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Les yeux mis clos, le rossignol fixait le plafond. Le mouvement des vagues était apaisant, mais le confort de son lit et de sa demeure lui manquait. Elle pensait au sourire de ses enfants, à Satie qui devait l’attendre comme elle avait attendu son frère qui n’était jamais revenu, au bras tranché dans l’horreur d’un combat trop long sur la conscience et trop rapide pour l’esprit. Elle pensait à Ivanyr, à Aldaron, dont elle ne pouvait s’assurer la sécurité. La fatigue pesait son corps mais le sommeil ne venait pas.

Une lumière bleutée se déposa devant ses yeux, sans l’aveugler, comme une poussière lumineuse qui venait voler sur son front. Puis des ailes émergèrent de la forme éthérée et la dernière chose qu’Autone vit avant de fermer les paupières fût la forme d’une corneille.

***

Le danger, l’humiliation tonnaient dans sa poitrine alors qu’elle n’y était même pas. Sur un navire, un garçon dont elle ne pouvait voir le visage entouré d’hommes à l’hygiène douteuse, certains mieux habillés que d’autres, la plupart sans vêtements mais ornés de faux bijoux autour de leurs cous. Ils se servaient de lui comme d’un buffet, assez pour couper le souffle de l’imbrisée dans son sommeil tant elle aurait voulu surgir dans la scène et lancer une dizaine de boules de feux. C’est lorsqu’ils eurent enfin terminé et le laissèrent là, couché sur le sol qu’elle pût enfin voir son visage. Le fils adoptif d’Aldaron, moins bien traité qu’une fille de joie des bas-fonds de Gloria. D’autres hommes arrivaient et tout recommençait. Non, elle ne voulait pas le voir.
« Arrêtez! »

Sa voix retentit dans la cabine sans la réveiller, mais la vision d’horreur s’éclipsa dans le son d’un battement d’ailes et une brume noire fit tout disparaître.
Elle revit le garçon dans un bain, tanguant sur le rythme des vagues en harmonies avec celles qui berçaient Autone. Elle avait encore toutes ses sensations physiques, la nausée, la respiration courte, tout en rêvant, tout en pensant. Les images semblaient si vraies, ses entrailles lui criaient que c’était réel.

Un elfe aux yeux bandés entra dans la pièce, offrant un bol de nourriture au garçon. Il lui semblait familier, mais elle ne parvenait pas à réfléchir.
Autone entendit le battement d’ailes à nouveau, tout fondit au noir. Un bâtiment elfique s’éleva de la terre, l’ancien domaine baptistrel et sa nature glorifiante, ses sons de paix. Elle entendait les carillons depuis la plaine et marcha jusqu’au domaine qu’elle connaissait grâce à Aramis. Elle se sentait comme une traîtresse, sur ce sol. Elle qui avait tenté de vivre comme eux avant de se détourner de la vertu pour survivre dans les mensonges et les secrets. Sans vraiment savoir pourquoi, elle marcha jusqu’au domaine des chanteciel, cet observatoire qu’elle n’avait jamais pu voir de l’intérieur. Était-ce son imagination qui inventait cette bibliothèque? Sa poitrine se soulevait dans l’admiration, elle aurait voulu pouvoir toucher ces livres, les ouvrir et apprendre tout ce qui pouvait être appris.

Elle pâlit en tombant nez à nez avec Dawan. Il ne la voyait pas, passait son chemin et quittait l’observatoire, un air mélancolique au visage. Autone passa derrière lui et le suivit dans sa marche. Sans nourriture et sans eau, il ne cessait de marcher. Quelque chose lui soufflait qu’il eût marché trois jours, sans qu’Autone ne sache d’où lui venait cette impression. Elle le voyait mourir à chaque pas, ses cernes se creusaient, la faim s’emparait de lui. Alors pourquoi marchait-il encore? Pourquoi voyait-elle cela? Pourquoi rêvait-elle à cela?

Son corps déjà écroulé, Dawan s’assied enfin. Autone s’approcha de lui, lui fit face et s’accroupit devant lui.

« Non… » murmura-t-elle en pleurant, alors qu’il fermait les paupières.

Il fermait enfin les yeux et cela lui brisait le cœur, mais un sentiment de soulagement la prenait aussi. Elle allongea son corps dans la plaine, dans une impuissance qui l’enrageait.

« Pou…pourquoi est-ce que je vois ça? Dawan…Tu étais innocent… C’est ce qui est arrivé, non? Pourquoi ? »

L’imbrisée déplaça une mèche blonde du front pâle, puis, restant accroupie près du corps inerte, essuya ses larmes. Cette fois ci, ni la falaise, ni les arbres, ni le ciel bleu ne disparaissaient. Dawan était partie lors d’une journée aussi douce et claire que son cœur.





Nous nous sommes étendus
Dans la soie de nos regards

J’observe à présent le néant de l’irréalisme
Que tes yeux ont brûlés avec ton corps

Dis-moi, ai-je échappé mon cœur sur ce bucher?

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Habituellement, il bondissait de rêve en rêve, comme onbondit d'étoile en étoile, se penchant tendrement au-dessus des dormeurs les plus agités, aiguillant ses amis sur des sentiers plus apaisés. Son essence le guidait si aisément qu'il n'était ni question d'effort ni de conscience.
Cette fois-ci fut différente. Ce fut comme un choc. Une paire d'ailes qui le bousculait pour le maintenir sur place, tout en glissant un environnement bien spécifique autour de lui. Un léger sursaut, et couinement de mécontentement, accueillit ce premier choc, alors qu'il battait bêtement des bras, comme pour chasser le malaise qui le prenait à ne pas comprendre un fragment de cette univers dont il était part, comme pour retrouver son appui et sa confiance. Mais lorsque ses yeux, fermés par réflexe, s'ouvrirent de nouveau pour contempler ce qui l'entourait, sa peur se changea en panique. Et les mots d'Autone ne firent qu'envenimer cette panique.

Il n'avait pas le droit de voir ceci. C'était interdit, comme inscrit dans les règles tacites qui le maintenaient, tel qu'il était, au sein des royaumes oniriques. Jadis, ce souvenir lui avait été inatteignnable, comme effacé. La seule vue des premiers troncs d'arbres lui avait tout rappelé. Il ne devait en voir plus. Il ne devait se voir lui-même. Il ne devait ressentir ce qu'il avait ressenti. D'une main, il griffa ses propres yeux, et un bandeau de tissu s'y forma, les prémunissant de la vision qui accablait Autone. De son autre main, il agrippa les habits au niveau de son coeur, comme pour l'emprisonner dans un cocon protecteur. Il n'avait rien vu. Ce n'était pas arrivé. Il n'avait pas été brisé. Non, détruit. Il n'avait pas été détruit. Nul n'avait scindé son âme de celle de Kaalys, et avec elle ces lumières qui poussent à vouloir vivre.

La main qui avait griffé ses yeux se tendit vers la scène et, d'un geste, tout disparut. Il n'y avait plus qu'Autone, et lui, flottant dans un Néant paisible, où pulsaient les sanglots muets de Dawan. Les larmes inondaient ses joues, et la détresse était un second coeur qui battait à côté de celui qu'il n'avait plus. Son souffle n'était pas entâché par ces pleurs qui pourtant secouaient ses épaules, et faisaient trembler sa voix.

"- Je ne dois pas le voir. Je ne dois pas le voir..."

Répéta-t-il, comme une incantation liturgique en ce monde où nul n'avait édicté les règles. Inconsciemment, il avait ramené ses genoux contre son torse, à la recherche de sa propre chaleur. Il n'en avait plus, pas plus qu'il n'avait celle du feu intérieur de Kaalys. Il ne pouvait que ce contenter de celle qu'il s'imaginer dans le royaume des nuits sans Lunes.

"- Je ne dois pas le voir... Je ne veux pas que tu le voies. Je ne veux pas, je ne veux pas..."

Il se balançait doucement d'avant en arrière, dans une vaine tentative pour se calmer, et se réconforter. Les émotions l'assaillaient, les souvenirs de même, sans qu'il ne puisse lutter. Il avait toujours été l'enfant des émotions, il les subissait, de plein fouet.Ses doigts vinrent s'enfouir dans ses cheveux, de soleil indompté, les saisissant avec force. Il continuait de psalmodier, attendant que cessent d'émaner de lui ces sentiments qui jamais n'auraient jamais dû souiller son coeur d'étoile. Ce vide, immense, qui l'avait appelé, chaque jour, irrémédiablement.

"- Personne... Non, je ne veux pas. Personne ne devrait voir ça. Personne ne devrait ressentir ça. Kaalys, Kaalys..."

C'était surtout de la peur qui transparaissait entre ses sanglots, et l'entourait comme de la brume. Il était terrifié à la seule idée que tout ceci, cet abysse, eût été réel, et puisse encore l'être. Il avait beau s'y opposer, fermement, avec tout l'amour qu'il portait, cela ne changeait rien. Il avait vu les arbres. Tout ceci avait été réel. Tout ceci pouvait encore être réel. Il était un bipède fragile, sans défense.
Et seul, si seul...


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Les joues creuses, il n’y avait presque plus que les os sur le petit elfe, Autone avait l’impression de l’avoir vu mourir deux fois. Elle ne pouvait cesser de voir la marche trop longue en posant les yeux sur les minces jambes. Il lui semblait irréel qu’il soit enfin immobile, complètement immobile. Il ne restait plus que le silence. Autone apperçu une dernière fois le corps endormi, puis une lumière l’aveugla. Elle ouvra les yeux et releva la tête, une voix familière était teinte de panique devant elle. Elle resta figée, le corps avait disparu mais un autre Dawan était accroupi devant elle, tout en larmes, tout en panique. Comme un enfant qui venait de faire un cauchemar.

Comme…S’il avait tout vu. Autone eût l’impression culpabilisante d’avoir fait voir à un être innocent quelque chose qu’il n’aurait jamais dû voir. Elle s’assied, genoux au sol, ses cheveux étaient là, elle était dans sa robe de nuit, que la rosée sur l’herbe avait mouillé. Soudain, elle était certaine qu’elle devait être dans un rêve et ne se posait plus de questions sur l’invraisemblance de la situation.


« Dawan? »

Les yeux du rossignol étaient remplis d’inquiétude, mais l’elfe ne pouvait en avoir conscience puisqu’un bandeau couvrait ses yeux. Pourquoi rêvait-elle à lui? Elle n’avait ni pensé à lui, ni parlé de lui récemment. Ce bandeau, était-ce un souvenir de l’autre elfe, celui qui fût présent sur le champ de bataille? Il devait y avoir une raison pour laquelle elle faisait ces rêves.

Alors elle rêvait à Dawan qui pleurait. Serait-ce complètement inutile de le réconforter si ce n’était qu’un rêve? Elle le ressentait, cette détresse au travers des sanglots. Après un long moment à le regarder, interdite, effrayée, Autone s’avança vers le Chanteciel presque en rampant. Elle avait peur, sans savoir pourquoi. Tout semblait si vrai, son instinct lui criait que c’était vrai.

La petite dame porta sa main à la joue de l’elfe, plus charnue que celle du cadavre qu’elle avait accompagné plus tôt. Elle le prit dans ses bras et le berça, comme elle l’aurait fait avec son propre fils. Elle pensa à Ivanyr, un instant et lui chanta une chanson en elfique qu’Aramis lui avait appris.


« Je suis désolé, c’était mon rêve, as-tu trébuché dedans? »


Elle oubliait sa peur dans cette berceuse et sa douleur dans les larmes des autres. Elle aurait voulu se souvenir de Dawan souriant, lumineux.

« Si c’est un rêve, mon imagination doit avoir inventé cela. Ça ne peut pas…je ne sais pas si…c’est vrai. Ça semble réel. »

Quoi qu'il lui dise, elle ne pourrait jamais être certaine de cette réalité.





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Les êtres se rêvaient tous différemment. Certains se laissaient façonner, d'autres s'accrochaient à leurs enveloppes charnelles. Dawan sentit le contact et la chaleur, et cela commença doucement à le détourner de ces ombres qui s'accrochaient à ses os pour l'entraîner dans leur royaume de tourmente. Autone rêvait bien. Et il aimait qu'on lui ramène quelques fragments du monde des vivants. De l'affection, ce genre d'affection qu'il avait ressenti il y avait un siècle et demi environ, dans une forme plus distante. Il avait été seul, si seul... Il était un peu moins seul. Quelqu'un avait posé son regard sur lui, et avait vu l'enfant terrifié qu'il était. Dans l'aura d'Autone, il vint se blottir, sa liturgie se muant en sanglots primitifs, hurlements d'un coeur blessé. Il avait déjà eu ces sanglots, des années auparavant, quand son âme s'était brisée, et quand les abîmes l'avaient appelé. Entre ses larmes d'étoiles et ses cris d'amour, il avait imploré les Huit, avait supplié que rien ne soit réel. Que rien ne soit réel, que rien ne soit réel...

Une sorte de fatigue céleste vint se poser sur ses épaules, alors que ses larmes épuisaient son énergie. Allait-il disparaitre, s'il cherchait le repos ? Il eut un léger froncement de nez. Cette question aussi, il l'avait déjà posée, allongé sur la pierre froide d'une Cour du Domaine, le visage inondé de sa peine. Autour d'eux, dans le rêve, l'ancien Domaine Baptistral se dessina, dans ses tons pastels d'été. Un son lointain d'écoulement d'eau leur parvint, une odeur minérale de pierre fraîche, et quelques rayons de soleil se déposèrent sur leurs peaux. Il allait disparaitre, il allait se reposer, loin de la réalité. Ses gémissements de douleur s'étaient tus. Un long soupir appuya un peu plus son poids plume de spirite de la Chouette contre Autone. Alors il réalisa son étreinte, et entendit son chant. Il aimait ce chant. Son âme s'y appuya comme une tête malheurse sur un sein maternel. D'Autone émanait tant d'apaisement ! Elle savait comment faire. Elle savait comment bander les plaies à l'intérieur de soi. Elle était si forte. Une petite lueur d'espoir là où tout n'était que réflections pâles. Peu à peu, Dawan calqua sa respiration sur la sienne, et sur sa berceuse. Les images s'éloignèrent. Le bandeau détrempé qui avait masqué son regard se dissipa, dévoilant des yeux clos. Une lumière faible paraissait pulser au milieu de son sternum. À son esprit s'imposa brièvement l'image d'Achroma, sans qu'il sache pourquoi. Il lui aurait bien fait un câlin, à lui aussi. Après tout, ne se comprenaient-ils pas ? Non... Il avait oublié. Lui aussi avait dû forger un bouclier par-delà la mort, par-delà les lois du monde, pour affronter une douleur par-delà l'harmonie.

Le chant devint des paroles, et Dawan eut l'étrange sensation de sortir d'une transe. Quelque chose l'avait purifié de sa peine, ramené à un état plus neutre, comme s'il sortait de sommeil. Tout lui paraissait neuf, comme si ses sens devaient retrouver leurs repères dans le monde de l'éveil. Ses yeux se plissèrent devant la lumière, quand bien même il pouvait l'affronter, n'étant pas mortel. De son énergie il pouvait à nouveau disposer, mais le peu de mouvements qu'il fit, pour mieux s'installer contre Autone, lui donna l'impression que son corps était un corps neuf, immaculé. Il tourna sa petite mine aux yeux embrumés d'humidité et de distance vers celle qui s'était faite mère. Souvent il "trébuchait" dans les rêves. Mais pas dans celui-ci. Celui-ci était spécial. Mais comment expliquer à quelqu'un qui n'était pas lui, qui ne voyait pas les constellations mouvantes et les règles métaphysiques qui les dirigeaient ? Elle-même commençait à douter, à mettre en doute le réel. Lui, il commençait à perdre ses mots. Il abandonna l'idée de formuler une réponse à l'image de celles que les bipèdes se faisaient communément. De toute façon, ce n'était pas son fort.

"- Oiseau."

Répondit-il, dans un murmure. Ses yeux se fermèrent à nouveau, alors qu'une musique montait, omniprésente, venue de nulle-part. Une vièle qui contait un courant de vent léger et paisible, et des battements d'ailes. Elle contait la fin de cette brise, comme elle saisissait sereinement la main qui toujours avait été tendue vers elle, celle où elle était destinée à se nicher. Chacun s'acceptait, et le regard sage et paisible du battements d'ailes veillait sur eux.

"- Un oiseau. Toi. Oiseau. Il va venir. Tu le verras. Tu comprendras. Un oiseau... Toi... Oui, tu sauras. Ne t'inquiète pas. L'oiseau et toi, vous vous trouverez, vous vous reconnaitrez. L'oiseau..."

C'étaient toujours des murmures, sur le ton d'un secret qui se dévoilait, juste assez fort pour que la musique distante ne les couvre pas. Comprendrait-elle ? Oui, elle comprendrait. Autone était une femme à l'esprit aussi vif que son coeur était bon. Elle trouverait les mots là où lui n'entendait que musique.
Des ailes noires passèrent non-loin d'eux. Un regard brillant, mais tranquille. Un simple messager. Il se posa, les observa un bref instant. Il disparut lorsqu'une bourrasque de vent fit de lui un tourbillon de cendres.


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Elle voyait l’enfant, qui pleurait et criait, avec une détresse qui n’avait rien des troubles juvéniles qu’un garçon privilégié comme Kyran avait au quotidien. Pourtant Autone voyait par moment la chevelure pâle roussir, puis revenir à la normale. Elle se battait contre cette vision, celle de son fils qui appelait les bras de son père. Cette détresse qui venait du deuil et naissait d’un souvenir d’amour, pour croître dans un manque profond. Autone caressait les cheveux de l’elfe alors que dans sa conscience se répétaient les mots qu’il ne méritait pas cela. Dawan, lui qui avait rempli les jours de tous d’amour et de vie, était mort d’un amour trop puissant, brisé.

Un sentiment de colère naissait dans la poitrine du rossignol. C’était le lien qui lui avait fait cela, et il pouvait ravager encore bien plus. Luna, elle ne pourrait pas la protéger de cela. L’amour perdait son sens lorsqu’il était aussi innaturel, forcé par la magie. Les gens se lient les uns aux autres tous les jours, par choix, par sentiments réels et ils n’en mourraient pas. Pourquoi le lien devait-il être aussi destructeur? Et si Achroma devait retrouver sa mémoire, en-mourrait-il?

Autone releva la tête, observant le domaine baptistrel qui s’élevait dans le paysage onirique. Il l’apaisait, cet endroit où elle avait trouvé la paix. Les baptistrels lui avaient appris à aimer, à guérir et à grandir. Autone baissa les yeux sur les mots murmurés du Chanteciel. Les sourcils froncés, elle tentait de comprendre ce qu’il lui expliquait, comme une énigme révélée en secret. Elle vit, et entendit alors le battement d’ailes noires et ramassa une plume qui tomba dans ses cheveux. Elle observa la plume, l’air de comprendre. Puis la forme éthérée d’un oiseau qui passa devant ses yeux avant de sombrer dans le sommeil revint à sa mémoire. Une forme semblable s’était présentée à elle, lorsqu’elle avait rencontré l’esprit du gerridae.

« La corneille. Je ne savais pas que…j’ai espéré qu’elle se lie à moi, mais je n’avais pas espéré tant de chaos. »

Elle regrettait à présent ses souhaits, bien qu’une partie d’elle était enthousiaste. Si elle parvenait à tempérer le chaos, cela serait utile à ses projets de briser les chaines des Graärhs.

« Mais alors toi, Dawan? J’ai un instinct que tu n’es pas qu’une vision. »

Elle se mit à caresser ses cheveux à nouveau, le tenant toujours dans ses bras, où il pouvait reposer comme un enfant. Doucement, elle se mit à lui parler de leur monde, comme pour l’apaiser.

« Tu sais, Luna as tellement grandi. Elle a toujours cette flamme blanche et puissante en elle. Et elle s’est mariée, avec Orfraie Ataliel. Elle est heureuse, Luna, son cœur est étanche de toute impureté. Comme toi. »

Elle baissa la tête, pour regarder le petit elfe qu’elle avait prit sous son aile. « Et, Matis et moi, avons eu deux enfants. Un garçon et une fille, des jumeaux. Parfois je pense à cette nuit où tu nous as vu danser et où tu as essayé de lier nos mains, comme dans la tradition matrimoniale elfique. Je me dis que c’est toi qui lui as planté cette idée dans la tête et j’étais tellement terrifiée tu sais. Les humains, ils croient qu’une femme leur appartient une fois qu’ils l’ont épousé, je ne voulais plus appartenir à personne, jamais. »

Autone s’efforça de ne pas pleurer, elle se sentait coupable de rappeler à Dawan l’idée du deuil, quand ce qu’elle avait voulu faire au début, c’était l’apaiser.
« Si tu n’es pas qu’un rêve, ou qu’une vision…Si tu le vois Matis, tu pourras lui dire? Qu’il m’a rendu toute la force et le courage que j’aurais dû porter depuis longtemps. Que je l’ai aimé…avec toute cette force. Que je ne l’oublierai jamais. Que je suis désolé… de ne pas avoir pu lui donner toute ma fidélité, comme lui m’a donné la sienne. Et que je l’attendrai, dans cette vie ou la prochaine. »





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Dawan observa longuement la corneille, y comprit lorsqu'elle ne fut que cendres dispersées. C'était un bel oiseau. Le Chanteciel s'émerveillait de ces plumes noires en lesquelles il découvrait une compagne de ce monde à la fois si peuplé et si vide. La reverrait-il ? Pourrait-il lui parler, la caresser ? La connaître ? Il doutait qu'un Esprit-Lié trouvât quelque intérêt à échanger avec lui. Fut-il le premier voyageur onirique, qu'en aurait fait la Corneille ? Ils étaient semblables en bien des points, par leurs essences.
Il n'y avait pas de chaos à travers son regard. Ce qu'ils vivaient, ce qu'ils venaient de découvrir, ce n'était jamais qu'un détail d'une fractale beaucoup plus grande, et leur petitesse ne voyait le chaos que parce qu'ils ne pouvaient avoir assez de recul pour tracer les premiers calculs. Pour qui abandonnait l'idée d'une attente envers le monde, le chaos disparaissait. Que l'esprit était insignifiant, et les yeux opaques ! L'elfe aux yeux d'étoiles eut un faible sourire, qui ne s'adressait à personne en particulier. Il s'amusait tout seul, de considérations qui lui devenaient de plus en plus habituelles, puisque l'éternité l'éloignait de soucis plus pragmatiques.

Les caresses étaient dans ses cheveux comme une brise sur la soie. Il les appréciait, par réflexe, et ses yeux se clôrent pour mieux en profiter, sans vraiment savoir si cela ferait une quelconque différence. Pas une vision... Il avait abandonné l'idée de trouver quelque exemple pour le démontrer aux plus réfractaires une réalité dont lui-même doutait parfois. Tout juste pouvait-il affirmer ce dont il était sûr, et le suivait qui voulait. Il le dirait à Autone... Plus tard. Ce n'était pas le moment. C'était le moment de détendre ses muscles, sentir toute l'énergie y passer de nouveau, s'y reposer, et sa respiration amener en son corps la fraîcheur d'un air venu de contrées paisibles. Ce fut son aura qui eut un sourire à sa place, quand Luna fut évoquée. Oui, il savait... Il avait même été au mariage. Il avait goûté du chocolat pour la première fois de sa vie ! Mais il estimait ne pas avoir assez goûté. Qu'il était dommage que Valmys lui ait signifié avec insistance qu'il devait veiller à ne pas en abuser... Tant pis. Faute de pouvoir être sûr, Dawan continuerait d'affirmer préférer les myrtilles.

Le nom de Matis valut un petit mouvement d'oreilles pointues, comme pour signifier son attention. Eh ! Qu'y pouvait-il ? Matis était abdominalement inoubliable. C'était une tragédie qu'il ait refusé jadis de porter quelques robes. Ces vulgaires armures qu'il portait ne le mettaient pas du tout en valeur. Mais c'était bien vrai que son plus beau profil était celui qu'il avait en posant son regard sur Autone. Qui pouvait craindre pour la mariée devant un tel regard, une tendresse venue du fond du cœur, prête à brûler pour toute leur fougueuse existence d'humains ?

Mais c'était de la peine qu'il ressentait derrière lui ? La présence de Dawan, comme de l'eau que l'on verse d'un vase à l'autre, passa derrière Autone, pour l'enlacer à son tour, délicatement, sans forcer, sa petite bouille posée contre les cheveux du rossignol. Il retira la culpabilité de la grande enfant lorsque les mots lui échappèrent, fit en sorte de la maintenir en lui pour qu'elle ne retourne pas voir sa source. Là, là, tout allait bien se passer. Il lui offrit en échange de l'amour serein, adulte, et fort, ce même amour dont elle avait parlé, qui ne trouvait désormais de miroir. C'était.... Tout ce qu'il pouvait faire, à sa connaissance.

"- Autone, Autone..." Les mots étaient toujours un peu compliqués. Il les retrouvait peu à peu, mais cela coûtait à son esprit mille tourbillons de pensées. La musique, la berceuse, qui les accompagnait, parlait sans doute bien plus clairement que lui. "J'ai vu Luna, et j'ai vu Aldaron. Ils m'ont vu aussi. J'ai goûté aux sucreries et à la joie du mariage de la princesse des lumières, à travers les yeux de mon Enwr Valmys. Ici..." D'une main, ouverte, il désigna l'environnement bucolique qui les entourait. "Je vais de rêve en rêve, de cauchemar en cauchemar, et j'essaye d'apaiser les dormeurs. J'ai la sensation que c'est ce pour quoi je suis ici, et non pas là où je m'attendais à être..." Il avait répondu, sans vraiment répondre, présentant comme une évidence l'inachevé et le manque d'harmonie de sa mort.

Néanmoins il n'était plus question de cela, désormais. Les mots d'Autone tombaient peut-être dans les oreilles d'un elfe avec quelques soucis pour fixer son attention, mais sa capacité à tout percevoir pour se le remémorer ensuite n'avait pas disparu. Un indice, surtout, un détail, ne lui avait pas échappé. Peu à peu, le Domaine s'éloigna, masqué par de lourds drapés aux couleurs chaudes qui, désormais, les entouraient. Comme une chambre de princesse. Ou un de ces châteaux imaginaires que les enfants construisait avec une couverture posée sur la table. Le sol se couvrit de coussins et de tapis lourds de broderies, de celles que les gens du désert avaient apportées au Protectorat, mais mêlées de tissus elfiques. Dans des coupes colorées, le thé, le café, le chocolat chaud, et les loukoums, firent leur apparition. Se glissant en face de sa protégée, Dawan attrapa une peluche à l'effigie d'un célèbre dromadaire, qu'il lui tendit. La musique s'était peuplée de trilles, comme des pépiements d'oiseaux, et quelque étincelle malicieuse brillait dans le regard du Chanteciel.

"- Ne m'as-tu pas dit que quelque personne préoccupait ton cœur ? M'en parleras-tu ? Me parleras-tu de ce qui fait briller tes yeux dans l'autre monde ?"


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Elle sentit sa culpabilité, sa détresse couler en Dawan, être capturée. Autone eu le réflexe de vouloir la rattraper, comme si elle eût échappée quelque chose de précieux. Non, elle ne voulait pas qu’il le ressente, elle ne voulait pas lui faire mal. « Non… » murmurait-elle sans vouloir l’expliquer. Il comprendrait, non? Qu’elle craignait pour lui, qu’elle ne s’attachait pas à cette douleur. Ou plutôt c’est ce qu’elle se faisait croire. Elle s’était cousue à son deuil, pour ne pas laisser aller ce qu’il lui restait de son mari. À défaut d’être sa femme, elle serait sa veuve, s’attacherait à cette identité.

Son regard s’éclaira lorsqu’il parla du mariage. Elle se réconforta dans l’idée que tout était vrai. Cela devait être réel, elle avait besoin de cette idée. Puis le paysage changea, vers quelque chose de plus familier. Dommage, pensa-t-elle, puisqu’elle avait toujours trouvé les arbres plus réconfortants. La richesse, elle la côtoyait déjà, beaucoup trop. Elle ne savait plus ce qu’elle voulait et n’était pas certaine de vouloir s’échapper.

Apaisée, la conseillère s’assied sur un coussin, oubliant l’inconfort de sa cabine navale. Elle vit sa longue robe rouge se dessiner sur sa silhouette, celle qu’elle avait porté à la cour de Gloria, à la naissance de son amitié avec Saemon. Une servante passa derrière elle et s’approcha pour brosser ses cheveux, puis s’en alla. La petite femme prit la peluche dans ses mains et la retourna pour regarder dans les yeux brodés, curieuse. « Mon cœur… »

Elle ramena la peluche contre sa poitrine et gloussa en songeant qu’elle aurait voulu avoir le courage de ce dromadaire devant la mondanité de Caladon. Puis son sourire s’éteint aussi rapidement, elle baissa les yeux et réfléchit. « Je n’y penses pas. J’ai erré depuis la fin de la guerre, j’ai travaillé pour ne pas penser… »

Elle serra un peu la peluche entre ses bras et posa son regard sur Dawan.

« Achroma…est revenu à la vie…Et il porte le nom d’Ivanyr maintenant. Et je l’aime beaucoup, il m’a demandé d’être sa mère. Je l’ai adopté…Ou plutôt il m’a adopté comme maman. » Elle rit doucement.
« Aldaron est celui qui donne un sens à mon travail…Je ne devrais pas faire dépendre cela de lui mais je ne peux pas me mentir non plus. Je crois en lui, j’aurais voulu qu’il reste. Quand il m’a dit qu’il allait partir, je me suis dis qu’il aurait pu attendre que je meure. Parce qu’il est un elfe, mais c’est égoïste. Aldaron et Ivanyr, ils méritent de vivre leur amour, maintenant, d’être heureux maintenant.

Je veux qu’ils soient heureux. Je m’inquiète pour Ivanyr, tout le temps. Il est…troublé. Je veux le meilleur pour lui, mais il est grand et je suis toute petite. Je me sens impuissante, pour son bonheur. »






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Bobosse frotta doucement le bout tout doux de son museau contre le menton d'Autone. Il peinait à la comprendre, et savait tout juste reconnaître les sentiments qu'elle évoquait. Ce n'était pas grave. Dawan avait tout le temps pour jouer aux traducteurs, dans son éternité.

Le bout de ses lèvres effleura la surface chaude du thé. Il y allait avec prudence, pour le plaisir d'imaginer qu'il pouvait encore se brûler. Une odeur de cannelle, de clous de girofle et de gingembre, vint se déposer sur ses joues et sur le bout de son nez. Le goût était doux, et réconfortant. Le Chanterêve ferma les yeux. Autour d'Autone, le monde changea à nouveau. L'aura de Dawan était toujours présente, tout autour d'elle, pour lui assurer qu'il ne l'avait pas quittée. Mais il avait quelque chose à lui montrer. Parce que trop souvent les mots ne suffisaient pas.

Le faste et la chaleur de leur dînette se mua en un ciel clair, bercé d'une légère brise. C'était un ciel connu, celui que l'on retrouvait partout : ce même ciel immense qui portait les oiseaux, les bateaux, les mots, et les idéaux. C'était ce ciel qui manquait de dragons, mais qui veillait toujours sur les petits êtres dans leurs petites maisons. Ils étaient là, en bas. Ils s'agitaient. Des personnes faisaient la lessive. Des personnes transportaient des objets, d'autres en fabriquaient. Des personnes jouaient en piaillant. Des personnes aboyaient, miaulaient, escaladaient, suivant le cour habituel d'une existence terrestre veillée de céleste.
Elle, Autone, elle était un petit bout de tissu. Un très joli bout de tissu auburn, qui voletait très haut. Elle était légère, et douce. Et elle pouvait contrôler son vol ! En bougeant ses coins, elle pouvait aller à gauche, à droite, plus haut, plus bas. Elle pouvait aller très très haut, jusqu'à ce que les maisons soient tout juste des toits, ou très bas, effleurant la poussière, saluant les insectes. Qui pouvait se targuer de faire si bien, si facilement, et en dérangeant si peu de gens ?

Délicatement, Dawan orienta l'attention du petit bout de tissu. Là, il y avait une jeune personne poursuivie par une personne adulte, plus costaude, au visage rouge de fureur. La personne adulte brandissait ce qui ressemblait à un fouet. L'enfant eut la bonne idée de passer par le marché, un terrain un peu plus accidenté, mais où l'adulte persistait dans sa course. Le fouet était de plus en plus proche. Il aurait pourtant suffit de peu. De si peu. D'un petit bout de tissu.

Dawan laissa à Autone le temps de faire ce qu'elle voulait ou ne voulait pas faire. Lorsqu'il eut la sensation que ce qui devait être fait l'avait été, il fit tranquillement disparaître la scène, les ramenant à leurs thés et loukoums. Sa propre tasse était finie. Ses lèvres étaient encore humides, brillantes de thé et des loukoums chapardés subtilement. Bobosse s'était roulé en boule sur les genoux du rossignol.

"- Je t'ai déjà parlé de l'harmonie, Autone ?" Il eut un sourire amusé. C'était si... Vu et revu. Un baptistrel parlant d'harmonie. Qui espérait-il surprendre ? "Je pense que tu es une part de cette harmonie. À ta façon." Il eut un long soupir, en s'enfonçant davantage dans son coussin. Au loin, de légères notes de flûte ancienne se firent entendre. "Un peu comme la vie, et la mort. Le cœur, et la raison." Il craignait qu'à n'écouter son cœur, l'Imbrisée ne s'abîme.

"- Que feras-tu à ton réveil, toi qui vois d'autres temps ?"


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Tout devint noir, elle se sentit voler, comme le feu se déplace dans l’air, elle dansait. Elle n’avait pas peur, elle était légère, il ne pouvait rien lui arriver. Mais eux, en bas, étaient fragiles. Autone aurait voulu rester là-haut, mais elle ne pouvait pas voler, elle ne pouvait que tomber. Elle sentit Dawan l’appeler dans une rue et s’enragea de la violence répétitive. Cette fois elle était là, elle fonça, se plaqua contre les yeux de l’homme, l’aveuglant, il resta confus et voulut la dégager se son visage. Mais elle n’allait pas le laisser faire. Elle n’allait plus laisser qui que ce soit faire. Cette forme lui appartenait et si elle était perdue, si elle n’avait jamais su qui elle était réellement, elle savait qu’elle pouvait brûler.

Alors elle brûla, comme la belladone brûle l’esprit des dames, elle brûla les yeux de l’homme et s’envola dans les cendres.

Lorsqu’elle revint à son corps, elle observa l’elfe, sereine, comme si elle venait de purifier toute la violence de ses cauchemars. Autone prit le chameau entre ses mains et le relâcha, comme pour l’inciter à marcher plus loin. Puis lorsqu’il partit, elle laissa ses mains fermées et un feu naquit. Elle entendait les braises éclater, craquer un bois qui n’était pas là. Il n’y avait que ses mains, brûlant sans douleur, sans blessures et sans violence. Sa peau était intacte mais elle brûlait. Un feu pâle, chaud, mais pacifique. La pièce tout entière s’embrasa, mais rien ne fût détruit. Le feu s’emparait du monde sans lui faire le moindre mal. Elle releva la tête, regarda l’elfe dans les yeux. Autone se sentait absente, quelque chose venait de s’envoler. Son corps était entouré et embrassé par les flammes. Non, elle ne brûlait pas, rien ne brûlait. Les flammes agissaient comme l’eau calme.

« Je ne connais pas l’harmonie. Peut-être l’équilibre, mais seulement parce que je suis une combattante autant qu’une guérisseuse. Une bête, tant qu’humaine. C’est chaotique, ce qui m’a créé, et je n’ai pas appris à l’harmoniser. »  


Ce qui l’avait créé, ça n’avait rien à voir avec ses parents. C’était le chemin qu’elle avait emprunté, ce qui l’avait forgé, pour qu’elle réalise finalement qu’elle n’avait rien forgé par elle-même, que tout était à recommencer. « Je ne sais pas. J’aimerais juste trouver un sommeil normal. Un sommeil sans rêves. »  

Elle avait levé les yeux vers le ciel, comme adressant une prière, même sachant que personne ne les écoutait. « Mais je ne peux plus m’apitoyer sur mon sort. Je suis une corneille, avec des ailes qui ont une volonté propre, soit. Je dois apprendre à voler, à dominer mon esprit. Il m’appartient. »  

Sa peau s’était doucement embrasée, elle s’envolait presque, se sentait partir. « Tu sera toujours pour moi une image de pureté. Merci Dawan. »  Elle ne voulait pas qu’il parte. Elle ne voulait pas oublier son visage. Si les esprits ne pouvaient entendre ses prières que quelque chose l’en empêche. Elle voulait se souvenir de chaque détail de ce rêve, pour toujours.





Nous nous sommes étendus
Dans la soie de nos regards

J’observe à présent le néant de l’irréalisme
Que tes yeux ont brûlés avec ton corps

Dis-moi, ai-je échappé mon cœur sur ce bucher?

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Longtemps il aurait pu disserter sur l'harmonie, l'équilibre, et leur lien passionnel avec le chaos. Peut-être Autone se croyait-elle hors d'harmonie parce que chaotique. Dawan, lui, n'y voyait qu'une facette de plus dans l'immense symphonie qui composait le monde des vivants. S'il paraissait lui-même lointain, le regard perdu dans les flammes et un sourire béat sur les lèvres, il avait dans l'effet sur son amie portée une attention emplie de tendresse. Il la trouvait belle, telle qu'elle était, à embrasser sa place comme elle embrasait son âme. Cela lui allait si bien, le feu, dansait avec ses cheveux auburn.
Non, il n'allait pas prendre la peine de lui faire un grand discours. Cela l'aurait perdue plus qu'aiguillée. Elle était déjà sur sa propre voie, par ses propres moyens. Dawan revoyait à travers elle un être de feu qu'il avait énormément aimé, et la chaleur ressentie quand il l'avait pris dans ses bras. La voix des maîtres évoquant les éléments vint en mélodie de vent caresser les flammes derrière lui. La notion de combustible, de comburant. La lumière et la chaleur ne se créaient pas sans rien. Ceux qui chantaient les flammes avaient ce charme-là.

Avec un petit pincement au cœur, Dawan vit l'évanescence d'Autone. Ah, elle arrivait à la fin de ce fragment de sommeil voué aux rêves. Être un rêve était parfois frustrant. Jamais il ne pouvait être certain de ce que l'esprit emmenait avec lui à l'éveil. Allait-il être oublié ? Oh, tout de même, un rêve aussi important qu'un toucher d'ailes noires... Non, elle n'allait pas l'oublier. Cela ne l'empêcherait pas d'attendre avec impatience de la revoir, pour découvrir ce que la réalité avait pu créer.

Il s'était saisi d'un loukoum, et ce dernier venait encore sucrer le rose de ses lèvres lorsqu'Autone lui parla de pureté. Un rire de grand enfant glissa le long du loukoum. Lui, la pureté ? Pas plus qu'un autre. Il avait vu les morts. Il avait vu les tortures. Il avait vu les guerriers tenir leurs tripes en attendant les soins. Il avait entendu les lamentations des parents pleurant leurs enfants. Et lui ? Il avait joué de la vièle, parfois soigné, parfois essayé de discuter avec les Huit. Rien qui ne fasse de lui cette utopie qu'était la pureté. C'était quelque chose en quoi il ne croyait pas.

Autone disparaissait de plus en plus. Alors il tut son rire, pour la réconforter :

"- Tu n'auras qu'à m'appeler, et je serai là."

Seul au milieu des flammes, il cacha le loukoum entre ses lèvres, avant de siroter son thé, dans une imitation parfaite du jeu de la dînette : de la nourriture pour l'imagination, rien de plus.


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