échangé avec sa dame de compagnie qui lui assura à voix basse que sa tenue était impeccable. Un instant plus tard et le cocher ouvrait la porte, glissait le marche-pied et lui tendait galamment une main pour l'aider à descendre. Amassant la traîne de sa cape, elle descendit du carrosse avec une prudence empreinte de grâce, puis porta un regard de velours sur son environnement immédiat. Les Lames Noires de son escorte s'étaient divisés en deux groupes : une majorité venait mettre pieds à terre pour l'accompagner à l'intérieur quand le reste irait avec le carrosse jusqu'aux écuries. Guère incommodée de pareille compagnie, bien au contraire, Victoria remonta l'allée principale dans un crissement de gravillons et de givre.

Ce ne fut qu'une fois au couvert du grand hall et au regard des nombreux invités déjà présents qu'elle défit la boucle qui retenait, à hauteur de gorge, sa lourde cape de laine banche et de zibeline. En dessous, la jeune princesse portait une sublime robe au bleu pervenche dont le bustier, délicatement brodé de fils blancs agrémentés d'argent, se paraît des fleurs dont la teinte tirait son nom. Le col était ouvert sur sa gorge gracile et couvrait à peine ses fines épaules et si une telle mise aurait pu paraître indécente, surtout en cette saison, une étole de mousseline couvrait la peau mise à nue avec légèreté et candeur, la soie aérienne de couleur mauve étant piquée de perles et de diamants comme une rosée étincelante. La coupe générale mettait en valeur sa silhouette délicate et la taille élancée se serrait d'une ceinture de tissu plissé, tenue en place d'une fibule d'or blanc torsadée comme un petit flocon. Le tombé de la robe s'évasait jusqu'aux pieds, puis s'étendait en une traîne courte aux bords cousus de dentelles et de mousseline d'une couleur apparente à celle de l'étole.

Lorsque les valets annoncèrent en cœur d'une voix forte et intelligible son arrivée, son rang et son nom, Victoria se para de son plus beau sourire et fixa l'assemblée d'un regard aussi doux que légèrement impressionné, battant de ses longs cils au blond de miel pour ajouter une touche de candeur à sa mise qui respirait déjà la pureté et l'innocence. Elle resta quelques secondes immobile pour laisser aux autres le temps de la mirer, puis elle s'avança et commença à se fondre dans la foule colorée pour saluer des connaissances ou, justement, en faire de nouvelles. Son heure d'apparition était parfaitement calculée ; la majorité des invités étaient présents, le Bal avait commencé depuis presque deux heures et les groupes s'étaient naturellement formés ce qui lui simplifiait grandement la tâche pour trier ses futurs partenaires de soirée. Bien sûr, Victoria restait encore en périphérie de ce bassin de mondanité puisqu'elle attendait que la maîtresse de maison vienne la chercher pour l'escorter littéralement au cœur des festivités.

Quand enfin la silhouette d'Honor se profila à son regard, la Princesse eut la blancheur d'un sourire sincère et ravis alors qu'elle tendait les mains vers la matriarche pour saisir les siennes d'une étreinte chaleureuse. Son visage rayonnait de bonheur, rendant à l'éclat vibrant de son opulente chevelure blonde l'impression d'un petit soleil. Les lourdes mèches d'or pâle étaient torsadées, tressées de rubans et agrémentées de perles et de fleurs en cristal colorés d'un millier de nuances de bleu et de violet, rehaussant la couleur déjà saisissante de ses prunelles. A seulement un pas de la marchande, elle se hissa sur la pointe des pieds pour venir poser sa joue sur la sienne en l’ersatz d'un baiser qui ne chiffonnerait pas le maquillage carmin de ses lèvres, puis recula d'un pas léger pour l'observer dans son ensemble, sans jamais se départir de son sourire.

« - Baronne Harrington. »

Le titre fut annoncé avec un rire dans la voix et une affection particulière. Cette femme de fort caractère tenait un empire à la seule force de sa volonté et méritait tout le respect que la jeune princesse pouvait accorder à quelqu'un d'étranger à sa famille et ses proches. Elle lui lâcha les mains après une dernière pression délicate de ses doigts et se tourna vers sa dame de compagnie qui l'avait suivie comme son ombre depuis l'instant où elle avait quitté le carrosse. Cette dernière était une fille de la haute noblesse, à peine plus âgée que Victoria. Elle portait une robe qui n'avait pas à faire rougir la princesse d'embarras et dont les couleurs comme les motifs étaient assortis à la mise royale de sa maîtresse. Cette jeune fille, donc, portait dans ses bras une petite caisse de bois qu'elle tendit à Honor avec une révérence, parvenant à jongler l'un et l'autre sans impair.

« - Voici un vin qui devrait vous plaire. Il vient du domaine du Boh'Jolet, l'on dit que sa robe est acidulée, fraîche et piquante avec de fortes inclinaisons fruitées. Personnellement, j'adore le déguster avec des châtaignes grillées, mais beaucoup le préfèrent accompagné de charcuterie ou de venaisons. »

D'un geste de la main, Victoria congédia sa dame de compagnie et lui accordait par la même occasion la liberté de jouir de la fête, comme toutes les autres jeunes filles bien nées présentes. Laissant à Honor le temps d'observer les deux bouteilles logées dans la boite, têtes bêches, la jeune princesse mira pour sa part les décorations de la salle et savoura les notes claires de l'orchestre.

« - C'est une réception ravissante que vous avez là ! M'accorderez vous un peu de votre temps ? Même si nous n'avons eut guère le plaisir de converser ces derniers temps, je ne voudrais pas vous tenir loin de vos autres invités. »

Elle reporta son attention sur la femme, sourire doux aux lèvres alors qu'elle joignait les mains à hauteur d'estomac en une posture d'attente et de courtoisie. Si elle se doutait qu'un refus ne lui serait pas prononcé, eut égard à son rang et à leur amitié, l'étiquette demandait à ce qu'elle s'assure que la maîtresse de maison lui soit ouvertement favorable.





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