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4 Août 1763

Aaaah Délimar l’Océanique !

Voilà bien longtemps que Belethar n’avait pas fréquenté cette cité, et pour cause : assez hermétique aux magiciens et aux influences guerrières, il y avait a priori tout pour chasser un Baptistrel qui ne ferait pas de mal à une mouche.

Tout, seulement ? Non. Car une irréductible maison résistait irréductiblement à la mentalité locale !

Enfin tout du moins c’est ce que Belethar pensait. Il l’espérait franchement à dire vrai. Il allait rendre visite à quelqu’un qu’il n’avait plus croisé depuis un certain longtemps, parce que leurs destinées avaient été différentes. Néanmoins il avait toujours gardé une haute place dans le cœur de l’Espérancieux.

Ce brin d’Althaïa qui devait sans doute ravir de nombreuses jeunes filles et jeunes hommes, ce sourire narquois quand les deux plaisantaient, ces longues discussions au clair de lune au Domaine Baptistrel, ces parties de jeux divers et variés où Belethar ne comptait plus les fois où il avait jeté le plateau de rage (généralement suivi d’un rire général) …

Définitivement, Ilhan Avente avait manqué à l’Espérancieux.

Mais voilà, l’un dans l’autre, le Baptistrel savait que quelque part, leur relation n’allait pas être la même. A l’époque, ils étaient tout deux des élèves, des jeunes gens ambitieux sur la voie de l’apprentissage du monde, encore sans trop de responsabilités … Maintenant, il y avait eu les Almaréens, puis le Tyran Blanc, et enfin les Chimères et l’exil …

Belethar avait retrouvé la trace d’Ilhan en apprenant qu’il avait été nommé au Conseil de Délimar. Et puis il y eut milles questions : qu’est-ce qu’il faisait dans ce que le Baptistrel estimait quand même comme un repère à Glacernois en manque de montagnes et d’iceberg à contrôler … Mais bon, préjugés qu’étaient ces pensées, il était vrai. Après tout, combien de fois il s’était fait traité lui et sa famille de « nobles planqués en manque d’argent » depuis qu’il était arrivé sur Calastin ? Belethar ne le comptait même plus.

Après tout, c’est ce qui faisait l’essence de l’être humain. Il se chamaille beaucoup, mais parfois il est capable de merveilleuses choses : l’Alliance, avec son rassemblement d’ethnies divers et variés, en était l’exemple parfait … Définitivement, Le Tisseur devait avoir une idée derrière la tête en s’installant là-bas, et en faisant partie des instances dirigeantes. Il en apprendrait sans doute plus quand il le retrouverait.

Belethar l’avait contacté d’une manière tout à fait classique : une petite lettre par-ci, une date de rendez vous proposé, une réponse positive et voilà que la rencontre était scellée. Cela avait été simple et efficace : comme l’aimait Belethar.

Alors ils s’étaient rendus à Delimar, lui et quelques-uns de sa famille qui devait faire le déplacement (Belethar n’appréciait guère voyager seul). Comme tous bons citoyens magiciens de l’Alliance qui se respectait, Belethar avait payé la taxe d’entrée dans la cité : chose qu’il trouvait un peu scandaleux, pour quelque chose d’autant ancré dans la société que la Magie … Mais bon, c’était la loi, et Belethar savait que quelque part, cet argent devait servir à financer les multiples constructions de la ville, et le travail des architectes qui allait avec.

Au-delà du fait de penser que tôt ou tard, il allait vraisemblablement récupérer une partie de cet argent dépensé, Belethar se plia aux règles strictes de la ville. Le Pater Familias considérait que l’unité d’une nation autour des mêmes lois, bien qu’embêtantes parfois, était généralement l’apanage d’une société qui allait bien. Alors il s’y plia, par conviction.

Une fois rentré dans la ville, Belethar lâcha ses confrères venus avec lui, chacun vaquant à ses occupations. Avant toute chose, Belethar se balada un petit peu dans la ville … Enfin, l’appellation « dans les chantiers clairsement les quartiers dûment construits » plutôt que « ville », serait plus exacte.

Mais cela donnait aussi matière à réflexion à Belethar : l’architecture, et la construction sans magie tenait quand même beaucoup de la reconstruction historique … Néanmoins cela n’était pas inintéressant, bien au contraire : les maîtres d’œuvres Délimariens étaient volontaires, braves et déterminés … Et il fallait le dire, cette contrainte de ne pas utiliser de magies donnait des bâtiments aux allures bien singulières qui inspirait beaucoup le maître architecte en Belethar.

Le Baptistrel nota dans un coin de sa tête de s’entretenir à l’occasion avec celui ou celle qui supervisait les constructions ici, sûrement qu’ils allaient pouvoir avoir un bel échange. Le Pater Familias voulait désormais en savoir plus sur comment les têtes dirigeantes conceptualisaient les choses …

Définitivement, peut être que Ilhan avait bien eu du nez en s’installant là. Bien qu’austère de prime abord, cette ville semblait intéressante … Très intéressante, même.

Belethar erra encore quelques minutes, avant de finalement trouver les appartements de son vieil ami : un endroit qui avait l’air spacieux d’extérieur, on était loin du palace flamboyant tout d’or vêtu … Mais de toute façon, ce n’était pas comme s’il avait toujours été très proche de ce mode de vie là.

Le Baptistrel eut un petit sourire, avant de toquer à la porte d’un rythme particulier, que seul Ilhan reconnaîtrait s’il avait bonne mémoire, et toujours une bonne ouïe : six coups, quatre à la suite, puis deux espacés. Ce n’était pas grand-chose, mais c’était comme ça que Belethar s’annonçait à la porte du Tisseur, quand ils étaient encore tous les deux étudiants au Domaine.

De bons souvenirs qu’il avait hâte de se remémorer, avec, il l’espérait, de nombreuses autres discussions encore …

descriptionRetrouvailles [PV Ilhan] EmptyRe: Retrouvailles [PV Ilhan]

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Des coups toquèrent à la porte, alors qu’Ilhan travaillait à son bureau, la porte entrouverte sur le corridor. Il n’y prêta tout d’abord aucune attention, quand soudain le nombre de coups, anormalement élevés pour la première frappe, l’alerta. Et lui rappela de vieux souvenirs. Six coups. Suivis de quatre. Puis de deux espacés. Nul doute, il s’agissait de lui ! Belethar ! Déjà là ?

Ilhan releva la tête de son parchemin, et tenta de se remémorer la date. N’étaient-ils pas le 3 août ? Non, réalisa-t-il, effaré. Ils étaient le quatre du mois ! Le quatre ! Il avait oublié qu’en ce jour son ami, son frère d’âme, devait venir lui rendre visite ! Et dire qu’il ne s’était pas préparé ! Certes, il était en tenue un tant soit peu décente, mais en tenue d’intérieur. Nauséeux, fatigué, il avait préféré demander à rentrer chez lui pour finir son travail ici, plutôt qu’à la citadelle, et en avait profité pour se mettre plus à son aise. Un pantalon large, pouvant presque faire penser à une jupe tant les plis en étaient amples et nombreux, et une longue chemise lui arrivant jusqu’aux genoux, dont il avait noué les pans par une large ceinture blanche. Bien loin de son costume officiel, qui ciselait sa fine silhouette en une coupe sur mesure. Une tenue plus confortable, qu’il avait souvent portée au domaine toutefois, surtout lors de ses séances méditatives, alliant une coupe mi-elfique mi-althaïenne destinée aux heures de repos et d’intimité.

Mais déjà il entendait Dihya accueillir leur hôte, avec son éternelle voix calme et posée, aux accents chantants. Il n’était plus temps de se changer. Il devrait recevoir son ami ainsi, dans cette tenue frisant l’impolitesse. Il espérait toutefois que ce dernier ne s’en offusquerait pas. Pour tout avouer, il doutait qu’il s’en offusque réellement. Belethar n’avait jamais été porté sur ce genre de détails qui outrageraient la Cour et la haute société glorienne ou sélénienne. Le Baptistrel était bien loin de ces considérations purement superficielles.

Ilhan sentit son coeur battre chamade quand Dihya fit entrer l’homme dans son bureau. Aussitôt l’althaïen se leva, et s’avança vers son ami pour l’accueillir d’un sourire irradiant d’une douce mélancolie. Qu’il était heureux de le revoir. Qu’il était triste aussi de ne le revoir que maintenant, alors que mort allait peut-être bientôt lui ouvrir les bras…

Nous souhaitons que le soleil illumine tes pas, mon… frère, fit-il alors de ses accents chantants d’Althaïa.

Tout en portant la main sur son coeur, avant de la tendre paume vers le haut en direction de son ami, puis de l’abaisser. Tel le salut typique de sa ville natale, la Romantique. À mi-chemin entre le monde des hommes et la poésie des elfes.

Dihya recula et sortit, en fermant soigneusement la porte derrière elle.

Je suis heureux que tu sois venu jusqu’à moi, reprit-il.

"Je n’aurais pas pu venir jusqu’à toi alors", souffla une petite voix intérieure en lui.

Il hésita à s’avancer plus et à prendre la haute haute silhouette dans ses bras. Il n’était pas particulièrement à l’aise avec les contacts physiques masculins, mais il s’agissait de son presque frère, de ce frère d’âme qui avait su lui arracher quelques sourires et rires dans une période fort sinistre pour lui. L’un de ceux, rares et précieux, avec Maitre Kehlvelan, a avoir eu la patience, l’endurance, de le supporter, et surtout la force de le porter vers le haut, lui qui se laissait happer vers le bas, le vide, le néant.

Le néant… Non, il n’avait pas vraiment songé à Néant en ce temps-là. Plutôt à Mort. Pour rejoindre son épousée et son enfant décédés. Il avait tant appelé de ses vœux à partir vers cet étrange voyage pour se réincarner ailleurs, dans une autre vie, avec eux. Mais Belethar et Kehlvelan lui avaient ouvert les yeux, lui avaient tendu les bras, et l’avaient soutenu dans la douloureuse ascension le ramenant à la vie. "Il ne nous appartient pas de choisir quand vivre ou mourir", avait souvent dit son maître alors.

Et voilà maintenant que son frère arrivait, alors qu'il parcourait peut-être de nouveau ce chemin sinueux, mais quelque part libérateur, vers la mort. À croire que le baptistrel avait ce sixième sens pour sentir quand il était sur le point de chavirer. À cette pensée, son sourire s’élargit un peu plus, se teintant d’une pointe d’amusement.

Tu arrives juste à temps, souffla-t-il à voix basse.

Il espéra ne pas voir une quelconque pitié dans les perles noisettes de son ami, quand il découvrirait les signes d’affaiblissement physique, dans son teint plus pâle que d’ordinaire ou dans le léger liseré jaune pâle qui semblait vouloir teinter ses muqueuses, même si seulement visibles pour un œil averti.

Souhaites-tu une collation après tout ce trajet ?

Question purement formelle, en vérité, il était quasi certain que Dihya était déjà en train de préparer tout ce qu’il fallait pour offrir un repos savoureux à leur invité.


Retrouvailles [PV Ilhan] Ilhan-13


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descriptionRetrouvailles [PV Ilhan] EmptyRe: Retrouvailles [PV Ilhan]

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Alors que la porte s’ouvrit, Belethar ne trouva pas un homme mais bien une jeune femme. Le Baptistrel plissa alors les yeux un instant, se creusant la tête intérieurement. Il réfléchit à toute vitesse, essayant de remettre un nom sur ce visage dont il était sûr d’avoir déjà entendu parler …

“Nous souhaitons que le soleil illumine vos pas, Monsieur Espérancieux. Votre présence était attendue. Mon nom est Dihya.”

Ah, Voilà ! Dihya … C’était donc elle ! Belethar était sûr qu’Ilhan avait devisé à son sujet, un jour. Mais en même temps, s’il devait compter le nombre de sujets évoqués dans leurs conversations, sans doute en aurait-il pour toute une semaine à tout énumérer, sans dormir.

“Enchanté Dihya, vous pouvez m’appeler Belethar. Votre réputation vous précède !”

Fit le Baptistrel dans un large sourire. Qu’il était bon de revoir un chez-soi accueillant, où il était sûr de ne pas être jugé par son double statut, et bien d’autres choses encore.

La jeune femme eut le rouge qui lui monta un petit peu à la tête, elle se reprit néanmoins très rapidement et amena le Baptistrel à une pièce qui devait être le bureau de son vieil ami …

Décidément, Ilhan n’avait pas perdu son âme de bourreau de travail solitaire … À moins que … Elle et … Non. Il en aurait eu entendu parler bien avant ce jour, si tel avait été le cas. Et puis le Pater Familias savait Le Tisseur très attaché à son ancienne famille … Par tous les dieux, il espérait que cela allait mieux avec le temps.

Dihya poussa la porte de la pièce après avoir toquer quelques coups dessus, puis elle s’effaça, laissant les deux hommes à leurs retrouvailles. Quand Ilhan se retourna, Belethar se retint de toutes grandes accolades, sachant l’homme peu à l’aise avec les contacts, néanmoins là, il aurait bien voulu le prendre dans ses bras l’espace d’un instant.

Le Pater Familias aborda une expression inquiète pendant quelques instants, avant de hausser les sourcils, se fendre d’un sourire et d’un petit soufflement de nez nerveux. Mais qu’est-ce qu’il lui était encore arrivé …

“Nous souhaitons que le soleil illumine tes pas, mon… frère”

Même si sa mère était d’origine Althaïenne, l’éducation de Belethar n’avait pas du tout aidé de cet ordre là, gardant en lui bien plus le côté séculaire des Espérancieux, leurs valeurs et leurs histoires. De fait, même s’il comprenait cette salutation typique d’Althaïa, il n’avait jamais réellement intégré pourquoi tout ce rituel à la limite de la cérémonie, simplement pour dire … Bonjour ?

Le Baptistrel eut néanmoins un sourire attendri. Même s’il trouvait tout le cérémoniel assez superflu, Ilhan était comme ça. Attaché à son peuple, ses origines, ses manières, sa culture … Et c’était bien tout ce qui comptait en ce moment, Ilhan.
Derrière le sourire que Belethar ne pouvait décidément pas enlever de son visage depuis quelques minutes, se cachait un profond sentiment de soulagement de le voir encore vivant, et d’une chose accomplie qui n’aurait pas dû attendre autant de temps avant d’être faite.

Les voilà enfin réunis, et c’était tout ce qui comptait jusqu’à présent.

“Je suis heureux que tu sois venu jusqu’à moi”

Belethar haussa les sourcils, avant de finalement sortir de son silence :

“Allons, mon très cher frère, tu sais que j’aurai pu aller jusqu’aux confins de cette Terre si tu me l’avais demandé. Je suis infiniment heureux de te revoir enfin.”

Et c’était vrai ! Après tout, rien n’arrêtait un Espérancieux quand il voyageait, et encore plus Belethar. C’était l’avantage d’être lié au Pingouin, on avait la bougeotte, et l’envie de découvrir bien des pays.

Il nota que l’expression de son vieil ami changea enfin, de son habituelle mine sérieuse commençait à se dégager un sourire de plus en plus large, qui lui rappela bien des souvenirs. Voilà, là était le Ilhan qu’il connaissait : quelqu’un de sérieux, mais aussi bavard, déterminé et un peu plaisantin de temps en temps. Même si de toute évidence, de nombreuses choses avaient changé, il était heureux de voir que des choses qu’il avait toujours connu avait la vie dure, peu importe les épreuves qu’ils avaient tous deux traversés.

“Tu arrives juste à temps”

Belethar fronça un petit peu les sourcils, voyant son ami reprendre une mine triste. Même s’il savait que Ilhan avait tendance parfois à un peu dramatisé les choses, il n’aimait pas le voir comme cela.

Parce que ce genre de remarques, dites sur ce ton si précis, il aurait pu tout à fait les garder pour lui. Belethar avait étudié suffisamment de temps le langage, et connaissait suffisamment bien son ami pour le penser.

Ce n’était pas quelque chose placé comme cela l’air de rien, ça, c’était un appel à l’aide. Que peu de gens auraient compris.

Belethar eut une petite inspiration, avant d’expirer et retrouver son calme. Après tout, il avait connu Ilhan dans des situations assez extrêmes pour lui, tout ne pouvait pas être toujours tout rose … Mais tout de même. L’Althaïen était quand même assez maudit par le sort.

“Souhaites-tu une collation après tout ce trajet ?”

Belethar eut un rictus, avant de répondre :

“Oh toi tu sais me parler ! Tu sais que je ne dis jamais non à un bon repas après un long voyage !”

Néanmoins, le Baptistrel n’était pas dupe. Il ignorait si c’était un moyen d’esquiver le sujet, mais Ilhan n’allait pas s’en tirer comme cela, pas après ce qu’il lui avait dit en tout cas.

“Mais en parlant de long voyage … Je ne te demanderai pas de me raconter toutes tes aventures, après tout nous avons tout le temps que nous voulons pour ça … Enfin, nous l’avons, n’est-ce pas ?”

Belethar eut un sourire, et un petit regard en coin envers son ami. Celui qu’il connaissait bien, et qui voulait dire “Pas de bêtises, hein ?”. Le Pater Familias avait beau dire cela sur le ton de la blague, il tenait à ses proches. Et il était hors de question qu’un de ses plus vieux amis se saborde.

“Raconte moi plutôt, qu’est-ce qu’il t’attend ces prochains jours, mon frère ?”

Une question suffisamment ouverte et lourde de sens : “Qu’est-ce qu’y te tracasse tant ? Tu as besoin d’en parler ? Comment vont tes affaires ?  …”. Belethar savait Ilhan très intelligent, et tout à fait capable de lire entre les lignes d’un vieil ami qui profitait de retrouvailles pour s’assurer que tout allait bien. Pour autant, le Pater Familias n’exposait jamais les choses clairement par les mots, au risque de le blesser plus que nécessaire, alors qu’il paraissait déjà grandement affaibli.

Après tout, un Baptistrel avait fait le serment de ne jamais faire de mal à quiconque croise sa route.

descriptionRetrouvailles [PV Ilhan] EmptyRe: Retrouvailles [PV Ilhan]

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Un court instant, à voir son ami froncer des sourcils ainsi, Ilhan se morigéna d’avoir lâché cette petite allusion, même si à demi mots, sur son destin probablement funeste dans les mois ou semaines à venir. Belethar était loin d’être idiot pour comprendre que ces quelques mots en cachaient bien d’autres qu’il n’osait dire, ou préférait taire. Un peu des deux sans doute.

Il fut toutefois heureux que son presque frère réponde d’abord à son offre de collation. Ils revenaient sur un terrain plus serein, bien plus connu, et surtout bien plus joyeux. Il ne put que sourire, amusé, de l’énergie franche et de l’exclamation heureuse de Belethar à l’idée d’un bon repas. Il espérait que Dihya aurait préparé de quoi en conséquence.

Ilhan retint cependant une grimace quand Belethar parla de temps. En avait-il ? Non, peut-être pas. Pas tant que cela. Les jours n’étaient peut-être pas comptés, mais Ilhan avait la sensation que les semaines, elles, l'étaient. Mais tout le problème était là : ce n’était, pour le moment, qu’une sensation. Diffuse, inexplicable et inexpliquée. Les guérisseurs ne l’avaient jamais détrompé, mais ne lui avaient jamais répondu non plus. Et ce silence seul, ce refus de répondre, était selon lui un indicateur en soit. Cette sensation était peut-être plus proche de la réalité qu’il ne le pensait en fait. Qu’il n’aurait voulu le croire.

Il se contenta donc de lui répondre d’un sourire, cette fois teinté de nostalgie et de sourde mélancolie. Il préférait taire les mots pour le moment. Qu’ils s’installent déjà, que son ami puisse se mettre à son aise et profiter d’un peu de réconfort avant toute chose.

“Raconte-moi plutôt, qu’est-ce qu’il t’attend ces prochains jours, mon frère ?”

Tout un programme, fut-il tenté de répondre.

Oh beaucoup de choses, fit-il à la place. Mais viens, d’abord, installons-nous confortablement.

D’ordinaire, ils seraient allés au salon, mais ce dernier avait été dévasté suite au récent cataclysme herminesque avec un tome des tempêtes. S’ils avaient réussi à renforcer les murs, colmater la baie vitrée avec une construction de fortune et déblayer les plus gros dégâts, le salon restait impraticable. Son bureau avait donc hérité des quelques meubles rescapés, dans un angle près de la baie vitrée, dont notamment les deux banquettes de repas typiques d’Althaïa, qui encadraient une petite table.

Il lui indiqua alors l’une d’elles d’un signe de main et l’invita à le suivre pour s’y asseoir. Ou se coucher, s’il le souhaitait. Ces banquettes permettaient en effet de prendre des repas à la mode typique d’Althaïa pour les repas quotidiens ou intimes, à savoir semi-couché.

Mets-toi à ton aise. Profite de ce petit espace de calme et de paix autant qu’il te plaira, offrit-il, tout en prenant place lui-même dans celle permettant de garder un œil aussi sur la porte.

Un ancien réflexe de sa vie d’espion. Des réflexes qui avaient la vie dure… Il s'y installa posé sur un coude, du côté gauche, soulageant ainsi son côté droit où une douleur lancinante le taraudait.

D’ordinaire je reçois mes invités pour les repas dans le salon, mais ce dernier a été… dévasté… par un petit accident magique.

Au mot "petit", il tiqua légèrement, se souvenant qu’il valait mieux éviter de mentir en présence de baptistrels. Certes, Belethar ne l’était pas encore en tant que tel, et n’était donc pas sensible à toute forme de mensonge, même omis, mais il vivait selon leurs préceptes et avait été sensibilisé à tous les signes de ce genre.

C’est une longue histoire…

À peine disait-il cela, que trois coups frappèrent à la porte et que Dihya refit son apparition, accompagné de Shan et de sa femme. La quantité de plateaux qu'ils apportèrent fit songer à Ilhan que, si lui avait oublié le jour de la venue de son ami, Dihya, elle, l'avait parfaitement gardé en tête et avait déjà tout préparé. En témoignait la diversité de plats qu'ils déposèrent sur la table. Suivirent assiettes et couverts, puis une carafe de vin et d’eau, ainsi que des verres, un pour chacune des boissons. Ils firent le service du vin, puis Dihya déposa sur une petite assiette une petite bouchée de chaque mets et les goûta un à un. Face à cet ancien rituel du goûteur, Ilhan offrit un discret sourire à Belethar, mais ne ressentit ni le besoin de s’expliquer ni la nécessité de s’excuser. L’Ewr le connaissait assez bien pour connaître ce rituel althaïen dont il n’avait pu se défaire avec sa légendaire paranoïa, exacerbée depuis son long séjour à Gloria et le double rôle qu'il avait joué si longtemps.

Enfin, les serviteurs s’inclinèrent et prirent congé, laissant de nouveau les deux hommes seuls.

À toi l’honneur, fais-toi plaisir. Prends tout ce qu’il te plaira.

Et il y avait de tout. Des mets de viandes raffinées, aux douces épices, des légumes marinés ou grillés,  des fruits savoureux, des gâteaux althaïens goûteux… Tous présentés dans des petits plats, incitant à prendre un peu de tout, telle que la Romantique en avait coutume, plutôt que de n'offrir qu'un imposant plat de résistance. Tous les goûts pouvaient se satisfaire.

Lui-même ne se servit pas et se contenta de boire… non pas du vin, mais de l’eau. Ses nausées avaient eu grand mal à passer depuis le matin au lever, et il préférait ne pas les attiser en cédant à une quelconque gourmandise.

J’espère que tu me pardonneras de ne pas t’accompagner.

Il préféra ne pas en dire plus. Dire qu’il n’avait pas faim ou qu’il avait déjà mangé serait un demi-mensonge. Ce ne serait que prétextes fallacieux, fausse excuse de politesse, mais mensonge éhonté que son ami détecterait peut-être aisément. Et la politesse devant un baptistrel, même apprenti, était d’éviter de mentir, autant que faire se pouvait. Un art délicat pour lui.

Tu voulais savoir mon programme ? Pour les jours à venir, il est assez chargé. Nous avons reçu il y a quelques jours à peine la nouvelle bourgmestre de Caladon, Dame Eleonnora Ostiz, ainsi que certains de ses conseillers, dont Dame Autone Falkire. Notre Intendante et la bourgmestre de Caladon vont maintenant se rendre au lac d’Emeraude pour l’intronisation officielle de Dame Ostiz à son titre au sein de l’Alliance. Pour ma part, je dois aussi préparer un voyage diplomatique…

Et de vente de caisses…

À Sélénia. Je devrais partir vers le dixième jour de ce mois. Je n’y resterais que quelques jours à peine et espère être rentré fin du mois au plus tard. Nous avons aussi de grands projets en cours, concernant l’abolition de l’esclavage des Graärh en Delimar, et nous envisageons un possible rapprochement avec la tribu Graärh de Néthéril. Un voyage sera sans doute organisé en cette île courant septembre ou octobre. Sans compter le travail en continu du Conseil de Cordont ou du Bureau d’Etudes des Ekynoppires à superviser.

Se disant, il émit un petit rire, en songeant qu’énoncé ainsi, cela semblait beaucoup. Et cela l’était. Si l’on ajoutait sa peine à purger avec son travail de caisse deux heures par jour...oui, cela faisait beaucoup, et il ressentait la fatigue le harasser chaque jour durant. Et encore, il n’avait pas tout dit… Il n’avait pas parlé de ses projets pour l’Alliance, sur lesquels il réfléchissait toujours, ni son intérêt pour la loge, dont il suivait l’évolution même si de loin, ni encore de son rôle de Tisseur et de la Toile à orchestrer aussi…

Si je devais résumer, voilà à peu près ce qui est prévu.

Il laissa un petit silence planer, songeant qu’il pourrait ajouter "et peut-être mourir ensuite". Mais il préféra taire cette petite pique cynique qui lui était venue, et qui risquait d’entacher la joie du moment.

Et toi, quelles aventures t’appellent dans les jours ou semaines à venir ? Quel voyage ? Et ta famille, comment se porte-t-elle ? J’espère pouvoir voir tes frères, s’ils sont venus avec toi, au moins pour avoir la joie de les saluer.


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Belethar écouta d’une oreille attentive le fait que son grand ami avait encore “beaucoup de choses” à faire ! Décidément, il semblait bien fatigué, et pourtant rien ne l’arrêtait … Il le reconnaissait bien là ! Mais tout de même, il devait songer à un jour prendre un peu de temps pour lui …

Mais bon, c’était toujours la même chose, Belethar allait lui dire -et il n’était probablement pas le premier à le faire-, et Ilhan allait lui répondre “oui” sans le faire, ou bien il ne lui répondrait tout simplement pas. Il ne jugea donc pas opportun de relever quoi que ce soit.

En fait, à ce moment précis, les deux personnes jouissaient d’un moment de calme : probablement un des rares que Ilhan avait ces derniers jours, alors Belethar comptait bien en profiter.

A son invitation de se mettre à son aise, le Pater Familias ne se fit encore une fois pas prier, et prit ses aises en s’allongeant de toute sa longueur sur la banquette laissée libre par son vieil ami, qui avait encore une fois pris le siège du côté de la porte.

Décidément, il ne changeait vraiment pas.

“Et les fenêtres, tu y as pensé ? Barricade les, au cas où on catapulte un glacernois pour venir te faire du mal !”

Ne put s’empêcher d’ironiser le jeune homme, avant de hausser les sourcils et de sourire.

Oh non, ça il ne changerait pas, et encore heureux ! Même si la blague était un peu potache, il fut un temps lointain à l’ancien Domaine où le sport favori des deux jeunes hommes étaient de pratiquer ce genre de blagues idiotes. Alors parfois, il est vrai que l’apprenti baptistrel avait des réminiscences …

Cela dit il se calma après coup, et fit attention à quelques détails ayant attiré son attention dans l’attitude d’Ilhan : il se tenait de manière étrange, seulement du côté gauche … Sans doute était-ce pour mieux voir Belethar mais … Quelque chose clochait. Il connaissait l’althaïen depuis longtemps, et jamais auparavant il n’avait fait ça.

Une maladie quelconque ? Cela expliquerait les yeux fatigués, et tout le reste … ? Belethar tâcherai de fouiller dans son savoir Baptistrel, bien que depuis un certain incident avec son maître la guérison ne soit vraiment pas son fort … De toutes les façons, il était sûr que le Tisseur était entre de bonnes mains. Il ne pouvait en être autrement.

– D’ordinaire je reçois mes invités pour les repas dans le salon, mais ce dernier a été… dévasté… par un petit accident magique.

Ça, par contre, c’était un pieux mensonge. On aurait presque dit un petit enfant qui camouflait sa bêtise. Belethar haussa un sourcil dans la direction de son ami, avant de se mettre à rire de bon coeur.  Il n’était pas encore un expert en détection de mensonges, mais là … Disons que ce n’était pas la plus croyable des histoires que l’Althaïen lui avait raconté.

– C’est une longue histoire…

Belethar, entre deux pouffements, ajouta :

“Oh tu en es sûr ? Tu sais, si tu as besoin des services de la famille pour refaire ton salon comme neuf, tu peux directement me le demander ! Comme on se connaît bien, je pourrais même t’accorder l’immense privilège de faire tout cela gratuitement!”

Alors évidemment, Belethar surjouait peut être un peu, mais il pensait sincèrement ce qu’il venait de dire. Il n’était pas venu ici pour parler d’affaires, mais là c’était différent : comme il l’avait souligné auparavant, pour aider son presque-frère, il aurait été prêt à soulever des montagnes.

A vrai dire, il aurait bien pousser sa plaisanterie jusqu’à aller constater les dégâts de ses propres yeux, mais quand il eut l’intention de se lever, on toqua à la porte. Belethar tâcha donc de reprendre un peu de sérieux, et contempla plutôt tout ce qu’on avait préparé pour les deux hommes.

Et encore une fois, le raffinement Althaïen fut largement respecté ! Même si Ilhan avait compté mille fois les bons vivres de sa région, complètement étrangers à Belethar malgré ses origines althaïennes avérées, là, le Pater Familias constatait encore une fois que tout ceci n’était pas des balivernes : des mets sucrés, salés, tous avec une odeur succulente …

C’était à se demander s’ils n’étaient réellement que deux, ou si tout le gratin de la haute société délimarienne n’allait pas lui aussi, traverser cette porte.

Puis il y eut ce rituel du goûteur. Sérieusement. Belethar lança un autre regard grave à son ami, avant de hausser les sourcils. Non, définitivement, il ne changerait jamais. L’époque de l’Empire avait beau être loin derrière eux, et pourtant …

A vrai dire, il avait dit cela sur le ton de la plaisanterie tout à l’heure, mais l’Enwr se demandait si le maître espion n’avait pas réellement penser à cette histoire de catapultage de Délimarien.

A la fin du petit rituel, les serviteurs firent un petit salut, et Belethar ponctua leur sortie par une petite phrase :

“Grand merci à vous ! Ilhan peut être fier d’avoir des personnes comme vous à sa disposition. Vous nous assurez un repas qui à coup sûr, va nous régaler.”

Toujours être cordial avec son prochain, même s’il était socialement plus petit que vous. Être empathique, savoir prendre les gens, avoir toujours cette petite phrase qui fait plaisir … Voilà un effort que Belethar essayait de mener depuis un certain temps déjà. Ce n’était pas grand chose, mais si cela pouvait aider à instaurer un inespéré climat de paix entre les peuples …

Voyant que l’élève baptistrel se redressait de son siège pour manger, ce qu’il trouvait tout de même plus pratique que manger coucher, n’en déplaise aux traditions de son grand ami, Ilhan l’incita à piocher dans les plats, ce qu’il fit prestement.

Le voyage creusait, et Belethar avait grand faim ! Alors il se servit généreusement, d’un peu de tout. De cela par contre, le Pater Familias en était assez coutumier : il avait suffisamment manger à la même table qu’Ilhan pour comprendre comment les repas se passaient avec lui. Cela l’avait un peu surpris au début, mais on s’y faisait assez rapidement, et puis il y avait un côté plus pratique à picorer dans les mets progressivement … Sans doute devrait-il s’inspirer de ces méthodes pour les grandes réceptions à venir au Manoir Espérancieux.

Un autre détail fit cependant tiquer l’élève baptistrel, quand son ami de toujours lui fit :

“J’espère que tu me pardonneras de ne pas t’accompagner.”

Belethar eut une petite grimace, qu’il renfrogna aussitôt qu’elle fut venu, alors que Ilhan se servit simplement de l’eau. C’était donc définitivement sûr qu’il y avait un sujet de santé. Ne pas manger et ne pas boire de vin pouvait peut être paraître anodin dans beaucoup de contextes, mais pas avec tous les signaux que le Pater Familias avait vu auparavant.

Il se retint cependant de tous regards de pitié pour son ami, et tacha de prendre sur lui pour essayer de ne pas trop lui poser mille et une questions à ce sujet. Après tout, cela devait être un calvaire suffisant pour lui, et il devait suffisamment en entendre parler pour ne serait-ce que bénéficier d’un tout petit moment de calme avec son ami.

Belethar se voulait donc rassurant, et fit :

“Ne t’inquiète pas, ça ira.”

Bon bien sûr, il n’aurait pas dit non à un bon gueuleton entre amis, mais ils auraient d’autres occasions … Et puis s’il le voulait, Ilhan avait le contact d’un des meilleurs guérisseurs que ce monde n’avait jamais porté en la personne de leur maître à tous deux. Et si lui ne pouvait rien faire, alors quelqu’un d’autre que l’elfe connaissait le pourrait sûrement … Tout du moins il l’espérait fort. Il pouvait donc se détendre à présent, tout du moins autant que sa maladie ne lui permettait.

Un petit silence s’installa, qui fit un peu taper du pied à Belethar : maudit silence … Le long de ses années d’existence, il avait apprit à le détester. Mais fort heureusement Ilhan vint le briser assez rapidement :

- Tu voulais savoir mon programme ? Pour les jours à venir, il est assez chargé. Nous avons reçu il y a quelques jours à peine la nouvelle bourgmestre de Caladon, Dame Eleonnora Ostiz, ainsi que certains de ses conseillers, dont Dame Autone Falkire. Notre Intendante et la bourgmestre de Caladon vont maintenant se rendre au lac d’Emeraude pour l’intronisation officielle de Dame Ostiz à son titre au sein de l’Alliance. Pour ma part, je dois aussi préparer un voyage diplomatique à Sélénia. Je devrais partir vers le dixième jour de ce mois. Je n’y resterais que quelques jours à peine et espère être rentré fin du mois au plus tard. Nous avons aussi de grands projets en cours, concernant l’abolition de l’esclavage des Graärh en Delimar, et nous envisageons un possible rapprochement avec la tribu Graärh de Néthéril. Un voyage sera sans doute organisé en cette île courant septembre ou octobre. Sans compter le travail en continu du Conseil de Cordont ou du Bureau d’Etudes des Ekynoppires à superviser.

Belethar haussa les deux sourcils cette fois-ci. Effectivement “beaucoup de choses” était de mise pour toutes ces activités là. Mais il reconnaissait bien là son ami. Toujours à mijoter quelque chose, tisser ses liens … Et dire qu’il avait osé faire croire qu’il allait tout plaquer pour élever des chèvres.

A l’écouter à présent, et sans bien le connaître, on pouvait vraiment peiner à le croire. Un jour, peut être son ami trouverait du repos. Mais ce serait quand ses tâches seraient accomplis, tout du moins il l’espérait …

- Si je devais résumer, voilà à peu près ce qui est prévu.

Un ange passa, et pendant ce passage, Belethar ne put s’empêcher de combler le silence qui commençait vraiment à le gêner :

“Quelle vie est celle que tu mènes, mon frère ! Ton dévouement pour ta patrie est vraiment à saluer. J’espère que les instances dirigeantes te le rendent bien.”

Et il est vrai que Belethar n’avait plus vu d’Ilhan comme celui-ci depuis un certain temps. C’était assez paradoxal d’ailleurs, car il paraissait tellement fatigué, mais à l’écouter il semblait encore avoir des milliers de projets sur le feu. Sans doute avait-il retrouvé cette petite flamme qui faisait battre le coeur de chaque être humain dans le développement de l’Alliance, et de Délimar. Il tâcherait de lui demander pourquoi l’Océanique spécialement, plus tard. Après tout, Belethar avait bien choisi Ipsë Rosea comme nouveau foyer de sa famille pour ses propres raisons aussi …

– Et toi, quelles aventures t’appellent dans les jours ou semaines à venir ? Quel voyage ? Et ta famille, comment se porte-t-elle ? J’espère pouvoir voir tes frères, s’ils sont venus avec toi, au moins pour avoir la joie de les saluer.

Evidemment, la fatidique question finit par arriver. Belethar, au contraire de son ami n’était pas toujours très à l’aise avec ses fonctions, et parler de son “programme” était quelque chose qu’il avait un peu de mal à faire : non pas qu’il dénigrait son importance dans la famille, mais il estimait qu’il faisait seulement le nécessaire pour que tout fonctionne … A ce sujet, justement, heureusement que Tomhar et Alexandhar, ces deux redoutables cousins que Belethar considéraient un peu comme ses frères eux aussi, étaient là pour l’aider …

Belethar bu une petite gorgée de vin, avant de tout dévoiler à son ami :

“Eh bien eh bien, je dois dire que de mon côté aussi les affaires battent leur plein en ce moment. L’avantage, quand tout est plus ou moins à construire c’est qu’il y a beaucoup de travail pour les architectes. D’ailleurs, Tomhar et Alexandhar devaient consulter quelques officiels de Delimar pour essayer de vendre nos services, je suppose qu’ils viendront un peu plus tard, une fois leurs discussions closes, mais tu les connais ... Quand ils ont quelque chose en vue, hors de question de les détourner de l’objectif. Même si la ville est particulière dans son fonctionnement, nous tenons à renforcer notre implantation dans l’Alliance.”

Tout ceci était vrai, évidemment. Le Pater Familias s’autorisa un petit regard à sa bague, porteuse de toutes ses responsabilités actuelles. A vrai dire, les affaires allaient très bien, l’activité de la famille avait atteint des records ces derniers jours. L’arrivée des peuples sur Tiamaranta avait été très bénéfique pour les Espérancieux, sur de nombreux aspects : le besoin de matière premières, et le savoir des architectes n’avaient jamais été aussi demandés …

“Particulièrement, la famille va potentiellement attraper un gros contrat avec Caladon, tout du moins j’ai reçu une missive de la nouvelle Bourgmestre allant dans ce sens. J’ignore encore les détails du projet, mais Dame Ostiz semblait bien déterminée à s’offrir nos services …”

Même si Belethar n’avait pas très envie de retourner dans cette ville qu’il avait tout fait pour fuir ces derniers mois, parfois on ne pouvait tout simplement pas refuser des offres : refuser la requête de la nouvelle Bourgmestre, et c’était l’assurance que tous les commerçants se mettent subitement à bouder les Espérancieux. Pour la bonne santé financière de sa famille, et son influence, même si Belethar avait encore quelques réserves vis-à-vis de cette jeune femme à cause de nombreux retours assez sulfureux venant des Espérancieux sur la famille Ostiz, ils se devaient de contracter ensemble.

Belethar soupira, avant de reprendre :

“Et puis il y a eu notre déménagement à Ipsë Rosea. Avec le décès de Père, et mon arrivée sur le devant de la scène, j’ai sauté sur l’occasion en apprenant la formation de cette ville. Même si notre implication dans la vie de tous les jours de nombreuses personnes est indiscutable, j’avais besoin de retrouver un cadre de développement sain pour la famille, et aussi pour la fin de mes études au Domaine … Tu connais Maître Kehl, même s’il est comme il est, je touche presque du doigt mon intronisation, mais bon … Il faut attendre l’heure. Et en l'occurrence, Ipsë Rosea représente parfaitement ce cadre d’entre-deux dont j’ai besoin actuellement, d’autant que tu me connais, j’ai toujours une idée derrière la tête …”

Et c’était l’instant où Belethar allait parler de paix dans le monde. Il avait eu ce débat stérile au moins une centaine de fois avec Ilhan, mais qu’à cela ne tienne, il allait encore une fois enfoncer des portes ouvertes. Après tout, il lui avait demandé comment allaient les affaires, alors pas de raisons qu’il n’en parle pas !

“Avec l’arrivée de tout le monde sur Tiamaranta, et les catastrophes en cascade que le monde a connu, je me suis remis à voyager et surtout, beaucoup écrire. Tu vas encore une fois me trouver stupide, mais j’aimerai vraiment concrétiser ce système d’organisation plus sain où on privilégierait la paix et le progrès des races … Je pense toucher quelque chose du doigt, mais je ne suis pas encore sûr de la forme que cela va prendre. Peut-être quelque chose comme un ordre …”

Belethar, prit dans ses pensées, s’arrêta de parler avant de faire une grimace et de reprendre :

“Mais tu me connais, j’ai un peu de mal avec le concept d’ordre, et de rites initiatiques, même si je pense qu’il en faudra pour structurer tout ça … Il faudrait quelque chose en premier lieu de très simple à réaliser, qui permettrait de répandre ces idées comme une traînée de poudre … Enfin bref. Comme tu peux le constater, rien encore de très concret.”

Sans s’en rendre compte, le baptistrel avait monopolisé la parole pendant un petit moment maintenant. Désireux de ne pas non plus trop capter l’attention pour lui, il se permit une pause “manger” où le Pater Familias vint se resservir dans les plats, permettant peut être à son ami de lui même raconter des anecdotes …

Dernière édition par Belethar Espérancieux le Dim 27 Oct - 20:37, édité 1 fois

descriptionRetrouvailles [PV Ilhan] EmptyRe: Retrouvailles [PV Ilhan]

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Aux blagues de son ami sur les fenêtres ou les catapultages de glacernois, Ilhan sourit et leva les yeux au ciel. En toute autre présence, il ne se serait pas permis de montrer de tels signes, à la fois amusé et titillé d’agacement, mais il était en présence de Belethar et pouvait laisser tomber, un peu, ses masques habituels. Même si les habitudes avaient la vie dure et qu’il lui était impossible de se départir totalement de certaines d’entre elles. Dont Dame Paranoïa, sa si belle amie, et si vieille compagne, qui lui avait maintes fois sauvé la vie, n’en déplaise aux mesquines plaisanteries de son presque frère. Parlant paranoïa, il ne put toutefois empêcher son regard sombre de sonder brièvement la baie vitrée… Il était vrai que, si elles étaient magnifiques, elles étaient aussi une invitation éhontée aux intrusions inopinées. C’était un point non négligeable à penser.

Puis, soupirant devant cette soudaine idée saugrenue, il tenta de se rassurer. Sa cour intérieure était dotée de hauts murs difficiles à surmonter et il comptait dans sa maisonnée un serval redoutable aux yeux acérés… Nulle crainte à avoir de ce côté-là… n’est-ce pas ? Non, nulle crainte, tenta-t-il de se persuader, tout en chassant cette agaçante pensée qui soudain le titillait.

Il n’en offrit pas moins un sourire amusé qui s’élargit un peu plus au sourire que son frère lui offrit. Rares étaient ceux qui pouvaient prétendre savoir lui extirper pareil amusement ou pareille expression de son visage.

Besoin des services de la famille pour le salon ? Oui et non. Il avait déjà quelques délimariens prêts à se pencher sur les travaux. Il n’était pas bien sûr qu’ils apprécieraient être supplantés alors par un étranger. Toutefois, il appréciait aussi l’offre de son ami et était bien tenté de l’accepter. Même si en partie. Les délimariens accepteraient-ils de travailler de pair avec la famille Espérancieux ? Et vice-versa d’ailleurs. Il n’en savait rien. Mais pouvait toujours tenter… en toute diplomatie.

Toutefois il n’eut le temps de répondre que déjà les plats arrivaient. Ilhan ne put que sourire, ses yeux sombres pétillant en voyant le plaisir évident que Dihya ressentait aux compliments avenants que lui offrait Belethar. Lui-même, sans être généreux en compliments, traitait toujours sa maisonnée avec respect et avec autant de dévouement que ses "domestiques" lui accordaient, et tentait toujours de leur montrer politesse et attention. Mais il était rare que ses invités en fassent toujours de même. Ce geste fut donc d’autant plus apprécié. Et il hocha la tête vers son presque frère, en un signe silencieux de remerciement chaleureux.

Puis il l’observa manger. Il devait avouer être déçu de ne pouvoir partager ces petits plaisirs de la chair avec son ami. Sans être gourmand, il était gourmet et appréciait assez les saveurs qui faisaient pétiller ses sens. Il dut donc se contenir pour ne pas se rendre plus malade encore qu’il ne l’était. Sentant de toute façon qu’à la moindre bouchée, il rendrait tout le contenu de son estomac avant même de l’avoir avalée.

À la question de si les instances dirigeantes le lui rendaient bien, il se contenta de montrer son environnement d’un large signe de main. Ce luxe, surtout en Delimar, était déjà un grand privilège. Bon, il y avait les travaux de caisse, maudite dette d’intérêt général, mais détails que tout cela, n’est-ce pas ? Il se mordit toutefois la langue pour retenir le petit commentaire cynique qui lui venait à ce sujet. Et il devait avouer avoir assez honte d’avoir été condamné en procès de cour martiale. Il préférait ne pas s’épancher sur le sujet. Son presque frère le savait-il ? Était-il au courant de ce déshonneur qui l’affligeait ? Il n’en savait rien. Le lui confierait-il ? Il n’en était pas sûr. Peut-être… si le sujet venait. Mais la honte le muselait pour l’heure.

Il préféra donc écouter le récit des aventures des Espérancieux, hochant la tête par intermittence, heureux d’avoir enfin toutes ces nouvelles. Même si pour certaines, il en avait déjà eu vent, notamment pour leur installation en Ipsë Rosea. Araignées obligent, il avait eu connaissance de certaines évolutions…

Je leur souhaite bon courage pour convaincre quelques délimariens que ce soient de faire affaire. Mes concitoyens sont rudes sur ces sujets-là, d’autant plus dans un domaine qu’ils maitrisent déjà. Ta famille a certes de bons arguments à leur présenter, mais les almaréens se défendent assez bien aussi en architecture.

Et le "assez bien" était un doux euphémisme.

Il leur faudra nous apporter quelque chose que Delimar ne possède pas encore. Une expertise, un savoir, à partager, qui puisse réellement compléter les connaissances actuelles de notre cité.

Il nota toutefois l’information d’un contrat avec Caladon. Cela ne l’étonnait guère, mais cette information n’était pas tombée dans l’oreille d’un sourd. Allez savoir l’importance qu’elle pourrait revêtir à l’avenir…

Au mot décès de son père, Ilhan hocha la tête en un geste grave et solennel. Il en avait eu vent aussi et avait alors, à ce moment-là, envoyé une missive de condoléances à son ami et sa famille. Il hésita à les lui représenter de vive voix, mais une étrange pudeur le fit taire, de peur de raviver la douleur de cette perte. Le moment était au partage et aux joies simples. Il s’en voudrait de le ternir par des mots trop révérencieux qui les projetteraient de nouveau dans un passé de perte et de peine. Belethar connaissait son affection et ses yeux sombres parlaient pour lui en tentant de lui communiquer tout son soutien et sa tendresse à cette pensée.

Quand l'Ewr évoqua soudain ses projets d’écrits, Ilhan eut un sourire moqueur et taquin, même si teinté de tendresse, et, dans un léger mouvement en arrière, leva de nouveau les yeux au ciel. Toutefois dans sa position, ce simple geste lui arracha une légère douleur et l’onde irradia son corps le figeant un court instant, avant qu’il ne reprenne sa position précédente, plus lentement, les traits légèrement crispés.

Il y a eu déjà de nombreux ordres de ce genre, et tous ont échoué. La caste des dragonniers en fut le plus cuisant des échecs, souffla-t-il presque en un murmure, tentant de cacher sa douleur sous ses accents althaïens trainants.

Il laissa un lourd soupir s’échapper. Ils avaient déjà eu maintes fois cette discussion. En effet, souvent, il l’avait traité d’utopiste. Mais qui était-il au final pour jeter ses belles idées dans les braises de son cynisme désabusé ? Il était étrange qu’il doive arriver au seuil de sa mort pour voir combien cette attitude avait pu, peut-être, blesser son frère alors. Pris d’un soudain remords, son regard s’adoucit, et il lui offrit un sourire contrit.

Mais qui suis-je pour te traiter de stupide ? Je suis aussi fou que toi et nourris, même si en secret, des rêves encore plus fous. Ton rêve est beau et empreint de bonnes intentions, mon frère, et loin de moi l’idée de vouloir te blesser en voulant le briser. J’aimerais que ton rêve se réalise. Vraiment. Non, ajouta-t-il en hochant la tête négativement, je ne te traiterai pas, pas une fois encore, d’être stupide. Et te présente mes excuses pour l’avoir fait tant de fois dans le passé.

Il baissa les yeux et se redressa en position assise, non sans une légère grimace, en se tenant le côté droit.

Si ton rêve te tient tant à coeur, alors vas-y. Fais tout pour qu’il se réalise, quand bien même tu ne pourrais jamais le voir se réaliser pleinement de tes yeux peut-être. Fonce, et ne laisse personne, pas même moi, dire que tu es un imbécile utopique. Les utopies, même les plus folles, ont souvent construit notre monde après tout. Je ne me permettrai qu’un conseil : pour forger l’avenir de ton rêve, n’oublie pas d’étudier les erreurs de tes prédécesseurs passés et songe au présent qui existe. Alors tu pourras forger ce qui te tient à coeur. Alors oui, ton rêve se fera plus clair… et plus concret.

Et c’était là un conseil du Tisseur. Pour lui-même, son rêve avait pris forme, ou du moins, si ce n’est devenir réalité, s’était formalisé, une fois qu’il avait analysé ce qu’il voulait, ce qui avait déjà été tenté par tant d’autres par le passé, ce qui existait dans le présent, et ce qui manquait peut-être pour que se forge ce rêve fou et si doux.

Notre passé nous forge, notre présent nous lie et nos intentions enfantent notre avenir, souffla-t-il de nouveau, lui répétant la devise de la maison Avente.

Une devise qui avait si souvent guidé ses pas, et ses choix.


Retrouvailles [PV Ilhan] Ilhan-13


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Langue Nordique : #46adea
Langue Elfique : #8a75ac

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Belethar prit un air des plus curieux quand son frère de coeur se mit à lui parler du savoir almaréen quant à l’architecture, et du fait que Delimar était une cité rude qui ne coopérait peut être pas avec eux.

Il ne doutait pas vraiment des capacités persuasives de ses cousins (il leur accordait même toute confiance quant à la recherche et la conclusion d’affaires avec des potentiels clients), en revanche, cette évocation des almaréens, voilà quelque chose qui perturba le Pater Familias.

Les rares fois où il avait entendu parler d’Almara et de son peuple, c’était en négatif. Sa famille avait failli se faire décimer à l’époque par les raids des almaréens, et la rancune Espérancieuse n’étant pas spécialement connue pour être très courte, il était évident que l’on avait gardé le dicton : « Tout sauf Almara », un peu ancré dans les têtes.

Néanmoins de nouvelles impulsions d’ouverture d’esprits parcouraient la famille depuis un certain temps, et peut être que l’arrivée sur Calastin était l’occasion de refermer les blessures du passé …

Après tout, peut-être que ces almaréens seraient contents de faire du partage de connaissance envers des personnes bienveillantes de l’Alliance. Belethar garda cette idée dans un coin de sa tête, pour un peu plus tard.

Vint ensuite le moment où son frère de cœur discrédita inévitablement ses idées de paix et de nouvel ordre social. Evidemment. On n’apprenait pas à une chèvre à faire du bon lait. Néanmoins, si la plaisanterie l’aurait bien amusé en temps normal, présentement l’apprenti baptsitrel était plus occupé par les mimiques de douleur qu’Ilhan essayait de cacher.

Honnêtement, Belethar prenait sur lui pour esquiver le sujet, et pour ne pas proposer son aide, car quelque part l’Enwr savait que faire cela revenait de rajouter de l’huile hautement inflammable sur l’incendie, mais la situation devenait de plus en plus complexe : d’abord les traits fatigués, puis le manque d’appétit, et maintenant les instants de paralysie …

Evidemment, l’Enwr prenait un air concerné quand il voyait ainsi son ami qu’il avait connu si jeune et dynamique de plus en plus souffrant … Belethar refusait de penser au pire, mais si Ilhan devait mou… Non. Il ne fallait pas y penser.

Le Pater Familias se secoua rapidement la tête, et tâcha de reprendre ses esprits et de se focaliser sur un sujet plus guilleret.

« Mais qui suis-je pour te traiter de stupide ? Je suis aussi fou que toi et nourris, même si en secret, des rêves encore plus fous. Ton rêve est beau et empreint de bonnes intentions, mon frère, et loin de moi l’idée de vouloir te blesser en voulant le briser. J’aimerais que ton rêve se réalise. Vraiment. Non, je ne te traiterai pas, pas une fois encore, d’être stupide. Et te présente mes excuses pour l’avoir fait tant de fois dans le passé. »

Belethar grimaça en même temps que son ami en le voyant frissonner de douleur, après cette confession puis inspira longuement. Il s’était promis de ne pas pleurer, pourtant là, une larme vint couler sur sa joue.

L’Enwr n’avait jamais été très doué pour cacher ses émotions, en tout cas bien moins que son ami en face de lui. D’ailleurs, Belethar ne s’en était jamais fait une grande affaire personnelle : même si nombre de sa famille le traitait parfois d’« hyper-émotif », il assumait d’être la personne qu’il était, même s’il pouvait parfois avoir des réactions un peu disproportionnées sur certaines choses.

Présentement, à voir son ami lutter comme cela contre une maladie dont il ignorait les symptômes, et à lui dire des choses que Belethar savait qu’il pensait à force de discussion avec lui, mais qu’il ne lui avait jamais vraiment dit …

Le pater familias eut un petit sourire envers son ami, écrasant sa larme avec un revers de manche. Il n’avait pas besoin d’excuses, très loin de là. Leurs discussions des heures durant, leur amitié, et tout ce qui s’en était suivi à elles seules suffisaient. Ilhan était lui aussi un Noble, avec toutes les lettres de noblesses qui composaient ce mot : un être respectueux, qui savait trouver les mots pour le réconforter en toutes situations, mais qui savait aussi relever quand Belethar partait trop loin, et amener sa réflexion vers des pistes plus faisables, où sur un autre point de vue que même s’il ne l’appréciait pas, il devait le prendre en compte pour que son projet avance.

Alors … Des excuses ?

Tout ceci était tout bonnement stupide, et ne devait être des choses que les deux hommes se réservaient quand ils étaient sur leur lit de mort …

Or, l’apprenti baptistrel craignait que ce jour n’arrive plus vite qu’il ne le pense.

Belethar souffla un petit coup, avant de se reconcentrer sur ce que finissait de lui dire son ami :

« Si ton rêve te tient tant à coeur, alors vas-y. Fais tout pour qu’il se réalise, quand bien même tu ne pourrais jamais le voir se réaliser pleinement de tes yeux peut-être. Fonce, et ne laisse personne, pas même moi, dire que tu es un imbécile utopique. Les utopies, même les plus folles, ont souvent construit notre monde après tout. Je ne me permettrai qu’un conseil : pour forger l’avenir de ton rêve, n’oublie pas d’étudier les erreurs de tes prédécesseurs passés et songe au présent qui existe. Alors tu pourras forger ce qui te tient à coeur. Alors oui, ton rêve se fera plus clair… et plus concret. Notre passé nous forge, notre présent nous lie et nos intentions enfantent notre avenir »

Belethar hocha la tête, patiemment. Combien de fois s’était-il fait cette réflexion, quand sa famille l’avait poussé à tout faire sauf rejoindre l’ordre baptistral. Au début, ses réflexions n’étaient que des rêves d’enfant, mais le temps, les études, l’expérience, l’avait convaincu qu’avec de la volonté, tout pouvait se réaliser.

Les races avaient héroïquement survécu de très nombreuses dévastations, avaient su défendre des valeurs communes au moment où tout semblait perdu … Alors même si le climat actuel n’était pas au beau fixe pour une bonne entende des peuples, Belethar sentait qu’avec les bons éléments, on pouvait construire quelque chose de beau.

Quelque chose qui transcenderait le temps, et les époques.

Le Baptistrel souffla encore une fois, laissant le temps pour un ange de passer au milieu de la pièce. Ces dernières secondes avaient été riches en émotions, et de paroles pleines de sagacité.

En vérité, il n’en attendait pas moins de son vieil ami, mais le constater vraiment était encore autre chose. Il lui répondit donc ainsi :

« Je te remercie mon vieil ami. Ne t’en fais pas, je prends tes conseils avec toute la considération qu’ils doivent être pris. Et tu sais qu’elle est grande, pensait-il. Et même si j’accepte tes excuses avec plaisir, sache que je ne regrette absolument pas pour autant que tu m’aies traité d’homme stupide pendant de si longues années. En vérité, tes railleries ont grandement contribué à me faire avancer dans ma réflexion, alors redresse toi, enfin autant que tu le peux aujourd’hui, ne va pas non plus te faire plus de mal, et sois en fier. »

Un compliment agrémenté d’une petite taquinade, et le duo repartait comme si rien ne s’était passé.

Le Bapistrel souria à son ami, avant de manger un fruit posé là sur la table. Ils avaient tout deux des destins si différents, mais des personnalités qui se rejoignaient tellement sur beaucoup de point de vue …

Comme quoi, le destin qui avait organisé leur rencontre faisait bien les choses. Belethar renchérit la conversation, après avoir dévoré ce pauvre fruit althaïen qui n’avait demandé à personne :

« J’aimerai te demander quelque chose mon frère. Tu me parlais des almaréens tout à l’heure … Crois-tu qu’il te serait possible de me faire rencontrer quelqu’un avec qui je pourrais discuter architecture, et peut être d’autres choses ? Tu sais que ma famille a un grand passif avec ces gens-là, mais au vue du contexte j’aimerai essayer de rompre cette vieille antipathie qui n’a aujourd’hui plus lieu d’être … L’arrivée sur ce nouveau continent nous a tous beaucoup changé, et je pense que cela peut être le moment de repartir sur de bases saines. »

Question rhétorique, évidemment. Il savait que Ilhan pouvait faire quelque chose pour lui, il avait toujours eu le chic pour faire en sorte que toutes les billes s’alignent quand il devait rencontrer quelqu’un ou bien quand il avait besoin d’un coup de pouce pour une affaire. Belethar savait, ou tout du moins il l’avait compris, même s’il avait toujours été pudique sur la question.

Le Pater Familias considérait ainsi que c’était son petit jardin secret, et sa magie à lui, et qu’un magicien ne devait après tout jamais révéler ses tours.

« Tu crois au destin, Ilhan ? Est-ce que tu crois que l’on se reverra à nouveau, après cette entrevue ? »

Une question large et dont on pouvait facilement disserter pendant plusieurs heures, accompagné d’une plus pragmatique. Belethar s’appliquait à poser les bonnes questions depuis qu’il était entré au Domaine, il s’était aperçu que cela pouvait démêler bien des situations épineuses.

Comme ils étaient dans l’instant des confessions, il espérait un petit éclaircissement, même s’il n’était pas dupe, et qu’il le pensait par avance très élusif. Revoir son ami lui faisait un bien fou, mais là, présentement, il n’était pas sûr que lui tenir compagnie et lui demander de faire des efforts était la meilleure des choses à faire …

Néanmoins, Belethar avait peur que s’il partait, se devait être un adieu, et non pas un aurevoir.

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Ilhan ne fut pas dupe de la peine soudaine qui enveloppa son presque frère de son sombre drapé. Cette larme, là, qui dévalait traitreusement la joue de son ami pour aller se perdre dans sa petite barbe savamment taillée, comme voulant creuser un sillon sur ses traits charmeurs, il l'avait parfaitement vue. C’était comme une ternissure sur ce visage d’ordinaire si souriant, si avenant et si prompt au rire et à l’amusement. Ilhan s’en voulut d’en être la cause, et de n’avoir pas su mieux cacher son mal. Car, il en était sûr, cette larme était pour lui.

Toutefois l’althaïen n’en dit mot, préférant lui concéder un silence pudique, un aveuglement passager, le laissant se reprendre doucement, mais sûrement. Il laissa ce petit instant de paix, teinté de nostalgie mélancolique, comme il en aimait tant, les happer en son sein, et savoura ce souvenir que déjà il s’empressait d’enfouir au plus profond de son esprit parmi ses plus chers trésors. Il se contenta de laisser flotter un léger sourire tendre et sincère sur ses traits fatigués, et d’écouter son ami d’une oreille attentive. Un sourire qui ne put que s’élargir légèrement quand Belethar concéda que ses railleries passées l’avaient sans doute un brin touché, mais l’avaient aussi aidé à avancer. Oui, c’était sa manière à lui de pousser les autres à se dépasser, en leur infligeant son outrageuse intransigeance et son exigence parfois exagérée. En cela, il avait beaucoup pris, et appris, de Maitre Kehlvelan. Son caractère l’y portait déjà, lui qui visait toujours l’excellence en tout ce qu’il pouvait entreprendre avec sérieux, et qui érigeait tout en art, sur le chemin d’une perfection que jamais il n’atteindrait, mais toujours viserait. Son séjour au domaine n’avait qu’exacerbé encore ce trait particulier, et Maitre Kehlvelan avait su forger sa détermination obstinée et sa volonté farouche en ce but ultime. Ilhan n’avait eu alors de cesse de pousser ses proches vers cette même exigence.

Parfois, peut-être un peu trop, songea-t-il toutefois. Il n’avait pas toujours été tendre, ni avec Belethar, ni avec ses proches ou sa maisonnée. Toujours respectueux, toujours enclin à encourager ou tendre la main, mais toujours exigeant. Terriblement intransigeant. Mais, et c’était là sans doute ce qui lui octroyait le pardon de ses victimes, il l’était tout autant envers lui-même. Plus même.

Il retint toutefois une grimace quand son ami évoqua clairement ne pas vouloir qu’il se fasse mal. Il préféra cependant lui offrir un sourire teinté de son habituel petit rictus cynique, un brin moqueur.

Et il fut plus que soulagé quand Belethar poursuivit sur un autre sujet. Il hocha simplement la tête, l’invitant alors en ce simple geste à lui poser sa question. Et arqua un sourcil à ladite question. S’il lui serait possible de lui faire rencontrer quelqu’un ? Oui. Quelqu’un avec qui discuter architecture ? Oui, également, sans aucun contexte. Mais son ami semblait clairement sous-entendre vouloir rencontrer un almaréen plus précisément. Et c’était là que le point bloquait. Un almaréen ! Lui qui les évitait autant que faire se pouvait ! Certes, il vivait en cette cité depuis près d’une année, mais il avait toujours veillé à ne pas trop titiller ses anciens ennemis qu’il avait si éhontément trahis… Mieux valait ne pas inciter un soudain esprit de vengeance qui aurait pu survenir à sa simple vue. Même si les eaux avaient coulé sous les ponts… Et qu’aucun almaréen n’avait réellement attenté à sa vie depuis son arrivée.

Ilhan ne répondit donc pas de suite, et baissa les yeux songeurs. En vérité, cela ne lui était tout de même pas impossible. Même si lui-même les évitait, il avait pris soin de se renseigner sur chaque personne la plus douée en son domaine dans la cité. Il avait voulu connaître les noms des personnalités, artisans, artistes, penseurs ou guerriers, qui seraient dotées de dons particuliers et qu’il serait bon de garder en son sein. Ou de protéger.

Il s’apprêtait donc à répondre, et relevait les yeux, quand une autre question le prit soudain au dépourvu. Et le laissa sans voix, hésitant, et confus. Que répondre à cela ? Se reverraient-ils ? Il l’aurait espéré. Mais pour tout avouer, il n’en savait rien. Et son instinct, qui ne l’avait que bien rarement trompé, lui soufflait que non. Mort semblait réclamer son dû, même après avoir disparu. Le cycle éternel continuait, même sans les Dieux, et réclamait que son âme quitte ce corps charnel, dirait-on. Mais ce n’était là, pour sa part, que suppositions pour l’heure… Alors que lui dire ?

Ilhan fut tenté un court instant de ne répondre qu’à sa demande de rencontre, mais chassa bien vite cette idée. Il serait honteux à lui de mentir plus longtemps, même par omission, à son ami, son frère. Mais ce serait là un sujet litigieux et laborieux à aborder avec lui. Mieux valait donc d’abord éclaircir sa demande d’intermède.

Pour répondre à ta première question, et non, ajouta-t-il rapidement avec un élégant geste de main l’incitant à ne pas l’interrompre, je ne me défile pas et je répondrai à toutes tes questions. Mais autant y répondre dans l’ordre, fit-il avec un sourire taquin en une tentative, peut-être vaine, d’alléger un peu l’ambiance. Pour ta demande de vous faire rencontrer, tes frères et toi, un architecte de renom almaréen… cela ne m’est pas impossible. Je dois t’avouer qu’au vu de mes actions passées à leur encontre, exactions diraient d’ailleurs les almaréens, je n’ai guère entretenu de relations assidues avec eux. J’ai bien entendu dû en côtoyer certains, mais surtout ceux siégeant au Conseil ou oeuvrant à la citadelle. Toutefois…

Il se frotta la barbe, baissant les yeux et laissant son regard dériver au loin dans ses pensées.

Toutefois… Les personnes dotées de dons intéressants ne me sont en effet pas inconnues, tu t’en doutes bien. Je pense en outre que Vladimir a su nouer quelques relations, notamment avec un groupe d’almaréens assez portés sur les mêmes… arts… que lui.

Mortels arts, lui qui était un ancien assassin.

Il devrait sans doute pouvoir leur parler de toi, et voir s’ils peuvent t’introduire, toi et tes frères, auprès de la personne à qui je pense.

Il releva alors les yeux et soupira légèrement.

Je lui ferai part de cette demande dès que nous nous quitterons et lui demanderai de faire diligence. Je pense qu’il pourra nous donner une réponse… peut-être pas demain, mais laisse-lui un jour ou deux, tout au plus. Je l’enverrai t’enquérir quand la rencontre sera organisée.

Il appuya cet engagement d’un petit hochement de tête presque solennel. Et il tenait toujours ses engagements. D’autant plus quand ils lui tenaient à coeur, comme celui-là.

Quant au destin…

Question délicate à venir. Sujet épineux qu’il rechignait à évoquer… Mais il ne pouvait refuser cette réponse à son ami. Il ne voudrait pas le quitter sur des faux semblants qui pourraient ternir ensuite son souvenir à jamais.

Et quant à savoir si nous nous reverrons… Je n’en sais rien, je dois bien l’avouer.

Il baissa alors les yeux, tandis que sa voix chaude et calme prenait des accents graves.

Ce n'est pourtant pas l'envie qui m'en manque, mais je n’en suis pas sûr. Je me sens décliner, mon frère, tu as bien dû le voir. J’ai vu de nombreux guérisseurs, tous plus expérimentés les uns que les autres. Tout ce que je sais, c’est que je suis atteint d’une grave maladie du foie.

Il releva des yeux étrangement calmes, malgré ce qu’il annonçait. Il s’était déjà fait à l’idée. Et même s’il ne pouvait affirmer ne pas avoir peur de la mort, ce qu’il ne saurait vraiment qu’une fois le moment fatidique arrivé, il n’éprouvait aucune crainte jusqu’alors. Son temps était peut-être venu ? Et bien soit, qu’il en soit ainsi. Et que les Dieux lui accordent la force de franchir ce pas.

Tu sais qu’avec les aléas chaotiques que la magie connaît actuellement, il m’est impossible d’espérer me tourner vers elle. Même l’art baptistral est empreint à de grands changements et, si j’ai tout compris, doit retrouver son équilibre dans les vibrations du monde, pour pouvoir user de nouveau d’un chant-nom sans risque… Mais les guérisseurs almaréens sont justement réputés les meilleurs dans leur domaine, pour l’art de guérison sans magie. Je suis entre de bonnes mains.

Il tenta un sourire réconfortant. Qui s’effaça rapidement.

Mort ne m’a pas été annoncée, mes guérisseurs ne l’ont pas évoquée.

Il ne mentait pas.

Cependant je sens mes forces s’amenuiser… J’ai l’impression… mais ce n’est là qu’un instinct, une intuition, j'ai l'impression que mon heure est peut-être bientôt venue.

Il leva alors une main au ciel en un geste impuissant, tout en offrant un autre sourire nostalgique à Belethar.

Mais je n’en sais rien véritablement. Et ce n’est pas un pieux mensonge que celui-là.

Un sourire taquin se dessina rapidement, quand il ajouta, une lueur brillant d’amusement dans ses yeux sombres :

Même si, puisque tu n’as pas encore prononcé de serment, je pourrais te mentir éhontément, j’en suis sûr.

Son sourire reprit une note plus douce.

Fort heureusement pour toi, je n’en ai aucune envie. Pas à toi, mon ami. Crois-moi quand je te dis donc ne pas savoir. Ce ne sont pas là des mots pour adoucir le sujet. Va savoir, peut-être ne sont-ce là que de fausses idées d’un vieux fou paranoïaque qui a vu mort à chaque coin de pièces ?

Puis attrapant une orange venue tout droit de sa toute petite orangeraie qu’ils tentaient d’entretenir au fond de sa cour, il la lança sans préavis à son ami.

Alors, dans le doute, profitons plutôt de chaque instant qui nous est offert, ne veux-tu pas ? Goûte-moi donc cette orange et dis-moi comment tu la trouves !


Retrouvailles [PV Ilhan] Ilhan-13


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descriptionRetrouvailles [PV Ilhan] EmptyRe: Retrouvailles [PV Ilhan]

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Belethar écouta attentivement ce que son vieux frère lui proposait concernant les architectes almaréens, et le remercia grandement d’intercéder en sa faveur. Ce n’était peut être pas grand chose pour lui vu la façon dont il le présentait, mais cela allait beaucoup aider.

Bien que le peuple d’Almara avait coutume de beaucoup agacer le Pater Familias avec leur vénération de Néant à tout bout de champ, vu leur recrudescence en ce moment, il était probable qu’ils se mêlent des affaires des Espérancieux … Surtout en Délimar, dans ce marché qui n’était pas vraiment encore à eux

Alors bon, autant prendre de l’avance, et essayer de placer ses pions là où il le pouvait.

Belethar plissa les yeux après l’intervention de son presque frère lui expliquant comment il allait s’y prendre pour engager son réseau. Même s’il n’était pas non plus un grand dingue des affaires, il était toujours assez passionnant de voir à quel niveau de détail pouvait se jouer quelque chose … Et là en somme ce n’était pas non plus un très grand plan qu’il demandait à Ilhan, mais de simplement organiser une simple rencontre : et pourtant, le réseau tissait sa toile et aussitôt qu’il l’avait dit, probablement qu’au moins cinq personnes avaient été impliqué plus ou moins directement dans l’échange …

Il imaginait alors les grands plans, et autre complots dramatiques pouvant qui nécessitait peut être l’intervention d’une cinquantaine de personnes, et pouvant se jouer à un cheveu … Une vie de stress et d’angoisse. Il regarda longuement son frère, se frottant sa petite barbe. Au final ce n’était pas très étonnant de le voir aussi faible, aussi chargée sa vie soit-elle, Belethar n’avait pas du tout le même train de vie que ce cher Ilhan qui donnait toujours tout ce qu’il avait pour que tout se déroule du mieux possible.

Et il y arrivait bien ! Mais évidemment, c’était très demandeur mentalement et physiquement … Peut-être qu’Ilhan devait se calmer après tout … L’idée de lui dire traversa l’esprit de Belethar avant de se raviser quelques secondes après.

C’était bêta, jamais Ilhan n’aurait considéré cela comme une option valable, et ce n’était vraiment pas une terre de négociations envisageable. Forçat comme il était …
Mais cela dit, la suite de conversation même s’il n’était pas très réjouissante, le rassura quelque peu. Au moins son presque-frère avait trouvé de véritables solutions de secours fiables … Même si le savoir entre les mains d’almaréens ne lui plaisait guère, Belethar ne pouvait que s’incliner devant leur pratique étrange et artisanale de la médecine. Parce que aussi rustique qu’elle soit, le fait de procéder sans magie leur avaient permis de se tourner vers des connaissances, et des méthodes de guérison que personne d’autres n’avaient envisagés …

Belethar dodelina de la tête, et finit par lâcher, une fois qu’Ilhan avait fini de lui expliquer la situation :

“Bon, d’accord. Je veux bien te croire, et me rassurer un peu”

Il le disait autant pour lui que pour soi-même. Même si l’état de son ami n’était clairement pas annonciateur de bonnes choses, il était prêt à passer outre cela : après tout, si son abnégation au travail était aussi forte que son envie de rester parmi les vivants … Alors que peut-être, il pouvait espérer que tout s’arrange plus tard.

Et puis au pire, son âme ne disparaîtrait jamais vraiment et trouverait le chemin de la réincarnation mais … De cela, il ne préférait pas y penser. Pas tout de suite.

D’un mouvement léger, il leva son bras et attrapa l’orange qu’Ilhan lui avait lancer. Fort heureusement, même si Belethar n’était vraiment pas un bon combattant, il avait tout de même de bons réflexes : adepte de la danse et d’autres petites choses de ce genre, l’habileté était quelque chose qu’il devait veiller à bien travailler pour pouvoir se sortir du moindre faux pas.

Mais cela, Ilhan le savait très certainement.

Il profita d’un instant de silence pour peler gentiment l’orange, avant de croquer dedans à pleine dents. Il la laissa en bouche quelques instants, avant de finalement l’avaler et rendre son verdict à haute voix :

“Elles sont bonnes ! Quoique peut être encore un peu acide à mon goût, mais je trouve qu’il y a du potentiel ! C’est toi qui … ?”

Voyant son frère hocher la tête avant qu’il n’eut fini de répondre à sa question, Belethar fit un petit signe admiratif de la tête et reprit :

“Oh ! Et bien alors, tu te remets au jardinage ? Tes rêves d’autosuffisance avec tes chèvres ne sont jamais bien loin dis moi …”

Celle-ci elle était facile, Belethar devait bien le reconnaître. Il coula un petit sourire à son ami, avant de faire un petit geste de la main. Peut être que celle-ci, il était bon qu’il ne la rabâche pas trop souvent, mais bon … Les meilleurs amis servaient aussi un peu à rappeler les vieilles anecdotes … Il retrouva un air plus sérieux et reprit :

“Plus sérieusement, mon frère, n’as-tu jamais pensé à faire venir des graines des trois autres archipels pour essayer de croiser les cultures, et faire les meilleures oranges qui soit … ?”

Belethar pensait sûrement que si, mais cela allait lui permettre d’embrayer sur un sujet de conversation peut être plus propice à un échange intéressant que sa maladie.

“Je dois bien avouer que depuis l’Exode, et tout le reste … Ma famille a connu de nombreux changements, mais je compte bien capitaliser sur une potentielle ouverture des peuples. J’aimerai chapoter une grande capitalisation des connaissances, et ouvrir le champ des possibles dans nos pensées. Même si je suis un Élu du Pingouin, peut être devrais-je vraiment prendre la Mer, et découvrir les mystères que cette contrée a à nous offrir … Partir à l’aventure comme au bon vieux temps.”

Il eut un regard dans le vague, et un instant de pause avant de revenir à ses dires :

“Disons que même si notre arrivée ici était forcée, je suis persuadé que venir ici sera bénéfique à tous … Pour le commerce, et c’est là mon côté caladonien qui parle, mais aussi pour de nombreuses choses qui sont imbriquées dans l’évolution de nos peuples … Du moins si on y accorde avec ça le bon corpus pour faire vivre cela sereinement …”

Et c’est là que son projet personnel intervenait … Ce rêve d’utopiste un peu fou qu’il comptait mettre en place, de règles communes anti-conflits et promulguant plus que jamais la liberté et le progrès. Il pencha la tête, et finit par interroger son frère :

“Et toi, qu’en penses-tu de tout ça ? Tu as élu domicile et a obtenu une place de choix dans une cité résolument communautariste et réputée comme mettant tout de même en valeur l’entre-soi, bien que je suis sûr que ces préjugés sont à nuancer grandement … L’envie de découvrir, d’échanger et d’explorer ne te saisit pas … ?”

Bon certes, son ami était malade, donc il s’attendait à avoir une réponse tempérée, mais voilà une question qui méritait bien d’être soulevée : même si Belethar avait une famille à charge désormais, il ne pouvait s’empêcher de penser que cette venue sur l’Archipel était quelque part assez étrange, mais toutefois un peu bénéfique …

Mais après tout, il était lié au Pingouin. L’aventure et explorer des choses inconnues ne lui faisaient pas peur, quitte à y laisser quelques plumes parfois ...


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Se remettre au jardinage était un bien grand mot. Tout comme dire qu’il était éleveur de chèvres. Ce n’était pas lui qui jardinait en propre, ni même qui élevait et s’occupait de ses chèvres, même s’il appréciait passer du temps avec elles et aller les voir aussi souvent que possible.

C’était fou comment on s’attachait vite à ces petites bêtes. Ilhan n’avait jamais pris le temps de s’intéresser au monde animal plus que cela, mais il devait avouer être assez attiré par eux, quand il avait l’occasion de les approcher. Et avait de plus en plus envie de mieux comprendre ce monde-là. De mieux l’appréhender. Ne serait-ce que pour mieux comprendre ses chèvres. Mais aussi comprendre les petits animaux qu’il pouvait voir lors de certaines méditations, ces animaux qui l’observaient, souvent de loin, parfois osant tout juste approcher… Oui, il s’était pris d’attachement et s’il en avait le temps, si les Dieux lui permettaient de rester en ce monde, sans doute aimerait-il développer un peu ce pan-là qu’il avait à peine touché du doigt avec ses chèvres, compagnie étrange et déroutante qu’on lui avait imposée, mais qu’il avait finalement plus qu’appréciée.

Toujours était-il que ce n’était pas lui qui s’occupait de tout cela. Il avait bien trop à faire de ses propres journées et de toutes les tâches qui l’accaparaient. Et peinait assez, surtout ces temps-ci, avec ses travaux de caisse, à trouver du temps pour ses méditations et exercices quotidiens… Non, lui, tout ce qu’il faisait, c’était lancer les idées, superviser, observer de loin les autres procéder, donner les grandes lignes directrices, les rectifier éventuellement… Un seigneur commandant, ordonnant, et toute sa petite maisonnée s’activant avec vélocité et efficacité.

Mais Ilhan ne répondit rien, songeant que son presque frère devait savoir tout cela parfaitement, seigneur lui-même, et que son humeur taquine revenait en force pour venir le titiller. Ilhan renifla, moqueur, au mot autosuffisance, et offrit à Belethar un sourire amusé. Son annonce de s’exiler pour élever des chèvres avait beaucoup fait jaser. Personne n’y avait cru. À croire toutefois que tout le monde le connaissait mieux que lui-même… En acceptant l’offre de Tryghild et en revenant sur le devant de la scène politique, même si d’un point de vue diplomatique, il n’avait fait que donner raison à tous ceux qui lui avaient rétorqué ne pas le croire… Il en était presque dépité, en quelque sorte.

Il chassa toutefois bien vite ses pensées, et tenta de se focaliser sur la conversation avec son ami.

Croiser les cultures… C’est tout un art. Nous voulions juste une petite orangeraie pour nous, au début. Mais je note l’idée et la suggérerai à Elyas et Shan. C’est eux qui se chargent de tout cela, expliqua-t-il rapidement. J’aurais aimé également pouvoir de nouveau exploiter un vignoble, en créer un à part entière. Mais…

Il fit un large geste de la main, comme chassant un insecte gênant.

Il me faut trouver l’expert en la matière. Même si ma famille était ancrée dans le milieu antan, je n’ai pas de connaissances suffisantes moi-même en ce domaine. J’ai… j’ai un peu laissé tomber les affaires de ma famille, je dois l’avouer, pour m’adonner tout entier à la politique. Même si d’autres géraient pour moi, de loin… Ils sont tous… disparus maintenant.

Il baissa les yeux.

Si je trouvais un expert et un terrain… peut-être… Un doux rêve…

Et si l’on m’en laissait le temps, rajouta-t-il intérieurement.

Puis Belethar évoqua ses propres rêves : voyager, apprendre les secrets de l’archipel et capitaliser les connaissances. Le mot l’interpela. Ce n’était pas seulement échanger, partager, mais capitaliser. Ce mot-là n’était pas anodin, mais l’amusa au plus haut point. Belethar était un pur croisement entre l’enseignement baptistrel, de partage de connaissance et d’éducation, et sa propre culture familiale et ce monde des affaires.

Ce qu’il pensait de tout cela ? Il n’en savait pas assez pour totalement étayer son opinion : éduquer, oui, bien sûr, il avait toujours plaidé en ce sens. En était témoin tout son programme pour le projet d’abolition de l’esclavage des Graärh qui contenait un pan énorme d’éducation de l’opinion publique. En Delimar, plus qu’en toute autre cité, les plus grandes lois étant votées par le peuple, il fallait convaincre le peuple. L’éduquer, pour qu’ils aient les armes pour décider. Heureusement Delimar était en bonne partie ancrée dans une haute opinion de son Intendante, et avait souvent tendance à suivre ses décisions sans contestation. Si Ilhan avait eu de nombreuses réticences quant à ce fanatisme martial qui imprégnait la cité, il ne pouvait que concéder qu’en un tel système cela était aussi un avantage.

Je pense que tes envies d’apprendre et de partager les connaissances que tu découvriras, cette envie d’éduquer pour promulguer la paix et l’harmonie, font écho en moi aussi pleinement. Par contre, mon frère, je dois avouer ne pas autant partager ton goût du voyage, concéda-t-il avec un petit sourire. Oh j’aime apprendre, découvrir de nouvelles choses.

Il se leva doucement et alla chercher des carnets posés sur une étagère, carnets écrits en langue Graärh que Jangali lui avait offerts et qu’il avait précieusement étudiés.

J’aime apprendre. Cela en atteste, fit-il en tendant les carnets à son frère pour qu’il les observe.

Pas pour qu’il les garde toutefois. Ilhan n’avait pas fini de tout déchiffrer ni de tout apprendre et était bien déterminé à garder ces précieux trésors.

L’archipel regorge de merveilles, assurément. Et le peuple Graärh est fascinant par de nombreux aspects. J’aime apprendre, comprendre, découvrir, oui. Mais…

Il offrit un petit sourire contrit.

Tu sais aussi que j’aime mon petit confort. Mes petites manies.

Au regard de Belethar, il leva les mains au ciel, et ajouta.

Bon, d’accord mes grandes manies. Ma venue en Delimar comportait certaines clauses : dont ce fameux confort. Et la sécurité. Personne ne m’a cru quand j’ai dit vouloir m’exiler avec mes chèvres et écrire des mémoires. Mais j’étais sérieux. Je voulais… la paix, la tranquillité, la sécurité. J’ai vécu bien des périodes stressantes. Nous en avons tous vécu, tu me diras. Mais j’avoue avoir joué à des jeux dangereux qui m’ont… usé. Je voulais… un peu de tranquillité.

Il renifla.

Bon j’avoue, j’ai échoué. Delimar n’est pas toujours le lieu le plus tranquille qui soit.

Son sourire se fit taquin. Mais doux aussi.

Mais je ne regrette pas. J’y ai trouvé… des valeurs, de la noblesse, une grandeur, et pas seulement physique, ajouta-t-il rapidement avant que son frère ne le taquine à ce sujet. J’y ai trouvé… une Reine, une Intendante, digne de ce nom, comme rarement j’en avais connu, qui partage, je pense, une partie de mes rêves. Protéger l'humanité, oeuvrer pour elle, quoi qu’il nous en coûte pour nous-même… Elle partage en ce sens un peu ma folle utopie. Et à ses côtés, j’ai alors l’impression que cette utopie pourrait, un jour, devenir réalité…

Il se rassit, se tenant légèrement le flanc, presque essoufflé de ce petit laïus.

Et j’y ai trouvé une certaine sécurité. Et du confort aussi.

Se disant, il désigna sa maisonnée, une véritable petite couvée. Le confort... C'était là son côté althaïen qui ressortait. Son ethnie avait toujours été réputée pour être plutôt casanière, peu encline aux grands voyages et aux grands changements. Un petit côté elfique qui avait beaucoup déteint sur eux, assurément. Et encore, pour un althaïen, il avait beaucoup voyagé, il avait beaucoup osé aussi. Voir un althaïen partir à la conquête de Gloria avait beaucoup fait jaser à l'époque.

Et même sans voyager, je parviens à découvrir chaque jour des choses différentes, à apprendre des cultures différentes. Les glacernois sont si différents de nous althaïens… mais également les almaréens qui au fond ne sont pas les fanatiques assoiffés de sang que nous avons si longtemps voulu voir. Ces peuples, qui m’ont dérouté, désarçonné, m’ont aussi beaucoup appris, et j’ai découvert en eux des trésors infinis. Et ce, sans voyager. J’ai appris beaucoup aussi sur l’archipel, simplement en accueillant quelque Graärh chez moi ou en discutant avec l’un d’eux à Cordont.

Il attrapa une des mains de son frère par-dessus la table.

Mais si tu ressens l’appel du voyage, alors va, fais, écoute-le. Tu découvriras mille trésors à ton tour, différents des miens. Nul besoin de voyage pour en découvrir, mais le voyage ne pourra que t’épanouir, si tu en ressens l'appel. Et je serais heureux, flatté, que tu m’écrives alors le compte-rendu de tout ce que tu auras vu, découvert et appris.

Il offrit un petit rictus entre amusement et contrition.

Oui égoïstement, j’aime apprendre des voyages des autres. Peut-être est-ce un peu lâche ?

Et cela sonnait comme une réelle question. Il ne s’était jamais considéré comme tel. Mais… au final… en se cachant derrière le Tisseur, en laissant ses araignées oeuvrer pour lui, obéir à ses ordres et braver tous les dangers à sa place, lui qui commandait du haut de sa Toile… N’était-ce pas un peu lâche en un sens ?

Il douta toutefois que son presque frère puisse entendre cette question sous-jacente. Ou le pourrait-il ? Lui qui le connaissait si bien...


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Belethar écouta poliment les avancées de son presque frère en matière agricole, et son rêve de reconstruire un vignoble … L’Enwr fut sincèrement touché par ce partage qu’il lui faisait. D’abord parce que c’était là des pensées et paroles positives, qui venaient contraster avec son état fatigué et malade … Le Pater Familias fut finalement rassuré que son presque-frère n’avait pas perdu de sa superbe, malgré tout …

Mais au fond en doutait-il seulement ? C’était toute la question : après tout, il savait qu’Ilhan avait largement été ballotté par les flots pendant toute sa vie, et qu’il avait vu Mort près de nombreuses fois … Peut-être d’ailleurs suffisamment pour qu’il prenne un thé ensemble.  Parant de ce constat, une maladie ne pouvait pas vraiment le tuer … Si ?

Quoiqu’il en soit, quand sa volonté de trouver un expert vint aux oreilles de Belethar, il s’empressa tout de suite de lui dire :

“Fais ce que tu veux mon Presque-frère, mais un bon conseil d’ami : ne t’amuse pas à fricoter avec les Séléniens en la matière. Tomhar s’est un jour amusé à nous faire goûter du vin impérial, qu’il avait soi disant obtenu en faisant affaire avec un de ses amis qui avait lui même un ami qui avait un vignoble à Selenia, bref tu connais ses histoires alambiquées.”

Pour ces histoires, Tomhar était le meilleur. Bien qu’Ilhan connaissait évidemment moins bien ses cousins, Belethar ne pouvait s’empêcher de raconter à son ami ses quelques anecdotes qu’il avait vécu avec sa famille de sang.

“Toujours est-il qu’au moment où c’est arrivé, la Domus Espérancieux s’en souvient encore comme étant un jour où pratiquement personne n’a travaillé pour cause d’un bon mal au foie généralisé ! Alors je t’en prie, point de Séléniens pour exploiter tes futures vignes, même si je me doute que les autorités ici ne laisserait pas approcher un impérial ne serait-ce que des murailles de la ville !”

Belethar eut un petit rire de bon coeur, avant de passer à autre chose, il fallait bien détendre l’atmosphère un petit peu. Les deux hommes en avaient bien besoin.

Le Pater Familias se pencha finalement sur ce qu’Ilhan lui avait concédé, vis-à-vis de Delimar et de ses envies de voyages. Quand son presque-frère lui sortit des carnets au langage graärh, il les scruta avec grande attention et les mania avec une encore plus grande précaution…

Cette race de félins était singulière à n’en pas douter. Depuis son arrivée à Tiamaranta, Belethar n’en avait croisé que très peu, mais il avait déjà envie de les connaître, et peut être coopérer avec certains pour voir ce qu’ils pouvaient apporter à ses réflexions … Après tout, eux n’avaient pas du tout la même histoire que les autres peuples bipèdes, ni la même culture … Tout ceci avait laissé l’esprit curieux de Belethar fort alerte. Mais bon, l’opportunité ne s’était pas encore présenté, qui sait, un jour peut être …

“Tu sais aussi que j’aime mon petit confort. Mes petites manies.”

Belethar eut un petit regard sur son presque-frère, avant d’émettre un petit soupir. Bien sûr, les chats ne faisaient pas des chiens après tout.

“Bon, d’accord mes grandes manies. Ma venue en Delimar comportait certaines clauses : dont ce fameux confort. Et la sécurité. Personne ne m’a cru quand j’ai dit vouloir m’exiler avec mes chèvres et écrire des mémoires. Mais j’étais sérieux. Je voulais… la paix, la tranquillité, la sécurité. J’ai vécu bien des périodes stressantes. Nous en avons tous vécu, tu me diras. Mais j’avoue avoir joué à des jeux dangereux qui m’ont… usé. Je voulais… un peu de tranquillité.

Bon j’avoue, j’ai échoué. Delimar n’est pas toujours le lieu le plus tranquille qui soit.”


Le Pater Familias frotta sa barbe, avant de faire un petit mouvement de tête. Il fit à Ilhan alors :

“Tu sais, ce n’est certainement pas moi qui vais te juger pour ça. Regarde moi, j’ai fui Caladon pour ces raisons, et toute ma vie, je l’ai passé aussi loin que possible des complots et autres intrigues politiques en tout genre … Je n’ai pas ta résilience, mon frère. Mais je ne pourrais jamais laisser ma famille seule, mais cela tu le sais.”

Belethar tenait à rassurer son ami sur ces questions, il était bien normal que des hommes de leurs âges souhaitent se reposer, spécialement Ilhan qui avait mené une vie de dur labeur.

Mais bon … A peine lui avait-il tendu une perche sur Délimar, qu’il la saisissait à pleines mains pour parler de la situation politique de la Cité, de son intendante, de la protection de l’humanité et tout le reste … Il eut un nouveau petit regard. Décidément, les chats ne faisaient vraiment pas des chiens.

C’était d’ailleurs peut être pour cela que les deux hommes s’entendaient très bien. Ils étaient différents de bien des façons, dans leurs manières d’agir, mais leurs esprits se rejoignaient si souvent … Il n’y avait qu’à l’entendre parler :

“Et même sans voyager, je parviens à découvrir chaque jour des choses différentes, à apprendre des cultures différentes. Les glacernois sont si différents de nous althaïens… mais également les almaréens qui au fond ne sont pas les fanatiques assoiffés de sang que nous avons si longtemps voulu voir. Ces peuples, qui m’ont dérouté, désarçonné, m’ont aussi beaucoup appris, et j’ai découvert en eux des trésors infinis. Et ce, sans voyager. J’ai appris beaucoup aussi sur l’archipel, simplement en accueillant quelque Graärh chez moi ou en discutant avec l’un d’eux à Cordont.”

Belethar tiqua un peu et fit une petite moue quand Ilhan parla des Almaréens. En fait, si, ils étaient des fanatiques assoiffés de sang. Ils n’étaient peut être pas que ça, mais on ne pouvait nier les violences qu’ils avaient fait subir à nombre de familles, dont la sienne. Bon, certes, de l’eau avait un peu coulé sous les ponts depuis …

Mais tout ceci était encore trop récent pour que Belethar ne se résolve à dire qu’ils n’étaient pas du tout des êtres assoiffées de sang. Mais bon, tout ceci était de l’ordre de ses croyances personnelles, et plus de l’ordre familial qu’autre chose. Il ne voulait pas importuner plus que de mesure son ami avec cela.

“Mais si tu ressens l’appel du voyage, alors va, fais, écoute-le. Tu découvriras mille trésors à ton tour, différents des miens. Nul besoin de voyage pour en découvrir, mais le voyage ne pourra que t’épanouir, si tu en ressens l'appel. Et je serais heureux, flatté, que tu m’écrives alors le compte-rendu de tout ce que tu auras vu, découvert et appris. Oui égoïstement, j’aime apprendre des voyages des autres. Peut-être est-ce un peu lâche ?”

Belethar fut heureux d’entendre l’approbation de son frère. En fait voilà longtemps qu’il y pensait. Il était conscient de ses directives de Pater Familias qui le forçait à rester aux alentours de Calastin, mais plus le temps passait, plus son esprit le forçait à partir à l’aventure. Il n’y pouvait rien, il était comme ça, et c'eût été quelque part se renier de vouloir ignorer cet appel …  Toujours est-il que l’inquiétude qu’il avait pour sa famille était réelle, et même si Tomhar et Alexandhar savaient gérer ses affaires pour lui … Ce n’était pas pareil.

En revanche, Belethar se frotta machinalement la lèvre d’un doigt quand il fut question de la potentielle lâcheté d’Ilhan … Lâche, oh non …

“Lâche, toi ? Oh non, tout mais certainement pas ça. Regarde toi, mon presque-frère. Tu es dans un certain état ... Et toujours mordicus, à parler de ta Reine, de la protection de l’Humanité … Tu n’es certes pas l’égal d’un grand glacernois qui prendrait son long feutonnerre, ou d’autres engins de Mort, pour défendre ta patrie mais … Je te connais suffisamment pour t’estimer d’une très grande aide à gérer cette ville si hétéroclite.”

Belethar repris une orange, et alors qu’il la pelait doucement, il ajouta :

“Tu sais, tous les héros ne portent pas de grandes armures avec un énorme tabard de leurs contrées, face à des grandes armées inconnues. Tu n’es pas lâche, bien au contraire, tu es très bien dans ton petit confort. Je sens de tes discours que là est ta place.”

Il ajouta, après avoir manger un quartier :

“Et je serais très heureux de t’apporter tout le voyage que je puisse te transmettre à travers mes écrits, et nos futures retrouvailles, je l’espère. Tout ce que je désire, c’est que l’attente soit moins longue que la précédente.”

Belethar fit un petit clin d’oeil à son presque-frère. Ils avaient encore tant de choses à se dire qu’ils ne pouvaient pas se quitter comme ça, après tout. L’apprenti baptistrel eut un petit soupir, avant de lever les yeux au ciel.

“Je ne te demanderai pas d’en faire la promesse. Saches simplement que si les vents te portent vers Ipsë Rosea, la nouvelle Domus te seras toujours ouverte. Cela me fera une occasion de te montrer mon nouveau foyer, et la ville peut être un peu plus en détail … Qu’est-ce que tu penses de la Loge, toi ?”

Cette dernière question tomba un peu comme un cheveu sur la soupe, mais elle intéressait l’apprenti baptistrel, qui avait été contacté pour en faire partie. Il ne connaissait que de nom ce groupement, et voulait s’assurer d’avoir plusieurs avis avant de faire une décision malaisée …


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Retrouvailles [PV Ilhan] Nul9

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Aux conseils de Belethar d’éviter les vins séléniens, Ilhan sourit. Nul doute qu’il éviterait. Il visait pour sa part un vin, ou un alcool, de qualité althaïenne. Rien de moins. Un vin digne du vin d’elfe, mais de production humaine, avec tout le savoir-faire althaïen. Ce qui signifiait retrouver ce fameux savoir-faire, retrouver un de ses paires qui le détienne et ait la fibre pour repartir de zéro en la matière. Car une vigne pour être effective demandait au minimum deux à trois ans après semaille, et encore deux à trois ans parfois pour sélectionner les bons cépages, trouver les bons dosages, la bonne fermentation, la bonne maturation… Tant et tant d’étapes… Tant et tant de temps.

Un temps qu’il n’avait sans doute pas devant lui. Mais si au moins cette idée, lancée en l’air, restait après lui et prenait vie, il en serait heureux.

Je prends bonne note de tes conseils. Mais je cherchais de toute façon un althaïen tu t’en doutes bien.

Et qu’on le traite de faire de la ségrégation, il n’en avait que faire. Il était attaché à ses racines, sa culture, et était bien déterminé à la ranimer de ses cendres, sous tous ses aspects. Il offrit à son ami un sourire entendu et amusé, avant de tendre la main vers la carafe d’eau et de s’en servir un verre.

Quand il vit tiquer Belethar aux mots almaréens, il manqua se mordre la langue et retint un sourire moqueur. Décidément, son presque frère avait bien du mal à tourner cette page. Non pas qu’il le lui reproche d’une quelconque façon. Cette période d’invasion almaréenne avait été éprouvante pour tous. Lui-même l’avait vécu dans une tension permanente, aux côtés des envahisseurs, se faisant passer pour un de leurs alliés pour mieux les poignarder et les trahir dans leur dos. Il avait bien réussi son jeu, mais à quel prix ? Il se souvenait de se conversion forcée, de son tatouage qui avait défiguré sa peau il fut un temps et qu’il s’était empressé de faire enlever ensuite, magie merci !

Mais depuis lors beaucoup de choses avaient changé. Et il avait accepté de voir en les almaréens des humains, comme les autres. Tout aussi perdus qu’eux, tout aussi désespérés. Et des humains dotés d’une force, d’une volonté farouche, que bon nombre d’ambarhùniens pourraient envier au final. Il avait appris à voir en eux des humains de valeur. Et surtout dotés d’une ingéniosité infaillible. Même s’il gardait encore une certaine distance avec eux, se contentant des simples contacts indispensables à sa charge… Car, même s’il voulait bien admettre leurs qualités et valeurs, il devait avouer nourrir quelques craintes quant à leurs réactions envers lui, l’ancien traitre qui les avait si bien dupés…

Rien que pour ce dernier point, il ne pouvait reprocher à Belethar les possibles réticences envers ce peuple guerrier. Il aurait aimé toutefois lui faire voir les almaréens d’une autre façon et espéra en son coeur que la rencontre que ses acolytes allaient organiser permettrait à son ami de voir tout cela. De nouer au moins des relations moins tendues avec ce peuple, qui, au final, avait tout autant souffert qu’eux. Même si d’une autre manière.

Oh si, il était empreint d’une certaine lâcheté, fut-il tenté de répondre. Car finalement la lâcheté pouvait prendre bien des formes. Il avait du courage, mais il avait aussi des failles. Et quand il s’y laissait aller, quand il s’y engouffrait plutôt que de les combattre, c’était, selon lui, une forme de lâcheté. Intransigeant qu’il était, envers lui comme envers les autres… Mais les mots de son ami lui réchauffèrent le coeur et apaisèrent un peu ses cas de conscience.

J’espère qu’elle sera effectivement moins longue que celle que nous avons essuyée, répondit-il doucement.

Et il répondit d’un sourire amusé au clin d’oeil de l’autre homme.

Ce sera un plaisir de voir cette cité. Si mes pas m’y conduisent, je penserai à venir à ton domaine et je serai honoré d’y séjourner si je le puis. Quant à la loge…

Épineuse question, pour tout avouer. Orfraie Ataliel, qu’il avait déjà rencontrée peu de temps après les incidents à Cordont, avait contacté Delimar en fin juillet, pour parler de ce projet, de ce qu’il ambitionnait. À la grande surprise de plusieurs, Delimar n’avait pas fermé la discussion et Tryghild l’avait fait mander. Bien entendu, cela avait attisé et sa curiosité et son envie. On lui parlait d’apprendre, forcément que son esprit avait exulté d’impatience et d’avidité. Il avait accepté d’aider, comme il le pourrait, au projet, en faisant part de ses possibles découvertes ou autres, même si selon lui ce serait surtout sur la magie en lien avec le psyché, avec l’accord de Tryghild bien entendu, mais avait posé ses conditions : que la Loge prône des pratiques de la magie raisonnable et raisonnée. Cela avait été pour lui, tout autant que pour Delimar, une condition sine qua non. Il voyait là, selon lui, l’opportunité de porter la parole, finalement fort sage, que Delimar voulait concernant l’usage de la magie.

C’est une longue question. L’une de ses fondatrices a pris contact avec Delimar pour parler de ce projet et de ce que souhaitait construire la Loge. Et non, avant que tu ne me le demandes, Delimar ne lui a pas claqué la porte au nez. Contrairement à ce que bon nombre disent, Delimar n’est pas contre la magie. Mais contre le mauvais usage qu’on en fait. Toute la nuance est là, fit-il en appuyant ses mots d’un doigt.

Il attrapa son verre et but une nouvelle gorgée, regrettant ces nausées qui l’empêchaient de savourer les bons fruits qui lui faisaient de l’oeil.

J’ai dû essuyer moi-même quelques incidents magiques. Mon salon dévasté en est le parfait exemple. Et ce, sans avoir fait usage de la magie éhontément ! ajouta-t-il vivement comme pour se dédouaner.

Bon, certes, la fontaine au dauphin en serait un mauvais exemple. Mais même en ce cas, cela avait été un pur accident.

Je pense que leurs intentions sont bonnes. Reste à voir si leurs actions et leurs résultats suivent cette même ligne.

Car parfois les bonnes intentions ne suffisaient pas…

Et leurs travaux ne seront pas inutiles vu le chamboulement que la magie connaît. Nous avons même conclu un accord : je ferai part de potentielles découvertes en la matière, même si nous ne rejoindrons pas vraiment la loge en tant que tel, et la loge a accepté de prôner un usage raisonné et raisonnable de la magie. Je ne sais si cette… collaboration… aboutira sur quoi que ce soit, mais…

Il haussa une épaule, et réprima une petite grimace de douleur à ce mouvement.

Qui ne tente rien n’a rien. Nous verrons bien.

Et il offrit à son ami un clin d’oeil à son tour.

Et toi , qu’en penses-tu ? Si tu m’as posé une telle question, c’est que quelque chose te turlupine… est-ce que je me trompe ?

Et soudain une idée lui vint, pour détendre un peu son presque frère. Il se leva doucement, avec moult précautions, puis invita d’un geste Belethar à le suivre.

Viens, j’ai quelque chose à te montrer.

Et ce disant, il le guida dehors, écoutant sa réponse au sujet de la Loge avec attention, tout en le menant de ruelles en rues, passant par cette fameuse fontaine au dauphin devant laquelle il ne put réprimer un sourire à la fois amusé et gêné, puis les conduisirent au port.

De là, il lui désigna, sans un mot, un bateau au loin, en pleins travaux de rénovation. On ne pouvait l’approcher plus, mais du petit surplomb sur lequel il les avait menés, on voyait assez bien les belles lignes et courbes de cette petite frégate.

Comment la trouves-tu ? Toi qui aimes tant les voyages, et qui dois t’y connaître un peu en bateau, qu’en dis-tu ?


Retrouvailles [PV Ilhan] Ilhan-13


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