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3 septembre 1763


Revenir à Caladon, c'était comme revenir aux sources. Beaucoup n'aimaient pas cette ambiance où l'or était roi, mais pour le nouveau-né vampirique, cela avait inconsciemment le goût de la maison. La ville lui semblait rassurante malgré les regards attentifs qu'on portait à son visage d'Aldaron, avec plein d'espoirs et d'attentes, infructueux. Tout ces gens, ici, avaient connu l'elfe bourgmestre qui les avait dirigés, mené hors des guerres contre Sélénia. Il avait été la Triade, le cordon de survie d'une rébellion et du Protectorat. Il était alors difficile de passer entre les mailles du filet... Cela gênait moins le jeune vampire, à présent. On ne le regardait pas avec crainte. On lui accordait le bénéfice du doute, et de la patience, parfois même du soutien ou une adoration renouvelée. Bien qu'il ne quitte son domaine que la nuit, car les rayons du soleil lui étaient bien trop pénibles, il était bienvenu dans les tavernes à la nuit tombée. Et lorsque les humains allaient se coucher, l'Ast passait dans les ruelles dévorer leurs rêves, quelques secondes, pour se nourrir. Puis il explorait, plus loin, la nature brûlée par la canicule estivale. Le petit bois à sec, les falaises aux galets, la mer parfumée des embruns marins. Tout ceci lui faisait du bien.

Il avait l'impression de s'y ressourcer. Maintenant que l’œuf de Nahui avait éclos sur le retour de Nyn-Tiamat, il mûrissait l'idée en lui que ce lien était une providence, tout comme celui qu'il partageait avec Ivanyr. Bien sûr, cela n'avait pas été accueilli à bras ouverts : il avait eu peur de ces êtres qui s'accrochaient à lui aussi fort alors qu'il n'avait rien demandé, mais après la tempête de ses émotions craintives, une vague de soulagement l'avait conduit à penser qu'il avait de la chance de ne pas être seul. D'avoir à ses côtés ces deux parties de son âme, là pour l'aider à lutter contre la sécheresse aride d'un désespoir. L'amnésie avait cela de peu enviable qu'elle s'étendait de ses doigts glacés sur les plaines d'une détresse consumée. Il avait eu peur, mais Ivanyr et Nahui étaient comme des phares dans sa nuit éternelle, éclairant les rochers dangereux dans lesquels son bateau de vie pouvait s'écorcher ou pire encore, être dévoré par les écumes d'un orage aquatique. Ils dissipaient la brume traîtresse qui suintait au dessus des flots pour le tenir comme aux beaux jours, intouché et invincible. Il avait beaucoup de chance, il se l'avouait bien volontiers, maintenant. Ils étaient une chaleur qui émanait de son cœur qui avait cessé de battre mais qui, vivifiant, le comblait toujours d'émotions.

Sous sa cape fine brodée du blason de son époux, était dissimulée sa dragonne. Il la portait contre son torse, maintenue par quelques tissus solides et savamment noués, inspirés de la manière dont les mère portaient leur nourrissons. Les bruits courraient dans la ville que le Lien n'étaient pas très bien vus, après les récents événements. Fort heureusement, il en avait eu vent bien assez tôt, pour ne pas vendre la mèche et ses mires verdoyantes s'étaient alors teintées d'un trouble. Il aurait aimé avouer haut et fort qu'il aimait sa Liée, mais cela aurait mis la créature immaculée en grand danger, et lui tout autant. Il devait s'entourer à nouveau, comme la Triade, tel un berger revenant chercher son troupeau sur les pâturages de la montagne, afin de passer ce qui s’annonçait comme un hiver, bien au chaud. A l'abri de ce qui bourgeonnait plein de haine et de rancune, il s'assurait à ce que cela ne fleurisse pas à son encontre. Il devrait être prudent.

Dans la taverne, il avait commandé un plat de viande saignante, à peine cuite, pour ravir les papilles de sa Liée camouflée. Il aurait pu se contenter de s'installer dans un coin, comme à son ordinaire. Il aimait regarder ces gens. Il riaient, buvaient, dansaient, jouaient de la musique. Ils s'aimaient et se tournaient autour comme des mouches. Ils se tapaient dessus parfois, se faisaient avaler des couleuvres et s'envoyaient paître. Ils se noyaient dans un océan d'histoires farfelues, très souvent inventées ou déformées, chantant comme des rossignols au printemps tout ce que l'alcool leur invitait à célébrer. Quelque chose, chez ces humains, le fascinait. Cela avait le goût de ces échos du passé qui lui soufflaient, parfois, des intuitions tout à fait Aldaronesques. Ce soir, néanmoins, il avait voulu faire plaisir à sa Lié et avait coupé des morceaux de sa viande pour les faire disparaître sous sa cape en les tenant du bout de sa fourchette. Il tâchait d'être discret et les gazouillis mentaux de Nahui lui confirmaient que la viande était très bonne. Il trouvait amusant cet appétit qui était le sien pour la viande rouge, là où elle délaissait volaille et poisson. Il pensait avoir assez bien cerné ses goûts culinaires et il n'y avait qu'à travers elle qu'il pouvait savourer ces senteurs et ces saveurs à leur juste valeur. Lui-même ne se nourrissait de rien qui passa par sa bouche. Les rêves étaient d'une autre nature.

Sa Liée mangeait et lui observait, sous sa capuche, les humains butiner dans la taverne comme des abeilles sur des fleurs sublimes et féminines. C'était cela draguer ? Comme c'était grossier... Et drôle quand la fleur s’agaçait et déversait sur le malpoli une averse d'insultes méritées. Leurs interactions étaient comme un jardin plein d'une végétation mouvementée où la faune s'accoutumait de la flore. Les hommes suivaient de jolies courbures comme un tournesol s'oriente vers le soleil, là où d'autres chantaient comme grillons et cigales en pleine campagne, lorsque la température se faisait plus fraîche pour la séduction. Les criquets cueillaient dans les hautes herbes un bouquet de belle efflorescence pour épater la galerie, ou un panier de fruits où se mêlaient fraises, grappes de raisin et groseilles au goût sucré. Chacun amenait sa science et ses savoirs-faire pour dévoiler leur éblouissants feuillages et moissonner par la suite une récolte juteuse et pleine d'amitié. Si certains n'en étaient qu'aux premières semailles, d'autres caressaient les rivages de la fin du voyage, d'autres encore pensaient qu'à pleine après avoir enfoui la graine dans la terre, ils pouvaient se précipiter et caresser des blés bien blonds dans la même soirée. Ils faisaient tout un foin de leur impatience plutôt que de profiter des pluies nourricières en lézardant près des cultures, le visage caressé par la douce brise annonciatrice, en plein air.

Lui, l'ancien elfe, il les trouvait trop prompts à vouloir tout, tout de suite. La saison chaude était propice à une telle effervescence, mais la floraison d'un bel arbre ne se faisait pas en si peu de temps, aussi ensoleillé soit-il. Et si on voulait arriver à bon port, il valait mieux ne pas s'envoler aussi haut que des cerfs-volants, en croyaient être éblouissant. Il ne les blâmait pas de vouloir sauter à l'eau, parfois de belles surprises accompagnaient ces baigneurs qui avaient osé le bain de minuit, sur les berges glissantes d'algues d'un fleuve, au clair de lune. L'amitié et l'amour avaient cela de fascinant qu'ils pouvaient être longs à construire ou bien s'avérer aussi fusionnel que cela avait été avec Ivanyr. Combien de temps avait-il mit, à son réveil de nouveau-né, avant d'embrasser de façon torride celui qui fut jadis son époux et dont il ignorait pourtant tout ? Deux minutes ? Oui, quelque chose de cet acabit. Il en riait intérieurement, partageant avec sa petite goinfre ses pensées et métaphores.

Lorsqu'elle eut fini sa becquée, l'Ast quitta l'ambiance étouffante de la taverne pour s’avouer l'air rafraîchissant de l'extérieur. Il était temps pour lui-même de se rassasier des endormis en longeant les ruelles dans l'ombrage nocturne. Après ce qu'il avait fait à Artane, il veillait pas éterniser sa ponction trop longuement sur une même cible. Il butinait sans laisser ses proies en nage d'un cauchemar terrorisant. Il passa récupérer une commande chez un enchanteur qui avait eu la bonté de veiller assez tard pour le recevoir. Il s'agissait d'une boite à musique, en bois, qui lorsqu'elle était remontée, faisait danser deux oiseaux. Il ne savait pas d'où elle lui venait, mais sa mélodie l’apaisait bien assez pour qu'il eut l'idée d'y ajouter un glyphe supplémentaire destiné à profiter de son état d'apaisement pour creuser dans le sable mouvant de son esprit amnésique. La promenade sur la plage psychique serait peut-être apaisante, lorsqu'il irait, nu-pieds, gratter le sol pour trouver un beau coquillage à sa liée. Il espérait encore comprendre le rôle d'un dragonnier. Pourquoi ce lien était-il créé ? Pourquoi était-ce si rare ? Et pourquoi on le récriait comme une tare ? Son amnésique lui semblait parfois aussi désagréable d'un moustique.

Il actionna la boite à musique, sa mélodie tintait dans la rue silencieuse et obscure. La température avait baissé, tel le solstice qui plonge dans l'hiver et le son cristallin des notes le menait vers des horizon plus tendres, comme si on rappelait l'équinoxe vers un été mielleux. « Je suis persuadé que dans mes souvenirs, il y a quelque chose d'important sur le Lien... Je le sens... Et je n'arrive pas à mettre le doigt dessus.... Je ne sais pas comment m'y prendre. Quelle image je dois avoir, à tes côté. Notre but. Notre... » Il était perdu. Il poussa un soupir, même s'il pouvait compter sur un soutien de son proche entourage, il y avait ce manque, ce vide qui lui devenait comme lancinant. Ce silence. C'était insupportable. Sa mine était songeuse lorsqu'il fut surpris par un volet s'ouvrant d'un coup alors qu'il longeait le mur. Son cœur aurait été malmené s'il avait encore battu à défaut, pour l'heure, sa peur soufflait comme un zéphyr furieux, mais il n'était pas au bout de ses peines car des flammes embrasait la maison à grand feu alors qu'il s'en écartait très rapidement avant d'être soufflé par l'explosion et atterrir au sol, plus loin, sonné.


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"- Cendrelune ? Aldaron...?"

Une voix, claire, douce, d'enfant, résonna délicatement dans l'esprit d'Aldaron, alors que le Chanterêve l'attirait en ses terres, lui offrant un point d'ancrage, un phare et une berge auxquels s'accrocher. Quand il le sentit plus présent, l'elfe de lumière offrit une de ses fines mains de vielliste à son ami, pour effectivement lui permettre de plus facilement sortir de l'eau. Ils étaient au bord d'une plage. La Lune pleuvait des rayons immaculés sur les vagues, sur le sable, et sur les végétaux alentours. Les étoiles déambulaient sagement dans les airs, se perdant parfois autour des êtres. Et face à celui, tout perdu, qui venait d'échapper aux flammes, se trouvait une âme d'où émanait une aura sereine et protectrice. En présence du sourire tout doux de Dawan, rien n'était jamais violent, et les ombres s'éclipsaient pour ne laisser que les plus tendres intentions.
Dawan avait déjà partagé le temps du vampire qui lui faisait face. Pourtant, il le connaissait à peine. Pouvait-il seulement y associer l'identité de feu son ami, Aldaron ? Devait-il le considérer comme quelqu'un de nouveau ? Il lui laissait le temps, jusqu'à ce que le vampire lui-même vienne affirmer son nom. Le Chanteciel avait conté pour son protégé ce que de son vivant il avait voulu transmettre, commençant par ce qui lui avait tenu le plus à coeur. Ç'avaient été de grands moments de chants, de musique, où les notes recréaient les émotions des souvenirs, où les rêves venaient parfois évoquer une sensation, un parfum, des couleurs et des goûts qui sans eux auraient été perdus dans le passé, peut-être même dans l'oubli.

"- Comment te sens-tu...?"

La voix qui habitait ces terres avaient une inflexion soucieuse. Pour sa défense, ç'avait été une expérience inquiétante de voir son ami arriver empli de peur, lui qui avait jadis paru ne craindre pas même son destin. Il fallait à Dawan sa meilleure volonté de rassurer Aldaron pour parvenir à contenir sa propre peur. À nouveau, ses lèvres s'entr'ouvrirent pour une parole...

"- Lié ! Lié !"

C'étaient de véritables coups de bélier contre l'esprit d'Aldaron. Une dragonne complètement paniquée l'avait ramené en ce monde, où une odeur de crâmé attaquait les narines, où la fumée venait jusqu'aux poumons, où la chaleur léchait les peaux et écailles, où la poussière venait couvrir tout ce qui lui était offert. Nahui n'aimait pas cette "ville". Ce repère de bipèdes. Ils étaient bruyants, très agités, et se repérer avec précision lui était encore aussi difficile qu'éprouvant. Plus tôt, s'enrouler autour de Lié comme on s'accroche à un rocher au milieu d'un torrent lui avait été salvateur. La viande, aussi, l'avait aidée à s'apaiser, se concentrer sur autre chose, être plus naturelle dans sa façon de faire croire à Lié qu'elle appréciait cet endroit. Mais là, il n'y avait plus de viande, et Lié était en danger ! Nahui avait tout essayé : les mordillements d'oreilles/de nez, le souffle sur le visage, les petits bonds sur sa cage thoracique. Bon sang, tant de fragilité, pour quelqu'un qui lui était si cher, et si semblable ! C'était inadmissible ! Il allait subir un nouveau sermont, avec exemple à l'appui, désormais. S'il devait disparaitre au premier coup de vent, ça n'allait pas le faire du tout du tout ! Lié était trop important, générait trop de ces flammes brûlantes dans sa poitrine. Elle n'avait pas passé tout ce temps à l'attendre pour s'en séparer si tôt !

Peu importait désormais qu'elle soit exposée. C'était moins important. Obnubilée par Lié, Nahui ne sentait que sa présence, et son immobilité. Ses petites quenottes se refermèrent finalement sur son épaule, pour tenter de commencer à le tirer loin des flammes. Elle parvint tout juste à blesser son si-précieux. Au moins, cela déclencha quelque mouvement qui la rassura. Aussitôt, elle s'écarta, pour laisser Lié se redresser, préparant son corps encore petit à se faire attraper et soulever, pour l'emmener plus rapidement au loin. Jadis, elle avait rouspeté qu'on continue à la porter ainsi. Entre l'obligation de discrétion à Caladon, et la compréhension du confort que cela apportait, elle avait revu son jugement. Mais seul Lié était autorisé à cet extrême honneur qu'était celui de l'avoir dans les bras.
À Lié, elle transmit quelques encouragements sans mots, juste la confiance qu'elle avait en lui, et l'impératif qu'il continue son effort pour se relever. Dans son esprit transparaissait une peur profonde que lui soit blessé. Elle fit également savoir, en ébauchant la culpabilité et en l'écartant prestement pour ne montrer que la précipitation, qu'elle savait avoir fait une bêtise, mais qu'elle estimit que ce n'était pas important d'en parler maintenant. Elle voulait du calme. Du silence, du froid, et un câlin plein de sécurité.

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    On l'appelait, la voix était lointaine mais familière. Douce, enfantine, elle était apaisante et synonyme de sécurité. Il avait chassé les mauvais présages de ses transes et l'avait conduit vers de meilleurs hospices. Dawan. C'était ainsi qu'il s'appelait. Il lui donnait ce que sa mémoire refusait de lui restituer, amnésique qu'il était. Il lui rendait ces fragments de celui qui fut, il n'y avait pas si longtemps, Aldaron. Il ne lui donnait pas des détails, il lui donnait des noms et des visages, tous ceux qu'il avait chéri mais oublié. Ses enfants pour commencer. Ils avaient été cette part dont il avait voulu retrouver, puissante d'une tendresse sans limite, paternelle. Il y avait aussi ses proches amis, ceux qui comptaient vraiment pour lui, au travers de toutes ces connaissances, ici et là. Ce cercle restreint mais qui lui suffisait et lui donnait l'impression d'appartenir à quelque chose en ce monde. Cela l’effrayait, dans un même temps. Beaucoup attendaient de lui cet Aldaron charismatique qui avait si bonne image, si grande franchise. Il n'était pas certain de vouloir être cet homme public et respecté, maintenant qu'il avait en lui le cœur prédateur d'un vampire. Un cœur qui ne battait plus, froid et vide. Sa nature pouvait être dangereuse. Ces gens là étaient pourtant si certains qu'il était toujours le même. Alors sous ce vernis parfait, Aldaron avait-il été un monstre plein de secrets ?

    Il ouvrit les yeux, la joue contre la sable, captant la main de Dawan dans son champ de vision ; il l’attrapait, se relevait, mirait les horizons. Le Chante-Ciel avait toujours su conduire son esprit vers des paysages plus calmes, doux. Là, l'écume des vagues s'écrasait sur ses pieds, dans un rythme régulier et sauvage à la fois. Quelque chose de naturel et d'apaisant. « Sonné... » répondit-il dans un murmure bien vite avalé par le grondement de la mer, près de lui. « Nahui ? » Il cherchait sa dragonne autour de lui, commençant à s'affoler de ne pas la trouver. « Dawan, où est Nahui ? » Cette fois la question était posée sur un timbre déchirant de terreur. Sa vie était vide sans sa Liée. Il était attaché à elle, pas que par émotion... Il était vraiment attaché à elle par ce qu'il ne savait encore parfaitement décrire. C'était si flou et net à la fois. Inconnu et pourtant si évident. Il ne comprenait pas cette attache et pourtant là, ne la trouvant à ses côtés, le flux de la peur montait dans sa gorge, étouffante. Mais il y eut sa voix, si tant était qu'on puisse parler de voix pour les dragons. Il sentait son esprit. Il s’apaisait.

    Se réveillait. La douleur était affreuse, lancinante dans son épaule, comme si on y avait planté des couteaux ou... Des crocs ? La lumière se fit dans son esprit. Il voulu pester contre celle qui l'avait maltraité, mais il était bien trop sonné par l'explosion et trop satisfait de la retrouver pour parvenir à quoique ce soit de probant, excepté un grognement de douleur. L'explosion faisait siffler ses oreilles, comme s'il avait été mis en sourdine. Il n'entendait plus rien et sa vision était floue. Ce fut l'odeur de la fumée et la chaleur des flammes qui le dissuadèrent de s'éterniser ici. Il essaya de se redresser mais ses muscles semblaient avoir été tétanisés par le choc. Il ne parvenait qu'à ramper péniblement dans la poussière de la rue, pour s'éloigner du danger autant qu'il le pouvait. Non seulement son corps était endolori, mais en plus Nahui lui avait ruiné une épaule en essayant de le tirer, ce qui rendait ses mouvements d'autant plus pénibles... Au moins elle l'avait réveillé. Il serait encore au même point si elle n'avait pas cherché par les moyens à sa disposition de le sortir de ce pétrin.

    Plus loin, il parvenait à se mettre à quatre pattes, avançant plus habilement de la sorte, invitant sa dragonne à venir se cacher sous lui. Il ne voulait pas qu'on la voit, non pas qu'il en ait honte, mais il refusait qu'elle soit mise en danger. Il courrait de mauvaises rumeurs à propos du Lien qui les unissait. Beaucoup commençaient à y voir la source de leur tourments, mélangeant leur peine à une véhémente colère. Cela n'augurait rien de bon et il ne voulait pas d'un drame se produise trop tôt. Peut-être que cette explosion était déjà une tentative de la tuer. Lui et sa Liée. Qui sait ? L'auteur de cela, sans doute. Ils parvinrent dans des ruelles plus calmes et le vampire s'assit, adossé contre le mur, tenant sa liée contre lui et la couvrant de sa cape. Il tâchait de reprendre ses esprits, massant ses tempes, alors que sa régénération raciale venait combler progressivement sa plaie. Les sons étaient encore très fugaces mais son corps commençait à retrouver une certaine aisance, quelque chose de moins raide. « Tu n'es pas blessée ? » demanda-t-il en des mots qu'il n'entendit qu'à peine tant son audition avait pris cher dans l'explosion.

    Elle n'avait pas l'air, néanmoins, de souffrir de quelques lésions physiques. Il referma son étreinte sur elle, tant pour la consoler que pour se consoler lui-même. Il avait eu si peur de la perdre. Tout s'était passé si vite. Leur tranquillité et leur sécurité semblaient pouvoir basculer à tout moment vers le chaos. Cela avait quelque chose d'effrayant. Il embrassa le petit bout de museau qui sortait de la cape, collant son nez contre les écailles tranchantes de sa moitié d'âme. Il sa passa un long moment, ainsi. Quelques humains passaient en courant pour étreindre le feu un peu plus loin, mais sa Liée et lui étaient tapis dans l'ombre : c'était à peine si on savait qu'ils existaient et cela lui allait bien. Progressivement, sa vue devenait plus nette, bien qu'il fut encore secoué et que son audition était encore très basse. Il cala à nouveau Nahui dans les tissus et le cuir qui l'aidaient à porter la dragonne contre lui et il tâcha de se remettre enfin sur pieds.

    Passé l'instant de vertige, il s'en fut jusque sur la plage où il commençait à entendre le grondement des vagues. Il se posa dans le sable, sale qu'il était de suit et de poussière et vérifia qu'il n'y avait personne dans les alentours avant de libérer sa précieuse écailleuse. « Il y a pas mal d'incidents de la sorte sur tout l'archipel. La magie est instable... » Il sortit de sa besace un casque de métal qui portait le nom de Limilocë. « J'ai trouvé cela dans mes affaires. Enfin les affaires du moi d'avant. Tu sens ce que c'est ? »


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descriptionFeux-follets  liés [Nahui] EmptyRe: Feux-follets liés [Nahui]

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La dragonette se fit immobile et sage, bercée par la protection indéfectible qu'était ce dernier quand il l'enlaçait ainsi. Son petit museau vint contre le sien, ses fines narines de reptile s'ouvrant et se fermant au rythme d'une respiration qui s'apaisait peu à peu. La tension dans ses muscles prit son temps, avant de se relâcher, changeant la terrible sauveuse-de-Lié en une peluche toute fatiguée dans les bras d'un vampire encore chamboulé. À l'interrogation qui lui était destinée, Nahui répondit par un message simple, fait de ses émotions : oui, elle allait bien, elle était heureuse, puisqu'ils étaient ensemble. Elle aussi avait eu peur. Elle tenait à lui plus que tout. Pas question néanmoins d'avouer qu'ils étaient faillibles, qu'elle risquait de vivre pire encore que ce qu'elle avait pu connaître. Alors elle cherchait à se blottir dans le remodelage de souvenirs. Ils n'avaient pas frôlé la mort. Ils avaient juste joué avec le danger. Tout s'était bien passé, ils n'avaient pas eu peur.
Elle ne se croyait pas autant qu'elle l'aurait voulu. Pas grave. Il y avait la peau froide de Lié sous son souffle chaud. C'était mieux que tout. Avec le temps, elle put se calmer. Elle put même recommencer à se montrer ronchonne, et demander à Lié s'ils pouvaient s'écarter un peu de tous ces bipèdes qui s'agitaient, et l'empêchaient de profiter d'un câlin bien mérité.

L'odeur d'iode et le grondement rauque de l'océan vinrent étouffer les autres perceptions plus citadines. La ville était une fourmilière étouffante et vaine. Là, l'immensité du ciel et des vagues était un avant-goût du royaume qui les attendait. L'esprit de Nahui revint contre celui d'Aldaron, s'enlaçant autour, lui murmurant sa reconnaissance, et la hâte qu'elle avait de l'emmener se mêler à tout cela.
Libérée d'un étau qui n'en était pas un, Nahui redécouvrit sur un sol instable comment marcher, titubant un peu. Elle fit quelques bonds autour de Lié pour dégourdir ses pattounes, et profiter de sa liberté. La magie, instable ? Elle l'avait toujours connue ainsi. Qu'il était aisé de remettre les choses sur le dos de la magie ! À Lié, elle transmit son manque d'intérêt et son amusement pour ce qu'elle estimait n'être qu'une excuse. Elle lui fit comprendre que, pour elle, la faute venait des bipèdes, incapables d'épouser le mouvement de la magie. Ils étaient mauvais, et leur nullité avait failli les blesser. Elle leur en voulait. Mais lui... Lui, il était mieux que les autres. Il allait apprendre à épouser la magie. Et elle commençait mentalement à le couvrir de son affection quand son avis fut quéri pour une analyse d'objet, par les sens dont elle était la seule à disposer.

Aldaron put ressentir de sa Liée beaucoup d'intérêt, avant qu'elle n'ose lui dire quoi que ce soit. Elle tourna en rond autour du casque, comme pour le percevoir sous toutes ses coutures. Et quelles coutures ! Elle n'avait jamais rien vu de tel. Rien qui ne se présentait ainsi. Il lui fallut du temps pour comprendre ce que cela lui évoquait. Lorsqu'elle comprit, son intérêt se changea en une franche excitation, un enthousiasme qui valut à Aldaron d'autres bonds de dragonette autour du précieux casque. Elle lui expliqua alors : cet objet était plein de magie ! Il était plein d'une magie comme eux, de ce lien très particulier ! C'était forcément un objet bon, un objet fait pour eux ! Le Lui d'avant avait dû être prévoyant. Il fallait l'utiliser, le découvrir, cela allait créer quelque chose de trop bien !
Ainsi Cendrelune fut harcelé par une petite furie toute joyeuse qui lui ordonnait d'utiliser l'objet. Elle ne cessa pas, ne perdit pas une once d'énergie, avant que ce fut fait. Lorsque ce fut fait, le harcèlement se mua en interrogations féroces : elle voulait savoir quel pouvoir contenait l'objet ! Comment se sentait Lié ? Avait-il perçu quelque chose ? Un nouveau pouvoir à sa portée ? Rah, il ne répondait pas assez vite. Nahui voulut savoir par elle-même. Elle tendit ses sens vers l'Objet, et y trouva comme... Une entrée ? Une faille. Un petit endroit dans lesquels ses sens pouvaient s'aventurer plus encore. Elle s'y intéressa de plus près, encore plus près, et...

Pouf.
Des sensations disparurent. Plus de sable, plus d'océan, de sons pour la bercer, et d'odeur d'Iode. Juste l'esprit de Lié, et la magie, avec toujours cette Entrée. Intriguée, Nahui chercha, tâta l'esprit de Lié, l'interrogeant encore, pour savoir ce qu'il s'était passé, ce que lui avait de son côté. Elle lui transmit son ressenti à elle, et une vague explication sur la façon dont elle s'y était prise. Même si l'inquiétude était là, le goût de l'aventure et de la découverte avait pris le pas. L'Objet était bon. Il leur ressemblait. Ce qui lui arrivait... Pouvait-elle être en transition vers un endroit uniquement accessible aux Liés ? Par leurs esprits seuls ? Sans plus réfléchir, elle se redirigea vers ce fragment de magie bizarre...

De nouveau, elle sentit le sable chaud sous ses papattes, l'iode, la présence de Lié. C'était... C'était tout ? Pas de monde parallèle accessible aux esprits ? Juste une privation de sensations pendant un instant ? Beuh. Nahui étendit ses ailes, remua sa queue, vérifiant son intégrité physique. Elle avait l'air complète. Ce qu'Aldaron pouvait ressentir, en revanche, c'était sa grande déception. Ce ne pouvait pas être que ça ! Pas avec la nature de la magie de l'Objet, et sa puissance ! Frustrée, elle vint se rouler en boule aux pieds de Lié, boudeuse, lui réclamant que lui insiste, voir s'il n'y avait pas quelque autre fonctionnement qui était inaccessible au peuple des airs et du feu.

descriptionFeux-follets  liés [Nahui] EmptyRe: Feux-follets liés [Nahui]

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    Elle allait bien, sa Liée, et c'était en vérité tout ce qui comptait pour lui en l'instant. Elle trouvait à remettre la faute sur les bipèdes qui ne savaient guère suivre le mouvement délicat et tempétueux de la magie. Pour lui aussi, la magie avait toujours été ainsi. Elle n'avait pas changé comme le disait bien des pratiquants. Du moins, si Aldaron, l'elfe, ne serait probablement pas de cet avis, lui, le vampire, validait cette approche. La magie avait changé, c'était certain et c'était à eux, bipèdes, de trouver comment la manipuler à nouveau. C'était une sorte de rituel initiatique dans lequel il était important de prouver sa valeur, montrer qu'on méritait de pouvoir l'utiliser comme jadis. Il acquiesça mentalement, bien qu'il fut encore partagé. Pour lui, les bipèdes devaient l'apprendre à nouveau mais la magie avait bel et bien changé. Elle s'attrapait d'une manière tout à fait différente. En un sens la responsabilité de ces échecs reposait tant sur les mages que sur la magie elle-même. Tout un chacun devrait prendre le temps d'écouter et de sentir la magie, pour sentir par avancer si tel geste clé viendrait ou non contorsionner la trame de manière favorable ou désastreux. Cela éviterait les maisons qui flambent ou explosent. Le nouveau-né leur en serait bien assez reconnaissant.

    Lui présenter le casque accrut l'intérêt de sa Liée. Il se satisfaisait de la voir tourner autour de l'objet, de l'inspecter sur toutes ses coutures, parce qu'il était certain de lui avoir apporté une distraction plaisante. Déjà qu'il veillait à la garder à l'abri, car le Lien mettait le peuple en colère, suite aux dernières révélations des chimères, alors si leur rares sorties étaient fades, sans saveur ? Pauvre Liée qui serait sienne car la vie n'aurait rien de bien palpitant. Cela attira d'autant plus Nahui que la magie qui en émanait était baignée dans le Lien. Cela en faisait quelque chose plus singulier et fascinant. « Oui, c'est ce qu'il semble être inscrit dans le registre. » confia-t-il, la laissant encore à sa contemplation alors qu'il sortait un ouvrage de sa besace. Et quelques biscuits, au cas où le ventre de sa Liée avait encore un petit creux après la bavette de l'auberge. Le carnet était assez grand bien que fin. La reluire de cuir était très claire, gravée du sceau de la Triade. Il avait cru comprendre qu'il avait eu une sœur humaine, et un frère vampire, lorsqu'il fut lui-même un elfe. Jadis, la Triade était une organisation marchande et elle avait gardé bien des reliques remarquables dans un grand coffre à Caladon. Dont ce casque. Mais il n'eut guère de temps de lui faire la lecture que Nahui le sommait de porter l'objet. Il délaissa le livre pour saisir la pièce d'armure et la placer sur sa tête.

    Il entendait comme des voix lointaines, antiques, qui lui soufflait des mots, au sujet de la magie du Lien. Elles lui disaient comment l'utiliser, la modeler, toutes les possibilités qui s'offraient à lui. Il sentait, plus fortement, combien son âme, exaltée, vibrait avec la trame. Il trouvait cela incroyable. Il avait du mal à saisir tous les mots, mais comme ces voix s'exprimaient en boucle, il n'avait qu'à reprendre le fil, progressivement. Néanmoins, il cessa d'écouter et fit de gros yeux quand sa dracène disparu de sa vision... Et pourtant, il la sentait toujours présente. Il passa la main à l'endroit où la saurienne se tenait un peu plus tôt, pour vérifier qu'elle n'était pas simplement devenue invisible mais il n'en fut rien. Nahui lui indiquait avoir perdu ces sens et cela l'inquiéta plus encore mais il fut sincèrement soulagé de la voir réapparaître sur le sable. « Tu n'étais plus là. Je ne te voyais plus, je ne pouvais plus te toucher. C'était comme si tu n'étais plus là physiquement. Je sentais ta présence, ton esprit, toujours mais... Tu crois que c'est un endroit pour te mettre en sécurité ? » Auquel cas, il serait ravi de cette découverte. Sa dracène était encore trop petite et fragile, bien qu'elle se plaise à marteler qu'ils étaient invincibles. Et lorsqu'elle serait grande ? Les endroits bipèdes deviendraient trop étroits pour qu'elle le suive où elle voudrait quand elle le voudrait. Ce casque devenait une bonne opportunité, pour eux.

    « J'entends comme des voix, quand je le porte. Elle me parlent du Lien... Et en vérité cela n'est guère étonnant, écoute cela. » Il reprit le carnet pour en faire la lecture : « Les Tarenths ont péri par leur erreurs. Punis et condamnés à mort pour leur cupidité, par les Déesses. L'un deux avait créé le Lien. Et il avait envoyé tout son peuple à sa perte. Son dragon, le Tyran Blanc, marqua l'histoire et son insulte envers les déesses plus profondément encore. L'histoire des Tarenths est entachée par le vice et le sang, ils sont les morts qu'on doit regarder en face pour ne pas reproduire les mêmes erreurs... Mais cela ne doit jamais signifier qu'on doit oublier ce qu'ils ont fait de bien et toute la beauté de ce Lien puni et si récrié. L'âme et la magie, dans une danse symbiotique à la symphonie qui cherche ses notes dans l'extraordinaire. Le divin. Au fond, c'est bien pour cela qu'ils avaient été châtiés ? Pour un acte aussi défiant que sublime. - Cela fait très romancé, tu ne trouves pas ? J'écrivais des choses qui partaient loin... » Il jeta un coup d’œil à Nahui, comme pour en connaître son avis et poursuivit : « Là où les ambarhùniens allèrent chercher des fragments de l'épée astrale, sur les terres de l'ancien continent sylvestre, ils rencontrèrent la compagne du Fondateur du Lien, damnée et brisée par la perte de son dragon, errante éternelle dans une douleur sans fin. Ils revinrent avec un fragment de l'épée déicide... Et Limilocë. Cela signifie Dragon-Lien et cela est sans nul doute la conséquence des pouvoirs qui sont les siens car le casque avait été façonné pour une dragonière, à n'en pas douter. »

    Il coula un regard sur la dracène : « Je ne suis pas une dragonière, mais cela fonctionne tout aussi bien. J'avais d'ores et déjà cet anneau, forgé par le Créateur du Lien. Le premier des dragonniers. A présent ce casque. » Les voix lui soufflaient encore des mots, il fronçait les sourcils, perplexe. Elles parlaient toutes en même temps. Il ne douta pas que ce qu'elles voulaient lui signifier était important, mais tout de même ! Il ne comprenait rien ! A moins que cela soit du au fameux dérèglement de la magie ? « Qui me parle... » Il tâcha de se concentrer sur l'une d'elle. « Enfin, ça ne me parle pas vraiment, juste... Comme des murmures, quelque chose de lointain. Cela parle du Lien, de comment l'utiliser.. Je peux parler par télépathie ? » finit-il par demander. La voix lui disait que oui, que c'était une extension de son dragon. Que cela prendrait du temps, à apprendre, mais que cela viendrait, un jour. Il ferma les yeux, cherchant l'esprit de sa dragonne et essaya d'y insuffler un mot... un seul *Bavette.*


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Plus Lié parlait, plus l'excitation de Nahui était visible. Sa petite tête se dressait, et sa queue frappait frénétiquement le sable, pour faire passer toutes ses émotions quelque part sans altérer sa perception de la voix qui lui racontait tant. En revanche, ce qui n'empêchait nullement d'écouter, c'était de transmettre à Lié ce qu'elle pensait de cela. Son enthousiasme vint bousculer de plein fouet l'esprit de son Lié, avant de se contenter de lui tourner autour, intenable. C'était forcément cela ! Un objet qui sentait le Lien ne pouvait que vouloir les protéger. Si effectivement elle était devenue intangible, alors elle pouvait se "réfugier" dans l'objet ! Bientôt Lié n'aurait plus besoin de la cacher contre lui. Songeant à cela, elle ajouta prestement le fait que, bon, même s'ils pouvaient effectivement la cacher dans les situations critiques, elle était tout de même très partante pour renouveler leur exploit à l'auberge, et manger à sa place. Vraiment, hein, il ne fallait pas qu'il se retienne.

Les voix dans la tête de Lié lui rappelaient quelque chose de semblable en elle. Elle ronronna contre son esprit l'idée de similitude. Elle, c'étaient les voix de ses ancêtres qu'elle avait toujours en un recoin d'elle-même. Elle venait tout juste de comprendre que ce n'était pas le cas pour les bipèdes... Sauf pour son Lié, désormais. Mais c'était bien normal. Il était le meilleur, après tout. Intriguée, elle lui demanda s'il parvenait à identifier ces voix, d'une façon ou d'une autre, tout comme elle était persuadée de la nature de ce qui parlait en elle, ceux qui étaient passés avant elle.
Son attention se fit plus aiguë encore quand Lié annonça que les voix lui indiquaient comment "utiliser" le Lien. Il avait une "utilité" ? Un objectif ? En tout cas, il offrait à Lié des capacités supplémentaires par rapport aux Siens.

Au mot énoncé, Nahui eut le réflexe de redresser la tête, et ouvrir grand ses naseaux en reniflant tout autour d'elle. Bavette ? Où ça bavette ? ...Haaaan ! Mais Lié venait de parler dans sa tête, comme un vrai dragon ! Un nouveau lourd ronron de satisfaction résonna dans l'esprit de Nahui. C'était si naturel d'avoir son Lié contre son esprit, sa voix directement en elle, et c'était si rassurant ! Le monde ne pouvait plus la priver de la voix de Lié. La petite vint se frotter aux jambes de son bipède, serpentant au milieu, toute fière et toute heureuse qu'ils soient de plus en plus proches. Elle vint blottir contre lui tout son amour, et combien il était important pour elle. Puis, d'un coup, elle se stoppa, et se concentra.

"- Aldaron."

Voilà ce qui importait encore plus qu'une bavette, et ce qu'elle était fière de pouvoir énoncer comme son premier "mot", transmettant à Lié le son tel que les bipèdes le faisaient, mêlé à l'émotion. Sa voix mentale était un curieux mélange des autres voix qu'elle avait pu entendre. Plutôt grave, encore malhabile et sans intonation, elle en était néanmoins très fière. Et pour cause : si comprendre les bipèdes lui avait été inné, parler à leur manière était beaucoup plus complexe. Mais certains sons avaient plus d'importance que d'autres.

La jeune femelle continua de serpenter entre les pattes de son Lié, son orgueil amplifié à chaque fois qu'elle répétait ce son qu'elle avait reconnu comme celui pour appeler son bipède à elle. Elle le répéta, répéta, mais de temps en temps le son se déformait malgré elle, quand elle se montrait moins attentive. Elle se calma finalement en s'enroulant autour d'une jambe de son vampire, dans une sorte de câlin à sa manière. Elle lui susurra qu'elle était heureuse d'avoir pu partager tout ceci avec lui. Il était exceptionnel, et... Il fallait qu'il continue d'explorer tout son potentiel ! Pouvait-il interroger les Voix ? Réclamer un autre savoir, avec lequel ils pourraient jouer tous les deux ? Quelque chose de plus complexe, peut-être, un défi à leur hauteur ?

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    La frénésie de Nahui l'amusait, un sourire étirait ses lèvres, crocs saillants malgré qu'ils ne soient guère prononcés, pour un vampire. Son cœur était ému, il caressait les écailles d'un bleu très clair et nacré qui lui rappelait la neige de Nyn-Tiamat. Cette petite créature le fascinait, jour après jour. Elle grandissait si vite : il fallait dire qu'Aldaron la nourrissait bien. Ce fut d'ailleurs le mot 'bavette' qui résonna dans l'esprit de sa Liée. Il en sentit toute la joie sincère dans son esprit, comme il sentait chaque émotion, en elle. Elle semblait si fière, et lui aussi l'était. Il veilla à ne pas bouger lorsqu'elle serpenta entre ses jambes, amusé par son comportement. Un vrai chat. Il fallait avouer que Nahui avait de nombreux traits de caractère qu'on retrouvait souvent chez ces félins : la fierté, la façon de chercher ses caresses et son attention. Cela la rendait d'autant plus mignonne, à ses yeux. Il avait d'avantage envie de la serrer contre lui comme une peluche qui ronronnerait au creux de son oreille toute l'affection et la loyauté qu'elle éprouvait à son égard.

    Il entendit son nom en réponse. « Aldaron ? » Elle sentait qu'il était Aldaron ? L'Ast n'avait que trop questionné son identité. Il savait avoir été l'elfe Aldaron, il était à présent à la fois semblable et différent de ce qu'il fut. Sa mère Toryné l’appelait Cendrelune. Elle lui disait qu'Aldaron n'était plus et qu'il n'avait plus à être. Et sa dragonne, elle, sentait en lui Aldaron ? Elle répétait plusieurs fois son prénom, jouant entre ses jambes comme une enfant fière de son premier mot. Elle le babillait en boucle telle une victoire et tel un clou qu'on enfonçait dans l'esprit du nouveau-né. Aldaron, donc ? Peut-être était encore un peu Aldaron. Une part de lui l'était, assurément. Nahui le lui confirmait alors... Oui ? Il devait bien rester un peu d'Aldaron en lui. Il se pencha pour prendre sa Liée entre ses bras, venant la serrer tendrement contre lui et lui transmettant son affection réciproque. Il essayait plusieurs fois de lui retourner un *Nahui* en pensée, travaillant sa télépathie progressivement. Cela viendrait avec le temps, cela lui serait de plus en plus facile. Il devrait encore s'exercer.

    Quant à ce qu'ils pourraient faire d'autre ? « Tu veux essayer de voler ? Tu as l'âge à présent. » Il la reposait sur le sol pour qu'elle continue de se dégourdir les pattes en marchant. Il la portait très régulièrement contre lui, afin de la garder en sécurité. Les dragons Liés n'étaient pas très bien vus. Tant que sa précieuse Liée ne saurait pas voler, il ne saurait apprécier de la laisser vagabonder seule. Il voulait qu'elle puisse s'enfuir en cas d'urgence.

    Au creux de la falaise avait poussé un arbre dans le sable. Ou du moins avait-il grandi en haut de la falaise, mais lorsque celle-ci avait tremblé, comme la terre de Calastin s'en trouvait sismique, il était arrivé plusieurs mètres plus bas et avait continué de vivre comme si de rien n'était. Son feuillage avait néanmoins pris une teinte d'un vert fluo en raison de l'eau salée qui le nourrissait. Son tronc était creux et le peuple Caladonien venait, de temps à autre, y déposer une offrande en l'honneur de la déesse Végétale. Aldaron fit une moue, peu enclin à la moindre croyance. Ce monde était fait d'ordure et de raclures et jamais la moindre entité supérieure n'avait fait quoique ce soit pour arranger cela. Elles l'avaient laisser moisir trois années durant à Morneflamme. Il avait fallu que ce soit les prisonnier eux-même, démuni, qui fomente leur propre évasion. Non, vraiment, il n'éprouvait que du dédain à l'égard de ces entités soit-disant supérieures. Les seules qui vaille la peine étaient encore les esprits-liés, car eux, ils s'intéressaient de près à la vie et aux caractères des vivants. Ils donnaient un sens à leurs vies...

    Quoiqu'il en soit, l'arbre leur serait utile. Il défit la corde de son perlier et rangea dans sa besace précieusement, chacune des perles. Le fil s'étendit à sa volonté et il en fit un solide harnais autour du corps trapu de sa douce Liée. Puis il la suspendit à une branche, de telle sorte que ses pattes quittent le sol. « Alors... De ce que j'ai vu, il faut que tu ramènes tes pattes contre toi, pour qu'elles ne fassent pas obstacle. Déploie bien tes ailes. Je vais souffler un peu d'air chaud par dessous. Ça devrait t'aider. » Avec une très grande prudence, il manipula le flux de l'air, captant le vent qui soufflait sur la falaise. Il le chauffa en augmentant sa pression et le dirigea du sol, vers les cieux, délicatement, sous Nahui, pour gonfler ses ailes. « Qu'est ce que tu en penses ? »


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descriptionFeux-follets  liés [Nahui] EmptyRe: Feux-follets liés [Nahui]

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Enroulée autour de la jambe d'Aldaron, la petite dragonne roucoulait du bonheur de son Lien qui s'affermissait, de son Lié qui grandissait et devenait de plus en plus fort. Ces Voix dans sa tête, c'était un peu sa mémoire ancestrale à lui. Preuve qu'il était méritant, preuve qu'il était son semblable. Promesse également que bien des éléments que les autres peineraient à découvrir par eux-mêmes allaient lui revenir, aussi naturellement qu'ils lui étaient dus. Nahui aimait profondément ce petit être aux écailles molles qu'était son Lié, et chaque pas vers son invincibilité la rassurait un peu plus.
À cet être unique elle avait offert son premier mot. Début d'autres mots, peut-être. Mais elle s'imaginait mal accorder le privilège de sa parole sans raison d'importance. Utiliser les mots pour Lié, c'était une marque d'affection. Utiliser les mots pour les autres, c'était une marque de soumission. Ce n'était pas à elle de s'adapter pour être comprise. Son langage d'émotions et de ressentis était bien plus universel : ceux qui peinaient à comprendre quand une dragonne offrait généreusement de communiquer ne valaient pas qu'elle s'abaissât.
Pour Aldaron, elle répéta mentalement plusieurs fois son propre nom, comme pour lui offrir un écho, et s'approprier elle aussi cette part de son identité. Nahui. Un son simple, qui était le reflet que les bipèdes lui renvoyaient d'elle-même. Sa part d'Elle dans le monde de son Lié. Elle l'acceptait. C'était le nom d'une guide de la Nuée. Elle apprendrait à chacun des bipèdes à le respecter, autant qu'à respecter celui de Lié.

Tous deux, ceux-qui-bravaient les-tempêtes, devaient aller plus loin que la simple télépathie. Ils étaient forts. Il devait y avoir d'autres pouvoirs que leurs âmes jointes créaient, dans leur sempiternelle beauté. La proposition de Lié eut pour effet de faire stopper les roucoulements de la petite, dont la tête dodelina un peu sous l'incompréhension. Ce n'était pas un nouveau jeu. Elle pouvait le faire toute seule. Elle n'en avait juste pas envie. Elle craignait les cimes et les montagnes, la blessure à l'égo si elle ne parvenait à les éviter à temps. Bien qu'elle sut que tout dragon venait un jour à réclamer le territoire qu'étaient les cieux, elle redoutait ce moment, elle que rien ne préparait à un vol si particulier. Elle comprit alors pourquoi Lié lui en parlait, ici et maintenant. Ils étaient seuls, et ils étaient ensemble. Il n'y aurait pas de meilleure façon pour elle de faire ses premiers pas.

La princesse des airs se déroula lentement de son câlin, ses pas osant se montrer craintifs devant Lié. Son esprit contre le sien lui faisait part de son manque de confiance et de ses peurs, cherchant à travers lui cette force qui lui manquait en ce moment : l'assurance de la réussite. Elle voulait qu'il lui rappelle qu'elle ne pouvait échouer, et qu'elle était la plus forte, parce qu'elle doutait.
Elle le laissa lui faire un harnais, toujours aussi émerveillée de l'ingéniosité des bipèdes. Ses papattes battirent faiblement les airs en quittant le sol, toute surprise qu'elle était de cette sensation. Ne plus rien avoir sous les griffes, et ne plus sentir son poids dans ses pattes... C'était agréable, il fallait le reconnaître. Toujours aussi effrayant, mais agréable. Ses mouvements cherchaient néanmoins à se créer des repères : pouvait-elle, par l'écho des airs sous elle, se situer dans l'espace ? Sentir la distance exacte qui la séparait du sol ? Non. Ou pas encore.
Les indications de Lié furent les bienvenues. Elles lui donnaient des branches auxquelles s'accrocher. Elle ramena ses pattes contre elle, ce qui gâchait un peu le plaisir d'être suspendue. Ses ailes, qui jusqu'alors avaient été repliées et l'avaient aidée à se donner l'impression d'être plus large, plus solide, s'étendirent timidement, dévoilant ses flancs, et leur fragile membrane. Elle battit un peu des ailes, appréciant la façon dont l'air réagissait tout autour, jusqu'aux tourbillons marginaux autour de ses ailes. Tout cela lui parut aussi évident que dans ses rêves. Mais toujours aussi terrifiant.

Nahui cessa de bouger, la mine un peu basse, laissant à nouveau ses pattes pendre et ses ailes naturellement se replier. Son esprit vint expliquer à Aldaron combien elle pensait que voler, en soi, n'était pas plus complexe que marcher. Elle avait juste besoin...
Son esprit se fit hésitant, tournant autour du concept en peinant à l'aborder sans que cela avouât une faiblesse. Elle avait besoin de quelque chose en plus. Quelque chose d'important. Quelque chose de nécessaire, sans quoi les meilleures techniques de vol n'auraient pas de sens. En fait, il fallait, il fallait... Pouvait-il la faire descendre ? Le harnais commençait à l'embêter un peu, et elle voulait lui montrer qu'elle pouvait s'envoler depuis la terre. Il lui faudrait juste...
Juste lui. Juste qu'il soit ce que les autres dragons avaient qu'elle n'avait pas. Qu'il lui montrât où étaient les obstacles, si elle s'en approchait ou non. La petite était toute gênée d'avouer cela, comme une tare qui venait freiner son envie d'être celle qui protégerait son Lié du monde entier. Aldaron pouvait sentir tout cela, elle ne le lui cachait pas. C'était un appel à l'aide, après tout, il était impossible d'en cacher l'aspect pitoyable pour la merveilleuse créature qu'elle était. De retour sur terre, elle ondula un peu entre les jambes de Lié, à nouveau. C'était une façon pour elle de se se sentir un peu mieux. Lorsqu'elle se sentit un petit peu mieux, elle s'écarta, tenta quelques petits bonds en étendant les ailes, et en fouettant les airs. Son esprit revint vers Aldaron : et dans son objet-à-voix, n'avait-il pas quelque indice sur d'autres dragons qui auraient été comme elle ?

Pour rassurer un peu Lié, et être sûr que jamais il ne s'éloigne d'elle, elle lui proposa un rêve, qu'elle lui promettait comme un avenir : elle se voyait très bien n'avoir qu'à étendre son esprit pour sentir même ce qui n'était ni magique, ni vivant. Alors elle serait grande, et elle pourrait tout faire pour eux. Il fallait sans doute juste qu'elle y travaille un peu. Est-ce que l'objet-à-voix avait déjà entendu parler d'un dragon faisant cela ?
Elle ne pouvait tout de même pas être la seule...

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    La voir ainsi déployer ses ailes, c'était un début fascinant. L'Ast se montrait attentif autant qu’éblouit par la magnificence d'un dragon en vol. Bon certes, en demi-vol vu le harnais qui la soutenait. Elle faisait néanmoins des efforts et, avec le temps, ce serait de mieux en mieux. Il fallait de l'exercice : il n'y avait rien de plus important que l’entraînement. Mais la dracène cessa finalement, les pattes pendant dans le vide. Elle lui expliqua que voler n'était pas tant un problème pour elle et qu'elle avait seulement besoin... Il sentit son hésitation ainsi que sa honte. Son esprit vint enlacer celui de sa dracène, puis il la détacha de son harnais improvisé. Elle était si mignonne, dans sa gêne, qu'il la prit dans ses bras pour la serrer tout contre lui.

    « Ma Liée, quand tu seras plus grande, je pourrais monter sur ton dos et je te dirais où sont les obstacles à éviter. » Il embrassa son museau et colla son front contre ses écailles. « Nous volerons comme des rois dans le ciel et nous serons libres. Mon objet à voix ne sait pas comment faisaient les autres dragons... Mais je sais que pour chaque obstacle, il y a un moyen de le contourner Par exemple... » Il s'installa en tailleur dans le sable : « Je peux être à deux endroits différents. Je peux être en transe ici et faire apparaître mon corps ailleurs. Je l'ai appris en travaillant ma magie. Je l'ai utilisée, testée, encore et encore, jusqu'à parvenir à ce que je voulais. En général, avec la magie, il y a une sorte de socle commun. Quelque chose que tout mage peut reproduire. Et puis, il y a ces capacités uniques, qu'on travaille en sortant des sentiers battus. Toi aussi, en travaillant la magie qu'il y a en toi, tu pourrais voir ces choses qui ne sont pas magiques et qui pourraient représenter un obstacle. On pourrait également... »

    Il grattouilla les écailles entre les deux cornes : « Faire enchanter des objets. Ces maîtres-glyphes, il y en a souvent dans les grandes villes et à un effet désiré, l'enchantement peut se faire. Tu pourrais... Faire de l’écholocalisation. Ou voir d'une certaine manière. » Il embrassa le bout de son museau, lui offrant tout l'amour dont la dracène avait tant besoin. « Comprends-tu ? Ne prends pas tes yeux comme une fatalité. C'est un obstacle autant qu'un don. » Il regarda le soleil à l'horizon, qui se levait : « Il faut que nous rentrions, ma Liée. »


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