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Une plage de Caladon
5 Septembre 1763


Dieux qu'il avait du mal avec les vacances...
On lui avait sommé de se reposer, de se détendre, de se prélasser sur le sable chaud, sans rien faire. Cela devait lui faire du bien aux os, à ses rhumatismes et tout ce qui clochait avec son corps. Et effectivement il sentait ses muscles se dénouer, et son corps s’amollir doucement. Mais au lieu de le calmer, cela ne faisait que l'agacer. Il avait fui l'ennui toute son existence et on le punissait encore de repos sous prétexte que sa santé était fragile. Oui il avait failli mourir plusieurs fois d'une attaque cardiaque mais bon... ce n'était pas une raison pour le laisser dépérir sous un parasol, les vêtements irritants plein de sable et la peau agressée par les embruns marins ! En plus, le repos n'était même pas de bonne qualité, car les plages étaient petites, et surtout étriquées entre les embarcadères bruyant du port. Sur les pontons les marins et dockers s'activaient, chargeaient et déchargeaient des caisses de marchandises, en agrémentant le paysage sonore de leur accent chantonnant et surtout de leur argot fleuri et subtil.

Il avait accepté de mauvaise grâce d'aller à Caladon sous prétexte que sa petite-fille et sa femme voulaient découvrir les marchés et surtout les belles étoles. On lui avait vendu une cité de plaisance et un lieu idéal pour se détendre et découvrir pleins d'objets curieux. Mais tout d'abord, il trouvait qu'Ipsë Roséa était plus plaisante parce que bien plus jolie grâce à l'apport culturel des elfes, certes moins fournie en objets curieux, mais par conséquent moins bondée de foule et bien moins bruyante et vulgaire.
Puis on l'avait trainé contre son gré dans les multiples échoppes des différents charlatans, non, "marchands caladoniens", et ça n'avait pas été non plus. On lui reprochait d'abord son mutisme et scepticisme, puis quand il s'était enfin mis à parler, on lui avait demandé de se taire. C'était absurde ! La tradition marchande comprenait pourtant bien une certaine part de négociation, et il avait décidé de l'honorer. Ce n'était quand même pas sa faute si chacun des articles de chaque boutique était bien trop cher par rapport aux prix normaux... Le cours du textile n'était vraiment plus ce qu'il était... De son temps... On pouvait s'habiller décemment sans être dépouillé d'une valeur d'au moins 3 génisses !

Les femmes avaient décidé de se séparer de lui, comme d'un garnement qui aurait fauté. Dur d’apprécier la beauté du paysage dans pareilles conditions. Heureusement il avait fait l'acquisition de bonnes pièces de viande de moutons, bien grasses et riches, cuites à la broche et garnies dans un pain blanc saucé et tapissé de légumes frais, pour pouvoir les déguster sans couverts. Cela faisait bien longtemps qu'il n'avait pas expérimenté une telle nourriture, si typique des coutumes culinaire du bas peuple. Un "plat d'honneur" quelque chose que ça s'appelait... Il pouvait bien en gouter quelques bouchées et laisser le reste à ses filles pour s'excuser de son attitude.

Enfin... si ces maudits oiseaux de malheur ne parvenaient pas à lui subtiliser son colis ! Un essaim de mouettes, alléché par l'odeur, s'était réuni autour de son parasol et de ses affaires pour guetter l'instant propice où elles pourraient se jeter sur le trésor juteux. À chaque fois qu'il se levait et agitait les bras pour les faire fuir, elles s'en allaient en sautillant bêtement et émettait des coassement idiots et jetaient des regards outrés stupides au cupide bipède, gardien de la manne tant convoitée. Balthazar était à deux doigt de dégainer sa rapière et de tenter d'embrocher les volatiles mais il savait qu'il se fatiguerait bien avant d'avoir frôlé ne serait-ce qu'un bout de plume. Si seulement la magie était déjà redevenue une valeur sûre... il aurait pu dégainer une bourrasque de vent pour envoyer aux cieux ces oiseaux de malheur...

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Aldaron n'était pas très loin. Occupé à ses histoires de bipède. Nahui croyait avoir compris la nature de ses activités. Mais sincèrement... Elle s'en moquait. Cela signifiait juste que Lié n'était pas en train de faire attention à elle. Ronchonne, tant parce qu'elle n'était pas satisfaite que parce que les bipèdes étaient trop bruyants à son goût, la terrible boule de glace sur pattes s'était dirigée un peu plus loin. Sans être isolée du vacarme de Caladon, elle n'avait plus le nez collé à ce dernier.

Elle redécouvrit le sable et l'océan avec enthousiasme, bondissant les quatre pattes en avant dans chacun d'eux. La sensation du sable s'écartant sous elle était des plus amusantes, et les divers clapotis qu'elle pouvait produire en frappant l'eau la fascinaient autant que les bipèdes pouvaient se fasciner de leurs instruments de musique. Son petit museau fouina les rochers, à la recherche de la vie qu'elle croyait y percevoir. Elle reçut un coup de pince mécontent d'un crabe, et se décida à retourner bouder sur le sable humide, après s'y être creusée un pseudo-nid. Là, ainsi la vie était parfaite, confortable et fraîche.
Cela dura jusqu'à cet instant où les vagues vinrent chatouiller le menton de l'Immaculée, qui se redressa vivement, avec un grognement menaçant. L'océan parut peu réceptif à sa terrifiance, aussi Nahui se résolut-elle à se trouver quelque autre occupation.

Alors, elle le sentit. Lui. Celui qui pouvait résoudre tous ses soucis d'un coup. L'odeur chatouilla ses narines, et elle demeura figée un instant à en profiter. Viande. Viande bien cuisinée, avec de l'accompagnement. Bien grasse... elle devait être tendre sous es crocs, et si goûtue ! Faite pour elle. C'était certain. Sans réfléchir davantage, la dragonnette trottina jusqu'à la source de l'odeur.
De ce que ses perceptions lui indiquaient, c'était pour le moment un bipède qui surveillait son repas. Ce dernier devait être dans une de ses mains, celle qu'il tenait bien à l'abri des mouettes. Sa petite langue passa le long de ses lèvres, comme pour mieux percevoir cette nourriture qui l'attendait déjà.

Mais en deux mois, la petite avait eu le temps d'apprendre cette vérité bien dramatique : les bipèdes ne comprenaient pas toujours qu'il fallait tout donner au Dragon. Parfois ils faisaient de la résistance, oubliant que ces créatures de vingt centimètres devenaient des cracheurs de feu de plusieurs centaines de mètres de haut, avec une excellente mémoire. Et si ce bipède-là en était ? Il avait l'air peu partageur. Bruyant également. Attirer son attention par quelques grondements était donc exclus. Quel pouvait donc être le plan ?
Bondir sur le repas et partir avec ? Nahui n'était pas sûre de la forme dudit repas. Nulle magie ne coulait en lui, elle ne pouvait se fier qu'à son odeur. Quant à attaquer le bipède.... Il paraissait grand, et violent, si l'on en croyait les cris outragés des mouettes. Il n'y avait pas mille solutions : elle allait devoir faire en sorte que le bipède mette de lui-même la nourriture dans sa bouche. Mais là, il paraissait davantage préoccupé par les volatiles - alors qu'ils étaient moins importants qu'elle.

Nahui attendit une brève éclaircie, un instant où les mouettes n'étaient pas aussi proche, pour commencer son attaque. Du bout du museau, elle donna de petits coups aux morceaux de Donneur-de-Viande qui étaient à sa portée. Elle continua avec quelques coups de papattes, puis de langue. Quand enfin elle eut son attention, elle s'écarta un peu, s'asseyant sur son séant, la tête bien droite, sa jolie queue épineuse enroulée autour de ses pattes, son regard aussi perdu dans le vide que d'habitude. Là, voyait-il combien elle était merveilleuse ? Combien elle était la future alpha de la Nuée ? Bien. Puisqu'il l'avait admirée, il comprendrait, désormais. La petite ouvrit le bec, dévoilant tout ce qu'il contenait, mais sur tout, le chemin à emprunter pour ce qui faisait cette si bonne odeur.

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"Non vraiment... c'est grotesque !
Je ne me suis pas péniblement trainé jusqu'à mes 65 ans, survécu à trois guerres et deux putsch, une diaspora de mon peuple après un exil massif suite à la menace d'extinction de toute ma race pour me faire voler ma pitance par des mouettes !"

rouspeta Balthazar. Il avait fini par prendre la menace au sérieux et comme la plupart du temps quand il était irrité, il perdait toute commune mesure dans la tenue de ses propos. On ne pouvait pas dire qu'il avait sa langue dans sa poche, vu comme elle pendait et remuait tel un gibier de potence.

"Ouste ! Du vent ! Rats volant de saumure ! Emplumés croupis ! Ce n'est pas pour vous !"
Absorbé dans son terrible combat ou les insultes guindées mais imaginatives ne rencontrait qu'une obstination aviaire pour l'incompréhension, Balthazar ne fit pas attention au petits coups que son mollet subissait. Les mouettes possédait une certitude, alimentée par la persévérance inébranlable dans le domaine culinaire des nourritures riches et grasses des marins :
À un moment, l'humain allait laisser une fenêtre d'ouverture, il allait laisser un point faible apparent, et alors, chacune d'elle aurait une chance égale de remporter le butin à la place des autres. Et il fallait être prête car ce moment pouvait arriver à tout moment. Et Balthazar était convaincu que si cette foutue magie n'avait pas foutu le camp, il aurait foutu une foutue raclée à ces foutus piafs.

A moins que...

A moins que la nature impose un tout autre instinct à leur petit cerveau étriqué. Que l'insctinct de préservation ne préfère la fuite et le jeûne plutôt que le combat pour la pitance.
La prédation. Un animal plus gros, plus puissant, mieux armé, et surtout près à voler leur butin mais aussi un bout de leur propre corps au passage s'il le fallait.

"Mais... ?! Ça gratte ?!"
Un instinct divin peut-être retint le vieil Archonte d'Ipsë-Roséa de décocher un coup de pied à ce qu'il pensait être un goéland plus téméraire que les autres. La sensation était étrange, à la fois rugueuse et douce mais surtout gluante. Il posa alors ses yeux sur la créature qui requérait son attention et fut aussitôt assailli dans son esprit, via son don d'empathie, de son empreinte mentale.

"J'ai faim. J'ai faim et tu vas me nourrir."

Avant même de réaliser à quoi il avait à faire, il réalisa que le ton employé n'était pas l'impératif. C'était bien plus puissant qu'un ordre car il s'agissait d'une affirmation, du genre de celles qui disent que l'eau mouille et que le feu brûle. Il s'agissait de l'énonciation d'un fait dont l'évidence frisait l'arrogance. Une seule espèce au monde pouvait produire sur les autres cette impression d'un effort immense pour se rabaisser à leur niveau, quand il s'agissait d'entrer en communication avec elles.

Nahui, tu as éclos il y a quelques mois après qu'on ait pu récupérer ton oeuf des mains des chimères. Tu es blanche-bleue, hérissée d'écailles et trapue. Tu as une cicatrice qui t'a rendue aveugle de naissance et des écailles épaisses et dures pour te protéger, car les chimères ont tenté de te briser sans relâche. Que les espions et messagers manquaient de poésie... Comment pouvait on rapporter un tel récit avec tant de froideur quand on voyait se mouvoir le saurien au naturel... Comment pouvait-on réduire à une description aussi plate, cette armure naturelle et mouvante aux reflets couleurs de neiges sur les écailles hérissées, comme si la glace les avait elle même sculpté à la force des zéphyrs et du blizzard, et imprégné de pigments de banquise ses iris voilés.

La dragonnette lui ouvrait grand la gueule, les yeux laiteux fuyant dans le vide mais impossible de se tromper sur l'objet de son attention. Un nouveau compétiteur venait de se lancer dans la bataille pour décrocher le précieux pain fourré de viande grasse. Et pas n'importe lequel. Balthazar sentit soudain le poids de la vieillesse s'abattre sur ses épaules en considérant sa situation et ce qu'il risquait à toucher ou pire, blesser, la petite liée. Il eu presque envie d'abandonner. Après tout, pour quelques pièces, il pouvait s'en procurer un autre "käbak" ou quoi que cette chose ait pour nom...

Mais son orgueil instinctif vint le piquer au vif. Une colère capricieuse s'empara de lui, celle que chaque personne âgée expérimente un jour avant de baisser les bras face à la vitalité insatiable de la jeunesse. Toute leur vie, les humains ainés demandaient du respect à leur descendants, et une fois que les descendants étaient débarrassé des ainés et parvenus à "l'âge respectable", ils comptaient bien obtenir eux aussi le fameux respect que les jeunes leurs devaient en vertu de "l'ordre naturel des choses". Et Balthazar n'avait pas encore baissé les bras à ce propos. Et il comptait bien ne pas capituler face à des mouettes qui ne vivaient guère plus longtemps que les chats, et un dragon qui n'avait pas encore atteint sa taille de mastodonte intouchable.

Mais les dragons étaient des créatures bien plus délicates qu'il n'y paraissait. Elle nétait pas grande mais possédait déjà cet esprit d'enfant gâté et pédant malgré elle. Des traits de caractères avec lesquels il fallait composer bon gré mal gré, le tyran en témoignait du fond de sa mémoire...

Usant de son don de télépathie, il tenta de projeter son message avec plus de douceur qu'il ne le faisait avec ses congénères. Il n'était pas sûr que la dragonnette connaisse bien le langage commun en dehors des échanges avec son lié. La télépathie était le domaine des lézards cracheurs de feu et son don de l'hirondelle devait constituer un bon compromis pour transmettre ce qu'il avait à dire.

"Si tu tient tant à recevoir la becquée, il va falloir la mériter ma belle ! Alors puissant dragon ? Vas-tu laisser ces volatiles de bas-étage concourir à tes côté pour obtenir ce bon repas ? Leur laideur et leur corps disgracieux font insulte à ta beauté et à ta volupté, assurément, ce serait une honte de les voir réussir à repartir dans les cieux, ton domaine naturel, avec la nourriture qui te revient de droit !"

Dans les faits il avait déjà renoncé à son "plat d'hönneur" mais il ne pouvait pas le laisser être englouti par n'importe qui. La dragonne devrait se montrer à la hauteur en chassant ses concurrents et apprendre à asseoir sa domination comme savait si bien le faire son engeance.

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Contre la langue de Nahui, contre l'intérieur fragile et humide de ses joues, contre son palais, contre ses gencives, une sensation qui n'aurait pas dû être prenait ses marques. Les secondes s'égrenant, l'enfant du givre s'offensa de plus en plus de ce qu'elle comprenait de mieux en mieux. Ce froid en elle, ce vent si tangible...
Eh mais oui. C'était le vide. Sa gueule était encore vide. Pourquoi, comment, au nom de quoi ? Qu'est-ce qui pouvait valoir de la faire languir ou, pire, de remettre en question ses désirs ? Rien. Alors ce ne pouvaient être que de fallacieuses raisons qui avaient dirigées Donneur-de-Manger à contenir son instinct, ou à se montrer plus stupide encore que les siens l'étaient. Allait-elle devoir lui forcer la main ? Lui montrer comment diriger la sienne vers sa gueule ? Quelle tristesse, toujours devoir guider les bipèdes. Cela faisait perdre aux dragons un précieux temps, qu'ils auraient pu passer à des tracas bien plus importants pour ce monde, comme, mh... Manger. Eh bien ? Un dragon bien nourri était un dragon qui pouvait sauver le monde ! Il serait plus grand, plus puissant qu'un bipède. C'était plus rentable de nourrir un dragon. N'importe quelle créature pouvait le deviner ! Et avec tout le chaos qui baignait ces terres, tous allaient sérieusement avoir besoin de dragon.

Nahui s'apprêtait à prendre les choses en main, d'une façon ou d'une autre, son énergie fermement dirigée vers le bipède, quand une sensation la surprit. C'était comme une arrivée de Lié dans son esprit, mais en beaucoup moins naturel, subtil, et avec une voix sensiblement différente. Comment se pouvait-ce ? Un instant ancien indiqua à l'enfant la piste d'un esprit-lié. Elle ne chercha pas plus loin, tant que cela parlait de nourriture. Elle sentait les efforts qu'il faisait pour communiquer avec elle. C'était... Louable. Elle devait le reconnaître.

Bien vite, elle comprit ce que recherchait l'humain. Allez, allez, il n'avait nul besoin de ces flatteries pour la convaincre... Mais il pouvait continuer tout de même les flatteries. Se redressant fièrement sur ses quatre pattes, les ailes étendues pour bien affirmer sa dominance sur les cieux -qu'elle n'atteignait pas encore-, et offrir au bipède une opportunité pour admirer cette créature rare et fabuleuse qu'elle était, elle laissa les compliments couler contre ses écailles avec délectation. Il était bien, ce bipède. Il avait de la nourriture et de la lucidité. Au fond, il voulait juste une opportunité de plus de profiter de sa présence, non ? Nahui pouvait le comprendre. Elle avait moult raisons de ne pas honorer sa demande, comme cet instinct de rébellion qui s'imposait à elle chaque fois qu'un ordre lui était donné, par pur orgueil. Mais cette fois... Cette fois le bipède était correct. Elle avait envie d'encourager les bipèdes dans cette voie. Et de manger le repas, aussi.

Sa décision était prise ! La dragonne rapprocha son torse du sol, pliant les pattes arrières, armant ses muscles. Ses perceptions cherchèrent les mouettes. Elles étaient un groupe chaotique, et il était difficile de suivre une mouette en particulier. Nahui regretta de ne savoir encore voler. Au sol, la chasse était déjà passionnante et excitante. Dans les airs, ce devait être un régal. Dans ce cas particulier, elle aurait trouvé jouissif de poursuivre chaque mouette jusqu'à être parvenue aux désirs de Donneur-de-Nourriture. Elle aurait pu lui montrer pleinement ses capacités, et obtenir l'admiration qui lui était échue. Tant pis, elle allait lui donner un avant-goût !
Sans prévenir, la terrible prédatrice s'élança, d'un bond, frôlant de peu la main et la tête du bipède, pour refermer ses mâchoires en un claquement fatal, sur l'aile d'une mouette. Retombant au sol avec elle, Nahui lui laissa à peine le temps de crier de douleur. Ses crocs vinrent briser le cou de l'animal, le réduisant au silence. Ceci fait, la fière créature de givre et d'écailles apporta le fruit de sa chasse sur les genoux du bipède. Là, voyait-il combien elle était habile, et meurtrière ? Devinait-il la menace qu'elle serait dans quelques années, quelques mois ? Elle pourrait encore mieux protéger le monde de leurs terribles ennemis, les voleurs-de-repas. En attendant, il pouvait accepter cette mouette comme... Eh bien, une sorte d'échange ? Comme ça, elle avait la viande qui sentait bon, et lui avait quand même de quoi manger ! Un présent draconique ! N'était-ce pas merveilleux ?

Nahui tourna sa tête vers le Repas. Les mouettes tournaient-elles encore autour ? Elle était prête à recommencer son manège. Au fond, c'était amusant. Mais s'il n'y en avait plus... Elle n'irait pas les chercher. Posée juste en-dessous du Repas, la petite levait la tête, cherchant à percevoir les autres êtres vivants alentours, déjà prête à ré-ouvrir le bec si l'heure était venue de faire plaisir à ses papilles !

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Tiens tiens tiens... Mais comment se nommait se sentiment déjà ?
L'exaspération désespérée et pourtant surprise de re-découvrir, encore et toujours, la vacuité de certaines facettes de l'existence et le passage éphémère de l'existence vers le néant à chaque seconde si importante et si futile que l'on nommait "l'instant présent".

Voilà ce à quoi s'affaira l'esprit de Balthazar Emerloch, tandis qu'il regardait avec apréhension et au ralenti, un dragonnet lui bondir sous le nez, le frolant presque de ses écailles accérées et évitant ainsi de peu de graves lésions cutanées, pour aller arracher la vie d'une mouette qui n'avait rien demandé, sinon de se remplir l'estomac pour survivre. Passé la tétanisation subite à laquelle tout un chacun dédiait un peu de son temps face à une situation d'une extrème violence sans préparation préalable, c'est avec une certaine gravité incrédule qu'il regarda l'oiseau se faire tordre le cou d'un coup sec, accompagné d'un crac croustillant qui n'aurait pas pu être plus morbide.

Qu'est ce qui différencie cette mouette de moi ? songea soudain le politicien. Je n'ai pas de plume, ni d'aile et je ne vole pas. Certes je marche, je suis bien plus gros et je pèse un peu plus lourd. Et surtout je ne suis pas con comme un balai. Mais qu'est ce qui m'empêche de me faire égorger par ce monstre à pattes, à part une fine couche de textile ? Si c'est la taille, c'est n'est qu'une question d'années, voire de mois.

Un bébé c'est pourtant fragile. Pour un dragon c'est peut-être le seul moment de sa vie où il peut être qualifié comme tel, quoique celui là semble déjà bien pourvu en carapace écailleuse. Balthazar affermit sa prise sur sa canne qui renfermait une rapière. Son acier pouvait il percer les écailles épaisses et hirsutes de la petite dragonne ? Dire qu'il était tenté serait une hyperbole. Ce n'était pas une envie à laquelle résister mais plus une considération intéressée. L'acte n'était pas très reluisant, tuer une créature aussi jeune, aussi mythique et magique soit elle, n'avait rien de glorieux. Surtout quand, de l'autre côté de l'esprit enfantin du petit saurien, il y avait un maitre archer qu'il n'avait vraiment pas particulièrement envie de contrarier. Ou en tout cas pas à ce point. Mais, tout de même, il envisagea la créature qu'il avait devant lui, agée de quelques siècles de plus, étendant ses gigantesques ailes pour couvrir d'ombre tout une région ou tout une ville, et faire gronder au sein de sa geule garnie de crocs comme des épées, un torrent de flamme dévastatrices. Le monde avait il besoin de tels êtres ? Les hommes ne se libèreraient ils pas d'un poids en effaçant cette menace potentielle, en terrassant les créatures qui dépassaient complètement leur entendement ?

Il fut tiré de sa réflexion par un poids posé à ses pieds. C'était une aile de la mouette. Il vit le sang goutter sur un pan de son pantalon et de sa chaussure, et fit l'erreur de prendre une grande inspiration pour garder son calme. L'odeur fétide de la viande... """fraiche""" envahi soudain ses narines et il ferma les yeux. Une petite voix dans sa tête lui susura :

"Tu as connu bien pire Balthazar. Ne fâche pas le petit dragonnet, vois comme elle est heureuse de t'offrir un magnifique présent. Même si c'est une horreur sanglante de rat volant de port dégoutant pleine de saleté et probablement hôtesse d'une gigantesque colonie de puces.
NON NE VOMIS PAS. RAVALE.
Jure le sur la tête de ta petite-fille Balthazar ! Une fois rentré tu brulera tes vêtements souillés et tu passeras quelques heures aux bains. Pour l'instant remercie-la dans les règles de la courtoisie réglementaire, donne lui ce qu'elle veut et après ce sera fini."


"Oh ! C'est pour moi ?? Quelle délicate attention ! Je n'ai pas trop faim maintenant mais j'accepte volontiers votre présent Ma Dame. Je vais l'emballer précieusement et j'en ferai un plat d'honneur garni d'herbes et de lêgumes frais, comme nous en avons coutûme dans ma maisonnée. Tenez, vous avez amplement mérité votre pitance ! Puisse la nourriture vous fournir la force de grandir et de devenir la terreur des cieux, l'écaille de givre céleste, la pourfendeuse... euh... aviaire..."

Du bout des doigts et d'une grimace de dégoût nauséeuse à peine contenue, il prit l'offrande et à l'aide de son écharpe il en fit un paquet soigneux. Il allait devoir faire un joli feu de joie bien éloignée de sa demeure et de la ville, pas question d'empester son âtre ou quelque endroit de sa belle citée avec l'infection de chair qui brûle que tout cela allait dégager. En attendant il devait réprimer ses hauts-le-cœur.

Il déballa le sandwich en le soupesant. Il était lourd et chaud et il avait perdu tout attrait aux yeux de son estomac tout retourné. Cependant il sentait quand même la richesse présente dans le plat rien qu'en l'observant. Pas étonnant, toute réserve de graisse était bonne à prendre quand on affrontait régulièrement les privations en mer à cause du rationnement, ou sur terre par manque de moyens. Il se demanda si un tel aliment était digne d'une créature aussi raffinée et complexe qu'un dragon, source de magie et maitre de la télépathie. Mais l'aile de mouette qui actuellement détrempait de sang son écharpe de soie lui fit perdre ses scrupules.

Il soupira. Tant de vitalité ! Tant d'excitation pour si peu ! Rien que cela le fatiguait déjà. Ha, La jeunesse !
Déjà qu'il avait du mal à comprendre celle de sa propre race, alors avec celle des dragons...Dans un tout autre registre, lui aussi avait été émerveillé par bien des choses quand il était enfant. S'il avait été encore un adolescent à peine dégourdi, il ne faisait aucun doute qu'un jeu de chasse pour obtenir une friandise lui aurait plu. Aujourd'hui il était vieux, ses articulations accusaient le poids des années de leur raideur, et l'éclat de ses yeux s'était terni à l'épreuve de la noirceur rencontrée de par le monde. Il voyait les rouages et les ficelles avec son esprit entrainé et aiguisé, mais peu de choses arrivaient désormais à atteindre son coeur. Sa petite fille et sa femme y parvenaient, parfois. Leur joie résonnait en lui de temps en temps. Et il avait appris à s'en contenter. Si les autres étaient heureux, s'ils parvenaient à se satisfaire des choses simples, alors c'était déjà très bien.

Balthazar s'accroupi et déposa le sandwich à portée des crocs du petit dragon. Il prit la précaution de ne pas lui donner la becquée comme elle semblait le réclamer, car il ne la jugeait pas capable de faire la différence entre le repas et ses doigts. Il aurait d'ailleurs été injuste et stupide de le lui demander.

"Allez-y, mangez fière dragonne. Vos aptitudes à la chasse m'ont impressionées. J'espère que vos exploits continueront de m'émerveiller. Je proposerai à votre lié que vous veniez me rendre visite pour que nous allions traquer un gibier qui sera peut-être plus à votre hauteur. Je vais... eum... malheureusement devoir bientôt prendre congé de vous pour aller rejoindre ma famille."

"En fait j'ai surtout besoin de trouver un coin plus tranquille pour me débarrasser de cette horreur plumée le plus vite possible et pour pouvoir vomir à l'abri des regards."

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Nahui n'était pas encore experte en matière de bipèdes. À l'exception de son Lié, que la proximité d'esprit rendait compréhensible, les autres étaient aussi illogiques que sourds aux battements de cœur du monde. Dès lors, envisager les réactions, les expliquer, les définir, et les décrypter, était un exercice complexe pour un petit être que la magie avait bercé dans son ventre. Inquiète de n'avoir pas les réactions de joies attendues venant de Donneur-de-Repas, la petite saurienne eut, un bref instant, un doute. Ce n'était pas ce qu'il voulait ? Il n'y avait plus de mouettes autour. Elle était bien morte, celle-là, non ? Ses narines se dilatèrent, cherchant dans l'odeur de la créature si elle était malade, auquel cas son cadeau n'en aurait pas été un. Mais non, c'était une mouette en très bonne santé, sans doute succulente.

Se pouvait-il qu'elle se trompât en croyant percevoir de Donneur de l'appréhension ?
Il y avait pourtant une dissension entre le son de sa voix et le sens de ses mots, tel que son instinct les lui indiquait. Pourquoi ? Ah, oui, c'était évident ! Il craignait de la vexer à n'avoir pas faim maintenant ! Oh, ce n'était pas grave, pourtant. Cela rendait étrange qu'il se promenât avec de la pitance, mais soit, c'était un bipède, il ne devait pas en être à son premier non-sens. Comprenant qu'elle avait, de son côté, gagné le jeu, ainsi que le dû qui l'accompagnait, Nahui commença à frénétiquement battre de la queue, fouettant le sable avec avec des bruits sourds et rythmés.
Son museau se tendit vers l'avant sitôt que l'odeur du repas s'approchât. Des épices, des végétaux, de la viande, le tout dans un savant mélange d'huile et de chaleur. Cela sentait bon la place qui serait prise dans le ventre de la princesse, et les saveurs qui viendraient caresser sa langue

Le repas déposé à terre, la petite s'avança dignement jusqu'à lui avant d'y enfoncer son museau avec délectation. Par le dragon-esprit, c'était aussi fabuleux qu'elle l'avait rêvé ! À Donneur elle transmit sa joie et sa satisfaction. Voilà qui serait pour lui une récompense supplémentaire. Ses terribles crocs cherchaient à découper une chair qui n'en avait pas besoin. Quelques bruits de légumes qui laissaient éclater leur peau pour offrir leur jus accompagnèrent les déglutitions draconiques, tandis que la tomate et la sauce venaient maculer les écailles de son museau. Un grondement émanait d'elle, sans doute l'équivalent d'un ronron du noble peuple. Le ronronnement s'amplifia avec les compliments.

Pas question néanmoins qu'une aussi délicieuse rencontre s'arrêtat si tôt ! Nahui comprenait bien le désarroi du fragile bipède, et sa crainte de déplaire. Manque de chance pour lui, aujourd'hui était le jour où Nahui s'ennuyait. Ainsi elle voulait honorer ce fier bipède de sa présence, afin qu'il puisse montrer aux autres le chemin à suivre.
Son esprit vint entourer le sien, lentement, dans ce qui, pour une bébé dracène, s'apparentait à une étreinte parentale. Elle lui présenta la suite de leur après-midi : lui, le bipède, allait présenter Nahui à sa famille. Ce serait un moment de joie pour chacun d'eux. Nahui lui avoua avec fierté qu'elle le trouvait admirable dans son rôle de bipède, et qu'elle avait envie de le récompenser autant que de rencontrer la famille qui pouvait entourer un être aussi bon que lui. S'il avait des enfants, ces derniers profiteraient de sa présence : ne disait-on pas que l'environnement d'un dragon s'épanouissait plus rapidement ?

Elle prévint rapidement son Lié, lui transmettant une image mentale du bipède qu'elle allait suivre. Lié approuva, confiant qu'il était envers son indestructible moitié d'âme. Voilà qui s'annonçait bien plus palpitant que rester aux pieds de Lié en attendant qu'il ait fini ses affaires à base de caquètements de voix. La belle termina son repas, se lécha les babines, de sorte que nulle miette ne put indiquer la défunte présence du plat d'hönneur. Elle se frotta ensuite délicatement aux jambes de Donneur, en lui rappelant que les villes étaient dangereuses pour les dragons, surtout aussi petit. S'il pouvait la porte contre son torse, sous un tissu, comme le faisait Lié, ce serait parfait !

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